Les Pères Pèlerins (Pilgrim Fathers)

http://les-caterina-on-the-road.fr / Herodote.net – Alban Dignat – 23 aoû 2019 / Wikipedia

La situation religieuse en Angleterre

.            Après que le pape Clément VII eut refusé de reconnaître la nullité de son mariage avec la catholique Catherine d’Aragon, qui ne lui donnait pas de fils, le roi d’Angleterre Henri VIII a provoqué en 1534 le schisme anglican de l'Église d'Angleterre avec Rome. Après sa mort en 1547, vont régner successivement Edouard VI (1547/1543), Jeanne Grey (9 jours), Marie I° (« Bloody Mary », 1553/1558), Elizabeth I° (« La reine vierge », 1558/1603) et Jacques I° (1603/1625).

Cependant certains protestants, les « puritains », veulent aller plus loin et purifier le culte de l’Église. Parmi ceux-ci, les « séparatistes », vont jusqu’à estimer que chaque congrégation doit se diriger seule, indépendamment de l’Église nationale. Ce qui naturellement contrarie le pouvoir anglais.

Le roi Jacques I°, élevé dans le calvinisme écossais bien que fils de la catholique Marie Stuart et donc aussi roi d’Ecosse, une fois monté sur le trône d’Angleterre se convertit à l’anglicanisme. Pour « venger » le règne de la catholique Marie I°, il renforça le combat de l’anglicanisme contre le pape, et étendit son emprise sur les séparatistes, poussant à l’émigration ces « dissidents » puritains, qui désiraient vivre librement leur foi.

.            Robert Browne, fut ordonné prêtre anglican tard dans la vie, sous l’influence de théologiens puritains, dont Thomas Cartwright et Richard Greenham. Bientôt ses prêches qui critiquaient les doctrines et la discipline de l'Église d'Angleterre attirèrent l’attention. Browne devint le chef de file d’un mouvement à Norwich, les « Brownistes », qui tenta de créer une église congrégationaliste dissidente de l'église d'Angleterre officielle. Arrêté, puis libéré, Browne, avec ses compagnons, quitta l'Angleterre pour s’installer, en 1581, à Middelburg aux Pays-Bas. Là, ils ont organisé une église sur ce qu'ils pensaient être le modèle du Nouveau Testament, mais la communauté a éclaté, deux ans plus tard, suite à des dissensions internes. Browne revint en Angleterre où, employé comme maître d'école et, après 1591, curé de l'église d'Angleterre, il fut souvent en désaccord avec ses compagnons séparatistes d’alors qui le considérèrent finalement comme renégat.

.            À la fin du XVIe siècle, à Scrooby, une petite ville dans le Nottinghamshire au centre de l’Angleterre, le jeune William Brewster, après avoir travaillé comme assistant du secrétaire d'État auprès de la reine Elizabeth I°, avait pris la suite de son père, dans les années 1590, comme huissier de justice de l'archevêque, et postier. Mécontent de l'Église anglicane telle qu'elle se développait à l'époque, il devint sensible aux idées brownistes. Après une première tentative infructueuse de partir pour les Pays-Bas en 1607, Brewster et sa congrégation libre de Scrooby, sous la conduite de John Robinson, réussirent en 1608 à s’enfuir à Amsterdam qui offrait plus de liberté.

Un refuge en Hollande

.            En mai 1609, le groupe des émigrés, fort de 300 membres, s'est déplacé à Leyde. Et puis, avec le temps, les séparatistes se trouvèrent moins à l’aise dans leur nouvelle terre d’accueil qu’ils ne l’étaient en Angleterre, tant la Hollande, aux mœurs relâchées, était tolérante à l’égard des autres religions. Aussi les difficultés d'existence, économiques et religieuses, les incitèrent dès 1617 à envisager de quitter l’Europe, pour élire domicile en Amérique du Nord, dans l'intention d'y réaliser dans des conditions meilleures le projet d'une communauté, libre à l'endroit des autorités, une « Nouvelle Jérusalem » fondée sur la libre adhésion de ses membres, attendant de ceux-ci un strict biblicisme et une conduite irréprochable. Leur volonté de partir loin de chez eux pour vivre en accord avec leurs croyances leur vaudra l’appellation de « pèlerins ».

.            L’expression « Pilgrim Fathers » (Pères Pèlerins) est apparue au début du XIX° siècle aux Etats-Unis d’une référence de William Bradford à un passage de l’écriture aux Hébreux. Elle désigne les 102 passagers, hommes, femmes et enfants, qui, le 21 décembre 1620, débarquèrent du Mayflower, dont Bradford raconte la geste dans The History of Plymouth Plantation. Les Pères Pèlerins dont une majorité de séparatistes étaient brownistes, furent d’ailleurs connus pendant deux siècles comme des émigrés brownistes.

.            Le premier soin des exilés de Leyde fut de s’assurer le libre exercice de leur religion. Jacques I° accueillit leur projet de colonisation avec une certaine faveur bien qu’il refusa de donner une promesse explicite de tolérance. Il paraît cependant que les émigrants obtinrent l’assurance qu’on ne les inquiéterait pas ; ils se contentèrent de cette vague garantie. N’espérant rien de plus de ce côté, ils traitèrent avec la compagnie de Virginie ou du Sud, pour une concession de terres dans les limites de la patente, ce qu’ils obtinrent facilement d’une société désireuse d’encourager l’émigration dans cette vaste contrée, dont elle n’occupait que la moindre place. Ils obtiennent finalement la permission de s’installer en Amérique, dans la colonie britannique de Virginie.

Le voyage

.            Le voyage fut difficile : après accord avec la Virginia Company (qui organise le peuplement de la nouvelle colonie anglaise de Virginie) et avec le marchand aventurier Thomas Weston, un bateau, le Speedwel, quitte Delftshaven le 1er juillet 1620 et gagne Southampton, où il rejoint le Mayflower, (un voilier de 180 tonneaux) pour faire route avec lui. Après des escales à Dartmouth (05 août) et Portsmouth (12 août), le Speedwel doit être abandonné et les membres de la communauté, après un jeûne solennel, quittent Plymouth le 16 septembre 1620 (06 septembre selon le calendrier julien alors en vigueur en Angleterre) sur le seul Mayflower. Parmi ces Pères Pèlerins se trouvaient 35 membres de l’Église séparatiste anglaise de Leyde, dont William Bradford (†1657) et William Brewster (†1644). La plupart des 67 autres passagers, émigrants anglais, venaient de milieux modestes (petits fermiers, artisans…) et adhéraient aux principes puritains.

.            À la suite d’une halte pour se ravitailler à Terre-Neuve auprès de pêcheurs locaux, une tempête menaça le bon déroulement de l’expédition. Le mauvais temps oblige alors le vaisseau à aborder les rivages de l’Amérique au Cape Cod (sur le site de la ville de Provincetown) le 21 novembre 1620 (11 novembre). Les passagers comprennent alors qu'ils ont fait fausse route. Ils doivent se résigner à débarquer sur une terre inhospitalière, encore inconnue des Européens, et non sur les bords du fleuve Hudson, là où plus tard fut établi New-York, but initial du voyage. A moins que le capitaine du vaisseau, payé, dit-on, par les Hollandais qui projetaient un établissement sur ce beau fleuve, les porta beaucoup plus au nord-est, loin de la Virginie !

La signature du pacte du Mayflower Compact, par Jean Leon Gerome Ferris (1863)

Avant de débarquer, les 41 hommes chefs de famille s'étaient engagés par un contrat mutuel de bonne entente, le Mayflower Compact (21 nov. 1620), qui constituait la règle du nouvel établissement, la constitution de la nouvelle colonie : stricte observance de la foi et du culte calviniste, vie communautaire intense, discipline sociale et morale sans faille. Ce document est considéré comme l'un des textes ayant inspiré la Constitution des Etats-Unis,

Le débarquement

.            Une fois débarqués sur le site de Provincetown, ne trouvant pas d’endroit où s’établir durablement, une mission exploratoire d’une quinzaine d’hommes commandée par le capitaine Myles Standish fut organisée vers le 15 novembre. Puis, une deuxième mission avec un groupe de 34 hommes, commandés par Christopher Jones, partit le 27 novembre à bord d’une chaloupe que les pèlerins avaient eux-mêmes construite. Une troisième mission subira quelques premières escarmouches avec des indiens Wampanoags de la tribu des Nausets au niveau de Eastham, le 6 décembre. Devant ces échecs successifs, les colons du Mayflower levèrent l’ancre. Le navire longea alors les côtes de la baie du Cape Cod, et aborda sur la côte sauvage du Massachusetts la petite baie de « New Plymouth » le 18 décembre (8 décembre), sur le site d’un village indien abandonné nommé « Patuxet ». Ils y restèrent trois jours pour arpenter la zone. L’emplacement fut finalement choisi pour sa position défensive, et par le fait que les terres pouvaient être facilement mises en culture, puisque précédemment occupées par les autochtones.

Landing of the Pilgrims by Michele Felice Cornè, circa 1805. Displayed in the White House

.            Le 21 décembre 1620 (11 décembre), William Bradford, le chef de la communauté, débarqua avec quelques hommes sur le site qu’ils baptisèrent Plymouth Rock et fondèrent officiellement la première ville baptisée naturellement « New Plymouth » (actuellement la ville de Plymouth).

.            Les Pères Pèlerins du Mayflower ne furent cependant pas les premiers colons anglais établis dans cette partie du monde. Bien que l'Amérique du Nord fût déjà connue depuis près d'un siècle par les Espagnols, et que les Français établirent Fort Caroline en 1564, les Anglais ne commencèrent à la coloniser qu'en 1584 avec l'envoi de navires vers la colonie de Roanoke, la « colonie perdue ». Cette première tentative d'installation durable ayant échoué, les Anglais renvoyèrent des navires en 1606 en Virginie, alors récemment achetée à l'Espagne où ils fondèrent le fort de Jamestown (qui fut plus tard détruit par les Amérindiens, la famine, le paludisme et les rudes hivers).

Dès 1607 une compagnie commerciale non religieuse fonda, avec charte royale, la colonie anglaise de Jamestown en Virginie, en souvenir de la Reine Vierge Élisabeth Ière, dans la zone fertile de la baie de Chesapeake, pour cultiver du tabac. Ce fut la première colonie britannique sur l’emplacement de ce qui deviendra plus tard les États-Unis.

L’implantation

.            En 1621, un accord financier ayant été conclu avec Weston, une charte fut accordée à la colonie par le Conseil de la Nouvelle-Angleterre. Il est prévu une assemblée, le General Court, où se réunissent autant que de besoin tous les planteurs mâles et majeurs, nommée par le suffrage universel et assistée d’un conseil de cinq membres. Telle fut la forme primitive de la constitution de New-Plymouth.

Elle élit le gouverneur et les administrateurs, fait les lois, lève les impôts et établit les tribunaux. John Carver, qui avait négocié les conditions du voyage, en fut le premier gouverneur. William Bradford lui succéda peu après et devait être réélu jusqu'en 1656. Dès 1639, avec l'extension de la colonie et l'impossibilité pour beaucoup de fermiers d'assister aux réunions, il faudra recourir à un système représentatif.

Reconstitution du village des colons dans le musée en plein air de Plymouth Plantation (Massachusetts)

.            La colonie, après des débuts difficiles, finit par s’implanter malgré les conditions climatiques défavorables. Beaucoup moururent du scorbut ; ainsi, sur les 102 premiers immigrants, la moitié périrent le premier hiver.

.            Au mois de février 1621, les premières rencontres avec les Indiens Wampanoag furent tendues et obligèrent les colons à s’organiser militairement sous le commandement de Myles Standish, un officier anglais qui avait été spécialement recruté dans ce but par les Pères Pèlerins.

Le 16 mars 1621, eurent lieu les premiers contacts pacifiques entre colons et indiens, et la communauté conclut un traité de paix avec les Indiens des environs (Narrangans et Wampanoag). Elle n'aura dès lors à se plaindre que d'incidents de voisinage, nombreux mais sans gravité. L’un de ces indiens nommé Samoset, leur servit d’interprète (il avait précédemment un peu appris l’anglais grâce au contact des pécheurs venant d’outre-Manche). Grâce au chef indien Wampanoag Massasoit, il put leur offrir de la nourriture, puis leur apprit à pêcher, chasser et cultiver du maïs. Au cours de l'hiver, la famine et la maladie eut raison de nombreux colons. Cependant, les dindes sauvages et le maïs obligeamment fourni par les Indiens permettent toutefois au plus grand nombre de survivre.

Afin de célébrer la première récolte, à l’automne suivant, en novembre 1621, le gouverneur Bradford décréta trois jours d’action de grâce. Les colons invitèrent le chef Massasoit et 90 de ses hommes à venir partager leur repas, en guise de remerciement pour l’aide apportée, et afin de sceller une amitié durable en concluant un pacte commercial. Des dindes sauvages et des pigeons furent servis à cette occasion : ce fut le premier Thanksgiving fêté sur le territoire américain.

Le premier repas de Thanksgiving, par Jean Leon Gerome Ferris

.            Quelques semaines plus tard, les Indiens, qui commencent à s'inquiéter de l'enracinement des Blancs, envoient à ceux-ci une troupe de 50 guerriers porteurs d'une poignée de flèches liées par une peau de serpent. À ce signe évident d'hostilité, Bradford répond en renvoyant une peau bourrée de poudre et de balles. Les Indiens se le tiennent pour dit et la paix est préservée entre les deux communautés.

Il peut paraître singulier, qu’il soit accordé tant d’importance à l’établissement d’une poignée d’hommes qui ne joua jamais un rôle considérable ; mais ce qui rend la mémoire des pèlerins impérissable, c’est moins leurs actions que l’esprit nouveau qu’ils apportèrent sur le continent, car c’est cet esprit qui a fait la grandeur des États-Unis. Les puritains du Mayflower et leurs compagnons d'aventure vont apprendre non sans difficulté les vertus de la tolérance et de la démocratie locale. Ces vertus nées de la cohabitation de différentes communautés de réfugiés sont devenues l'idéal nord-américain. C'est pourquoi le souvenir du Mayflower reste encore si vif aux États-Unis et au Canada.

Et ensuite (citations de William Bradford, Of Plymouth Plantation)

.            « Nous ferons ensemble pousser nos récoltes et en partagerons les fruits équitablement ».

.            Bien entendu, conformément à l’expérience séculaire du comportement des hommes, certains membres de la communauté (notamment les adolescents) travaillèrent moins que d’autres et même, la disette survenant, volèrent les aliments.

De toute évidence cette situation ne pouvait qu’aboutir à la famine et à la disparition de la petite communauté dont le chef, le gouverneur Bradford dans son journal de bord, notait « Nous commençâmes à réfléchir sur les moyens de produire le plus de maïs possible afin d’échapper à la famine ». La réponse fut aussi simple qu’efficace « Attribuer à chaque famille une parcelle de terre ».

L’institution de la propriété

.            Certes la collaboration technique et sociale avec les indiens facilita la production abondante de maïs mais, alors que ceux-ci avaient des droits de propriété tribaux mal définis, les pilgrims réinventèrent l’institution de la propriété, concept importé du Royaume d’Angleterre et consacré par la Magna Carta de 1215, fondement de la Common Law.

.            « Chacun pour son compte gèrera son propre maïs et de ce fait ils se devront mutuelle confiance ; toutes les autres choses continueront au profit de la communauté comme avant. Et ainsi, à cette fin, fut assignée à chaque famille une parcelle de terre, en proportion de leur nombre, seulement pour une utilisation immédiate (sans aucune division sujette à héritage), après que les garçons et les jeunes aient été répartis dans des familles. Cela fut un grand succès, car chacun fut motivé pour travailler plus intensément et s’organiser, de sorte qu’il fut planté beaucoup plus de maïs qu'il ne l’aurait été par quelque autre moyen qu’aurait pu proposer le gouverneur ou mis en oeuvre par quiconque. Beaucoup de troubles furent évités, pour une bien plus grande production. Les femmes allaient maintenant volontiers dans les champs, et emmenaient leurs petits avec elles pour semer du maïs ; alors qu’auparavant, elles auraient allégué la faiblesse et l'inaptitude ou fait état de tyrannie et d’oppression. »

Le Mayflower Compact

Le document original a été perdu, mais la transcription qu’en a donné William Bradford dans son journal est généralement reçue comme très fidèle.

.            Au nom de Dieu, Amen.

.            Nous soussignés loyaux sujets de notre puissant Souverain, le Roi Jacques.I°, par le grâce de Dieu, Roi de Grande-Bretagne, de France et d'Irlande, défenseur de la foi, etc, ayant entrepris, pour la gloire de Dieu, et l'extension de la Foi Chrétienne, et l'honneur de notre roi et de notre pays, un voyage pour établir la première colonie dans la partie septentrionale de la Virginie, décidons par la présente, solennellement et de concert devant Dieu, et en présence les uns des autres, de nous engager et de nous constituer par nous-même et ensemble en un corps politique civil, en vue d'une meilleure organisation et protection et dans le but de servir lesdites fins; et en vertu de cela de promulguer, constituer et développer de justes et équitables lois, ordonnances, actes, constitutions, et mandements, qui pourront être conçus comme très séants et convenables pour le bien général de la colonie, sous réserve de quoi nous y promettons tous soumission et obéissance.

En témoignage de quoi nous avons ci-dessous inscrit nos noms, à Cape Cod en ce 11 Novembre, sous le règne de notre Seigneur et Souverain, Jacques, Roi d'Angleterre, de France et d'Irlande en sa dix-huitième année, et d'Ecosse en sa cinquante-quatrième année, Anno Domini 1620.

.            Mr . John Carver, William Bradford, Edward Winslow, William Brewster, Isaac Allerton, Myles Standish, John Alden, John Turner, Francis Eaton, James Chilton, John Craxton, John Billington, Joses Fletcher, John Goodman, Samuel Fulle, Christopher Martin, William Mullins, William White, Richard Warren, John Howland, Steven Hopkins, Digery Priest, Thomas Williams, Gilbert Winslow, Edmund Margesson, Peter Brown, Richard Bitteridge, George Soule, Edward Tilly, John Tilly, Francis Cooke, Thomas Rogers, Thomas TinkerJohn Ridgdale, Edward Fuller, Richard Clark, Richard Gardiner, John Allerton, Thomas English, Edward Doten, Edward Liester.

102 au départ et ... 102 à l’arrivée !

.            Une naissance fut enregistrée à bord durant la traversée : celle d'un petit garçon, au nom d'Oceanus Hopkins. Mais le valet d'Edward Fuller, William Butten, mourut pendant le voyage. Une naissance fut également enregistrée alors que le Mayflower n'avait pas encore accosté et que les pèlerins cherchaient un endroit où s'établir : celle de Peregrine White. La toute première femme européenne à débarquer fut Mary Chilton. La dernière survivante des passagers du Mayflower fut Mary Allerton, décédée à l'âge de 83 ans le 28 novembre 1699.

Présidents des États-Unis descendant des passagers du Mayflower :

                        John Adams, 1735 - 1826

                        John Quincy Adams, 1767 - 1848

                        Zachary Taylor, 1784 - 1850

                        James Abram Garfield, 1831 - 1881

                        George Herbert Walker Bush, 1924

                        George Walker Bush, 1946

Une autre facette de l’histoire.

.            Ce n'est pas une histoire d'amitié

.            Il est assez bien documenté que les Anglais, et plus tard les Américains, ne s'entendaient pas avec leurs voisins indigènes. Les Amérindiens ont été chassés de leurs terres et pratiquement exterminés par les colons au cours des siècles qui ont suivi l'arrivée de ces derniers.

S'il est vrai qu'au départ, les colons de Plymouth entretenaient d'assez bonnes relations avec la tribu Wampanoag (auraient-ils eu, en fait, une alliance contre les Français et d'autres rivaux indiens ?) cette amitié s'est érodée. Peu à peu, les colons de Plymouth, bien que redevables aux Wampanoags, prirent possession de leurs terres, mettant à rude épreuve le mode de vie des habitants. Et comme si cela ne suffisait pas, la maladie, propagée par les nouveaux arrivants, a décimé la population autochtone.

.            En plus de la famine et de la maladie, les raids sont devenus de plus en plus fréquents. Les enlèvements, les massacres, les razzias et les pillages sont devenus monnaie courante et, des deux côtés, les victimes ont été nombreuses. Mais alors que les colons ont eu le privilège de s'installer dans des villages plus fortifiés, les Wampanoag ont été contraints de quitter leurs villages et de fuir vers des régions éloignées.

.            L’épidémie de variole de 1633 avait emporté la moitié de la tribu des Pequots. Leur rivalité avec les Narragansetts et les tentatives de colonisation de leur terre par les colons ne leur laissèrent pas le choix … Les Pequots entrèrent en guerre contre l’envahisseur anglais. Le 26 mai 1636, la garnison du capitaine John Mason, épaulée de guerriers Niantics, Mohegans et Narragansetts, attaqua le village fortifié des Pequots en bordure de la Mystic River. Ils brûlèrent le village, bloquèrent les sorties, et mirent le feu aux palissades. Les Pequots étaient faits comme des rats : quiconque escaladait les portes finissait fusillé. 500 hommes, femmes et enfants furent exterminés. Le Massacre de Fort Mystic est resté ancré dans bien des mémoires, surtout chez les Natifs. Le conflit se solda par une amère défaite des Pequots et la signature du Traité de Hartford le 21 septembre 1638, qui enterra définitivement l’existence des insurgés. Cette lutte émancipatrice des Pequots a été passée sous silence et oubliée de beaucoup d’Américains.

.            Metacomet le nouveau chef Wampanoags ordonna des raids contre les colonies après l'exécution de plusieurs de ses hommes pour le meurtre d'un interprète Punkapoag. En 1675, le conflit conduisit à une guerre dévastatrice et totale. Les combats durèrent un an, dans le sud de l’actuelle Nouvelle-Angleterre. Près d'un dixième des Amérindiens et des Anglais furent tués ou blessés. Le conflit se termina par la victoire des colons anglais qui finirent, grâce à leurs alliés Iroquois, par tuer Metacomet. En 1676, à l’issue de ce que l'on a appelé la "guerre du roi Philippe", les colons avaient perdu environ 30 % de leur peuple, tandis que près de la moitié de la population amérindienne avait été anéantie. Un lourd tribut.

La colonie de Massachussets.

Edouard Lefebvre de Laboulaye (1866)

.            La seconde colonie puritaine qui vint peupler la Nouvelle-Angleterre, fut celle qui s’établit autour de la baie de Massachussets. C’est de toutes la plus importante ; celle qui, dès l’origine, a pris la direction du mouvement politique et religieux aux États-Unis, et qui longtemps y tient le premier rang, sinon pour le commerce, du moins par son poids sur l’opinion. C’est Boston qui a commencé la guerre de l’indépendance ! … L’histoire du Massachussets sera celle de la Nouvelle-Angleterre.

.            À peu près vers l’époque où, les pèlerins achevaient leur voyage, Jacques Ier, voyant que la Compagnie du Nord ne donnait point suite à ses projets de colonisation, accorda, le 3 novembre 1620, une charte nouvelle au duc de Lennox, au marquis de Buckingham et à quelques autres personnages de distinction. Cette charte était imitée de la concession première, mais elle étendait le territoire accordé. Le roi donnait à la compagnie, qui prit le titre de Grand conseil de Plymouth, tout le pays compris entre le 40e et le 48e degré de latitude nord, et s’étendant en profondeur d’une mer à l’autre, réserve faite des possessions qui se trouveraient appartenir à quelque autre puissance : on songeait sans doute à nos établissements du Canada.

Cette concession, malgré son étendue, n’amena point d’expédition sérieuse ; la compagnie dans laquelle figurait un certain nombre de courtisans intéressés, s’occupa de vendre des terres plutôt que de coloniser, et la Nouvelle-Angleterre serait restée longtemps inhabitée, si les causes qui avaient amené l’exil des brownistes, n’avaient déterminé une émigration de puritains beaucoup plus considérable.

.            Les Indépendants, dont le nombre et le zèle augmentaient chaque jour, malgré ou plutôt à cause de la persécution, désespérant d’obtenir dans leur patrie un relâchement des lois qui les frappaient sans pitié, encouragés d’ailleurs par les récits qui représentaient la colonie de New-Plymouth comme l’asile et le sanctuaire de leurs croyances, résolurent de chercher, eux aussi, par-delà les mers, une patrie nouvelle, où leurs opinions ne seraient point inquiétées, où la persécution n’atteindrait ni leurs femmes ni leurs enfants.

Ce fut dans cette intention qu’on ouvrit avec le Grand conseil de Plymouth une négociation qui, en 1627, aboutit à une concession considérable, car elle comprenait le territoire de l’État actuel de Massachussets, le Connecticut, New-Hampshire, Rhode-lsland et le Maine.

.            Les premiers concessionnaires n’étaient ni assez riches, ni assez nombreux pour entreprendre avec leurs seules ressources une aussi lourde entreprise que la colonisation d’un pays lointain ; ils cherchèrent donc des associés parmi leurs coreligionnaires, et en trouvèrent bientôt un assez grand nombre parmi des marchands ou des personnes aisées, qui en public ou en secret professaient les opinions puritaines. Mais ces derniers, en hommes habitués aux affaires, ne voulurent point tenir leur titre d’une compagnie qui pouvait bien leur concéder la propriété du sol, mais non pas la juridiction et l’administration. Ils s’adressèrent donc au roi, à qui seul il appartenait d’accorder cet attribut de la souveraineté.

Charles Ier consentit à leur demande avec une facilité qui étonne, quand on sait quelle était la sévérité du roi en matière de non-conformité. Le 4 mars 1629, il constitua les concessionnaires en corporation, sous le nom de Gouvernement et compagnie de la baie de Massachussets dans la Nouvelle-Angleterre, et leur donna une charte toute semblable à celle que Jacques Ier avait accordée au grand conseil de Plymouth.

Cette charte, qui porte la signature de Charles Ier, et qui, pendant plus d’un demi-siècle fut chérie comme le plus précieux des privilèges, constituait, non point un État, mais simplement une corporation, dont le siège était en Angleterre, et qui était organisée comme toutes les grandes compagnies commerciales que l’esprit de la monarchie avait alors multipliées par tout le pays.

.            … Aussitôt la patente obtenue, une première expédition de cinq navires emmena trois cents émigrants vers leur nouvelle patrie. C’étaient, pour la plupart, d’ardents puritains qui quittaient la terre natale, non par ambition, non par avarice, mais uniquement parce qu’il leur semblait que rien ne pouvait les défendre de la furie des évêques que le vaste Océan et les solitudes sauvages de l’Amérique. Des ministres éminents dans le parti non conformiste accompagnaient cette colonie qui ne ressemblait à aucune de celles qu’avait connues l’histoire, colonie non point d’aventuriers, mais de chefs de famille qui se rendaient au désert, accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, pour y porter le flambeau de l’Évangile, pour y prier Dieu en liberté.

.            … À leur arrivée, le 29 juin 1629, les colons trouvèrent le reste misérable d’une première émigration partie l’année précédente, sous la conduite d’un enthousiaste nommé Endicott, et établie dans un lieu que le gouverneur avait nommé Salem, du nom de la ville sainte.

Les émigrants qui avaient suivi Endicott, et les nouveaux arrivants avaient les mêmes principes religieux ; c’étaient des puritains de l’espèce la plus rigide, et pour des hommes de ce caractère, l’établissement d’une église était un intérêt qui devait effacer tous les autres. Aussi, dès le premier jour, et sans égard pour la charte qui leur imposait la conformité, ils organisèrent leur Église suivant leurs doctrines.

.            … Ce fut avec passion que les puritains, libres de leurs mouvements pour la première fois, constituèrent cette pure Église qu’ils avaient rêvée si longtemps. Cependant quelques émigrants, effrayés de cette brusque rupture avec l’Église anglicane, s’assemblèrent séparément pour honorer Dieu suivant le rite de la métropole. Exclusifs comme tous les partis qui sortent de la persécution, les colons déclarèrent qu’ils ne supporteraient point l’épiscopat. Craignant toujours une invasion de leurs droits, ils regardaient les partisans de l’Église établie comme des espions dans leur camp.

.            … Cependant, les directeurs de la compagnie en Angleterre travaillaient à renforcer la colonie, et comme on était au moment où l’esprit intolérant de l’archevêque Laud dominait dans le conseil du roi, le nombre était grand de ceux qui se résignaient à chercher un abri dans la Nouvelle-Angleterre. Parmi eux, se trouvaient des gens d’une condition plus relevée, d’une fortune plus grande que celle des premiers émigrants.

.            Mais des hommes qui voulaient risquer leurs biens et hasarder leur vie à fonder un grand établissement dans un monde nouveau, ne pouvaient accepter ce gouvernement à distance. … Des Anglais habitués dès lors à la pratique de la liberté, n’entendaient pas devenir les serviteurs d’une corporation placée à Londres et ils refusaient d’accepter des lois faites sans leur aveu, et rédigées par un conseil que l’éloignement condamnait à ne jamais connaître qu’imparfaitement la société qu’il prétendait régir.

On savait que la Virginie s’était fait concéder une espèce de charte, et qu’elle n’avait été vraiment libre qu’après la chute de la compagnie. Les colons qui se présentaient pour la Nouvelle-Angleterre, prirent une mesure plus simple et plus énergique, et qui leur permettait de se passer de la royauté. Ils demandèrent à la corporation de se transporter, en quelque façon, d’Angleterre en Amérique, en remettant tous les pouvoirs, tout le gouvernement de la colonie aux mains de ceux des membres de l’association qui s’établiraient dans le nouveau monde.

La compagnie hésita, doutant de la légalité de cette mesure, qui, en apparence, semblait ne changer que le siège de la société, qui, en fait, transformait une corporation commerciale en un gouvernement provincial indépendant ; elle se décida cependant, en présence des offres brillantes des nouveaux colons, qui emmenaient plus de huit cents personnes à leur suite. L’élection des officiers de la plantation se fit parmi ceux des concessionnaires qui émigraient. John Winthrop, protestant zélé, dont l’intégrité et la capacité étaient célèbres, fut choisi pour gouverneur. L’administration et la patente furent ainsi portées outre-mer, et ce qui n’était que la charte d’une compagnie devint la loi d’un État.

.            … Dès le premier jour, les planteurs du Massachussets ont été pris de l’esprit d’innovation en politique aussi bien qu’en religion, et l’habitude de rejeter les usages établis dans un cas, les avait préparés à s’en écarter dans un autre. Et si en Angleterre, ils avaient agi comme une compagnie de commerce qui a besoin d’une charte royale pour confirmer ses possessions, à peine débarqués en Amérique, ils se considérèrent comme des individus unis par une association volontaire, et ayant de droit naturel le choix du gouvernement, et des lois qui leur convenaient le mieux.

… Ce nouvel État avait, du reste, un caractère particulier, et qui n’était rien moins que démocratique. Les émigrants, on l’a vu, étaient bien moins une société politique qu’une église plantée dans le désert. Conserver la foi, n’admettre que des hommes purs, était le but principal de la communauté ; aussi se constitua-t-elle comme une théocratie. Une loi de 1631 décida que personne autre qu’un membre de l’Église ne pourrait prendre part au gouvernement, être élu magistrat, faire fonction de juré. En d’autres termes quiconque ne professait pas les opinions reçues en fait de dogme et de discipline, était dépouillé de ses droits de citoyen, et mis au ban, de la société.

.            … Dans les premières années du transport de la charte en Amérique, on avait procédé comme le voulait l’acte royal ; le gouverneur et les assistants étaient choisis dans la cour générale (c’est le nom qu’on donnait alors dans la Nouvelle-Angleterre, au pouvoir législatif) formée par la réunion de tous les propriétaires (freemen). C’est également dans cette assemblée que, d’un commun accord, on arrêtait toutes les mesures qui intéressaient la plantation.

Mais quand les colons se furent répandus au loin, une réunion générale de tous les propriétaires devint impossible, et dès 1634, les planteurs choisirent, de leur propre mouvement, des délégués pour les représenter dans l’assemblée. Ces délégués, par une décision hardie, transformèrent en une démocratie représentative ce qui n’était encore qu’une assemblée d’actionnaires. … Ce système de gouvernement dura jusqu’à la révocation de la charte en 1684.

Telle fut la constitution que se donna le peuple de la nouvelle Angleterre. Les colonies de Rhode-Island, Connecticut et New-Hamsphire tirèrent leur origine du Massachussets, et en suivirent l’exemple.