Elections présidentielles américaines : complexes ?

Le Monde – 01 nov 2016 / Wikipedia / The Conversation - Marie-Cécile Naves - 02 fév 2020 / Le Figaro – Philippe Gélie – 02 fév 2020
https://fr.usembassy.gov/fr/education-culture-fr/les-etats-unis-de-z/elections-presidentielles/

.            Tous les 4 ans, en novembre, ou lors du vote anticipé qui débute fin septembre dans 37 états sur 50, les électeurs américains votent pour leur futur Président, mais de façon indirecte. Ce sont en fait les 538 « Grands électeurs », élus état par état, qui forment le « Collège électoral » qui sera chargé d'élire le Président en décembre. Il est élu pour 4 ans, mandat renouvelable une seule fois.

Le système électoral

.            Les élections présidentielles se déroulent en plusieurs étapes, qui vont du début de l’année au mois de janvier de l’année suivante. Elles commencent par la désignation de Délégués à l’échelon local lors des caucus et primaires, se poursuivent par les conventions nationales où sont désignés les candidats et où sont adoptées les grandes lignes des programmes politiques. Enfin, le Président et le Vice-Président sont élus sur le mode du suffrage universel indirect par le Collège des grands électeurs.

Primaires et caucus

.            Pour participer aux conventions nationales, des délégués sont choisis au sein de chaque parti lors de conventions locales, les primaires ou caucus. Ces manifestations, mises en place aux États-Unis en 1968, sont un mode de désignation d’un candidat à la présidentielle pour chaque parti et se déroulent dans tout le pays dès le mois de février. On appelle Super Tuesday le jour, un mardi, où se tiennent le plus de primaires et de caucus dans le pays.

Les primaires

.            Les primaires, organisées par chaque état, quand il veut et comme il veut, sont un mode de sélection des candidats d’un parti, apparu au début du 20ème siècle. La première primaire a eu lieu en Floride en 1904.

Il existe deux sortes de primaires :

– Les primaires dites fermées, où seules les personnes qui se sont fait inscrire sur les listes électorales en se réclamant d’un parti peuvent prendre part au vote de ce parti. Les électeurs inscrits sous les couleurs d’un autre parti ou comme indépendants ne sont pas admis à y participer. On évite ainsi que les sans-parti franchissent la ligne de démarcation (« cross over ») pour s’ingérer dans la désignation des candidats des partis. La plupart des primaires organisées par les divers états sont fermées.

– Les primaires dites ouvertes où tous les électeurs peuvent prendre part au vote sans distinction. On les appelle aussi « cross over primary ». Elles sont plus rares que les primaires fermées.

La primaire du New Hampshire est toujours très attendue car c’est la première de toutes : les résultats sont donc particulièrement révélateurs. Parmi les autres résultats suivis attentivement par les candidats, figurent ceux des primaires de Floride, Wisconsin, Oregon, Nebraska, Caroline du Nord, Texas, Tennessee, Massachusetts, Indiana et Pennsylvanie

Qu’est-ce qu’un caucus ?

.            Contrairement à la primaire où les sympathisants votent simplement à bulletin secret, l’Iowa organise ce qui s’appelle un “caucus”. Ces séances électorales internes à chaque parti tiennent leur nom d’une réunion de chefs tribaux chez les Indiens algonquiens. Les caucus, moins nombreux que les primaires, ont la particularité d’être plus « grassroots » (axés sur une campagne « de terrain ») que les primaires, et obéissent à un processus complexe.

Les caucus soumettent les candidats à un exercice difficile : amener ses électeurs à une heure fixe dans un lieu précis - école, gymnase, église, …, par un soir glacial de février. Cela requiert de nombreux volontaires et une organisation de terrain très au point.

.            Dans sa version revisitée en 1972, le caucus de l’Iowa se déroule désormais en pas moins de quatre étapes.

Les réunions de sympathisants du parti, dans chaque circonscription, se tiennent dans près de 1.700 enceintes. Aux débats et tractations s’ajouteront les « pitches » des représentants des candidats jusqu’à la dernière minute pour convaincre l’auditoire.

Puis vient le temps des « alignements » et de la désignation. Les participants rassemblés dans leur salle fermée se divisent en groupes selon leur candidat préféré, qui doit obtenir au premier tour au moins 15 % des votes, sur place, pour être considéré comme « viable ». Les supporters de ceux qui ont passé ce seuil de 15 % ne peuvent alors plus voter.

Un second tour a lieu. Il ne concerne que les autres supporters, ceux qui ont soutenu un candidat « non-viable ».  En s’interpellant dans la salle, ils peuvent réaffecter leur voix à un autre prétendant, disposant d’un temps limité pour rallier, ou non, un candidat « viable ». En clair, les seconds choix comptent souvent autant que les premiers.

Les délégués ensuite répartis à la proportionnelle, votent pour le candidat « viable » qu’ils représentent à l’échelle départementale, puis régionale et enfin celle de l’État.

En 2020, contrairement aux années précédentes, la volonté de publier les résultats intermédiaires a souffert de problèmes techniques et empêché la publication rapide des résultats définitifs.

A l'opposé d'une règle fréquente dans le système électoral américain, le vainqueur en Iowa ne rafle pas toute la mise, les délégués étant distribués au prorata. Pas étonnant que certains jugent l’investissement disproportionné. Les trois quarts des États ont aujourd’hui abandonné cette méthode archaïque en optant pour des primaires ouvertes.

 

.            L’Iowa désigne 41 délégués pour la convention nationale du parti (soit environ 1 % du total), qui s’ajoutent aux 8 « super délégués » (élus, cadres du parti) qui sont directement qualifiés. C’est alors que les candidats démocrates peuvent enfin additionner ces voix à toutes celles accumulées pendant l’ensemble des primaires. Le vainqueur est officiellement investi lors de la Convention nationale du parti durant l’été.

Comment l'Iowa, qui ouvre les primaires démocrates, est-il devenu si important ?

.            L’Iowa, ce froid État du Midwest des États-Unis de taille moyenne, essentiellement rural, éloigné de Washington et de ses manœuvres politiciennes, abrite moins de 1% de la population américaine.

.            À l’international, cet Etat intéresse peu… sauf une fois tous les quatre ans, quand il ouvre le bal des primaires et caucus américains en vue du scrutin présidentiel : le caucus de l’Iowa, parce qu’il intervient avant les autres rendez-vous électoraux, peut servir d’énorme tremplin aux candidats outsiders. Mais expliquer l’importance de l’Iowa uniquement par son statut de premier à voter serait réducteur. Au-delà de cette question du timing, le vote de l’Iowa permet aussi aux candidats de faire un premier bilan de leur campagne

.            Le caucus de l’Iowa, le premier d’une course de fond de plusieurs mois, est souvent accusé, surtout à gauche de l’échiquier politique, d’être peu représentatif de l’Amérique. Il n’en reste pas moins symboliquement fort. Il motive et lance celui ou celle qui sort en tête et lui assure une attention médiatique importante, et cela compte. Et même si rien n’est joué pour la suite, un très mauvais résultat en Iowa n’augure rien de bon.

.            Cet État agricole du Midwest présente l’avantage d’être de taille moyenne, relativement homogène et représentatif du « Heartland », le cœur de l’Amérique : un électorat majoritairement blanc (90%), conservateur et religieux. Les locaux, pour un tiers des fermiers d’origine allemande, ont la réputation d’être durs à convaincre.

Les habitants de l’Iowa sont proches de la moyenne des Américains dans de nombreuses catégories : les revenus, les opinions, le soutien militaire et la tolérance aux intrusions du gouvernement dans la vie quotidienne.(…) Si le message ne touche pas les électeurs de l’Iowa, il ne touchera sans doute pas les électeurs d’ailleurs.”, analyse ainsi l’ancien journaliste Michael Rank, dans son livre How Iowa Conquered the World.

Avec “seulement” 3,156 millions d’habitants, l’Iowa n’envoie que 3 grands électeurs au Collège électoral chargé de nommer le président et le vice-président américains. C’est peu, comparé aux États côtiers, comme la Californie et ses 55 grands électeurs, la Floride ou encore New York qui en ont 29 chacun.

Pourtant, depuis le début des années 70, l’Iowa joue un rôle crucial dans la course à l’investiture des partis puis à la Maison Blanche. C’est le résultat d’une stratégie politique et médiatique qui a commencé par le plus grand des hasards.

Tout commence à cause d’une photocopieuse

.           En 1968, le Parti démocrate connaît une scission profonde entre son élite et sa base autour du choix de son candidat pour la présidentielle, qui se solde par une défaite cuisante face à Nixon la même année. Quatre ans plus tard, les démocrates revoient donc les règles de nominations du candidat investi pour qu’elles soient plus inclusives.

Pour s’assurer du bon déroulement du caucus à chacune de ses phases, le chef des démocrates dans l’Iowa exige en 1972 que le nouveau règlement et toute une volée de documents soient imprimés et remis en main propre aux responsables de chaque étape du processus. Une exigence qui va se heurter à une contrainte technique : les démocrates de l’Iowa n’ont à leur disposition qu’une seule machine pour faire les copies en question.

Sachant que la Convention nationale est d’ores et déjà fixée au mois de juillet 1972, il faut espacer au maximum les quatre étapes pour avoir le temps de gérer toute cette paperasse imposée. Les démocrates décident de s’accorder plus d’un mois entre chaque étape, ce qui revient à faire tomber la première d’entre elles le 24 janvier 1972.

Pourquoi l’Iowa et le New Hampshire ouvrent-ils le calendrier ?

.            Après le caucus de l’Iowa, le New Hampshire, lui, s’accroche, avec sa primaire, à son privilège depuis les années 1920. Il pratique aussi la politique de proximité, exigeant des candidats un investissement personnel bien plus important que son poids politique. Sa primaire, huit jours après le caucus de l’Iowa, se déroule face à une population tout aussi blanche (94 %), plus à gauche mais aussi contestataire.

Complétant le tour de chauffe électoral, l’inscription du ­Nevada et de la Caroline du Sud dans le quatuor de tête (dernière semaine de février) permet d’injecter un peu de diversité : l’électorat de l’Ouest et les Hispaniques pour le premier, les Sudistes et la communauté noire pour le second.

Régulièrement, des batailles surgissent pour tenter de voler sa préséance à l’Iowa, mais les responsables locaux menacent alors d’avancer la date du vote. On a assisté à une surenchère de ce type en 2008. Depuis, le New Hampshire a inscrit dans sa loi l’obligation d’organiser la première primaire, de sorte que ses rivaux n’ont plus rien à gagner à jouer des coudes sur le calendrier.

L’Iowa et le New Hampshire n’envoient que peu de délégués aux conventions des partis : à euxdeux, 65 démocrates sur 3 979 et 62 républicains sur 2 750. Ils ne sont pas non plus, mais tous les démocrates ayant gagné ces deux premiers tests ont remporté l’investiture de leur parti.

Quelles sont les étapes cruciales de la course ?

.            Iowa, New Hampshire, Nevada, Caroline du Sud, les quatre premières étapes, fournissent des renseignements cruciaux : qui, parmi les candidats, « connecte » le mieux avec l’Amérique blanche, qu’elle soit rurale ou libertaire, ainsi qu’avec les communautés noire et hispanique.

À ce stade, la force de frappe que confère l’argent n’est pas encore déterminante. Mais vient ensuite le Super Mardi (début mars), où un grand nombre d'États votent simultanément lors de primaires ou de caucus pour départager les candidats des deux principaux partis politiques. La nature de la course change alors radicalement à cause de la taille et du nombre des États : ils sont seize à voter le même jour, dont le Texas et la Californie, fournissant 1.357 délégués démocrates (presque 40 %) et 782 délégués républicains (34 %). L’impossibilité de sillonner ces vastes territoires confère une importance cruciale à la publicité télévisée et à la mobilisation sur les réseaux sociaux. C’est pourquoi la télévision comme les médias en général sont un relais important de la campagne. Et par conséquence, les moyens financiers d’un candidat pèsent beaucoup dans ses chances de réussite.

De grands États sont encore au rendez-vous en mars et avril.

.            Puis l’attention se tourne vers les conventions des deux principaux partis, juillet et août. La généralisation des primaires à partir du début des années 1970 a transformé ces foires d’empoigne en cérémonies d’adoubement. Les dernières conventions au résultat incertain remontent à plus d’un demi-siècle !

Quand connaît-t-on les vainqueurs ?

.            Selon les experts, le candidat en tête a une option crédible sur la nomination de son parti lorsque 50 % des délégués ont été choisis lors des primaires (mi-mars). Les mêmes spécialistes soulignent toutefois que la victoire ne peut être tenue pour acquise que lorsque 75 % des délégués ont été attribués (fin avril). Il faut au moins 1.990 délégués au vainqueur démocrate pour l’emporter au premier tour de scrutin à la convention. À défaut, 766 super-délégués (responsables du parti), participeront au vote les tours suivants. Côté républicain, le vainqueur doit aligner au moins 1.276 délégués sur 2.550.Quand connaît-t-on les vainqueurs ?

Conventions nationales

.            Lors des primaires et des caucus au niveau local, des délégués sont élus pour assister aux conventions nationales des deux principaux partis du pays : républicain (Grand Old Party – GOP / L’éléphant comme emblème) et démocrate (Symbole : l'âne !).

.            Les Conventions Nationales de ces deux partis majeurs (Démocrates et Républicains) se tiennent durant l’été de l’année de la présidentielle. Au terme de ces conventions, les délégués élisent formellement le "ticket" vainqueur de chaque parti, c'est-à-dire le duo formé par le candidat et son colistier, pour les fonctions de président et vice-président.

Avant la Guerre de Sécession, les conventions se tenaient dans de petits bâtiments, parfois même des églises et n’attiraient qu’une centaine de délégués et un minimum de spectateurs. L’information, circulant très lentement à l’époque, nécessitait la tenue de ces conventions dans des villes bien placées géographiquement dans le pays. Baltimore, par exemple, fut souvent choisie à cette époque. Chicago est devenue ensuite l’hôte privilégiée des conventions, en raison de l’expansion du pays à l’Ouest. Depuis 1860, 25 conventions nationales se sont tenues à Chicago.

Convention républicaine de septembre 2008 (Photo Library of Congress)

Voici le déroulement d’une Convention Nationale :

– 1er jour : le leader du parti préside et donne un discours de présentation du programme

– 2e jour : adoption du programme. On détermine l’éligibilité des membres qui siègeront et seront amenés à voter après le rapport du comité. Les délégués à la convention votent sur le programme (plate-forme) de leur parti.

– 3e jour : la nomination. Nomination de chaque candidat par les délégués, suivie d’un discours de présentation de l’élu par le porte-parole.

– 4e jour : sélection du vice-président. Le candidat-président a choisi depuis longtemps son second et il s’agit plutôt d’une formalité. Ce choix obéit à plusieurs critères : unir toutes les tendances du Parti, faire contrepoids en choisissant un vice-président d’un état ou d’une région différente du Président.

La convention se termine par les discours d’acceptance du candidat à la présidence et à la vice-présidence.

.            La première phase de l’élection est achevée. Il y a maintenant deux candidats, prêts à s’affronter pour occuper le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington.

Campagne électorale

           C’est la deuxième phase de l’élection qui débute le premier week-end de septembre, précédant le scrutin. A coup de publicités, de clips vidéos, de rassemblements et de déplacements, de dénigrement de l’adversaire, les candidats tentent de convaincre leur électorat et n'hésitent pas à attaquer directement leurs ennemis. Le volume du financement est donc une clé du succès !

Les Grands électeurs.

Combien ?

.            Le nombre de grands électeurs à élire par État correspond au nombre d'élus au Congrès de Washington, donc deux sénateurs, et un nombre de représentants (députés) à peu près proportionnel au nombre d'habitants de l’État.

Le collège électoral est composé de 538 Grands électeurs. Pour être élu président, un candidat doit obtenir la majorité absolue, soit au moins 270 d’entre eux.

Chaque état se voit attribuer un nombre de grands électeurs égal au nombre de ses représentants au Congrès : soit deux sénateurs, quel que soit son poids démographique, auquel s’ajoutent les élus à la Chambre des représentants, la « Chambre basse », dont le nombre est déterminé à peu près proportionnellement à sa population.

Le Montana, le Wyoming, les deux Dakota, l’Alaska, le Delaware et le Vermont, états peu peuplés, sont chacun représentés par 3 Grands électeurs au Collège électoral. La Californie, l’état le plus peuplé du pays, en a 55, suivie par le Texas (38t), la Floride et l’Etat de New York (29 chacun) ; ils totalisent à eux quatre plus du quart des grands électeurs.

En 1964, conformément au 23ème Amendement à la Constitution du 29 mars 1961, pour la première fois, on accorda trois grands électeurs au District de Columbia (Washington) pour sa représentation dans le Collège électoral. C’est pourquoi, on compte en tout un groupe de 538 Grands électeurs, avec 100 sénateurs et 435 représentants !

.            Ce cartogramme représente les 50 états américains anamorphosés selon le nombre de leurs grands électeurs.

.            Mais compte tenu de l’évolution de la carte politique américaine, une majorité d’états ne présentent plus beaucoup, voire plus aucun enjeu pour les candidats. Les Etats du Sud et des Grandes Plaines du Midwest sont ainsi des « états rouges », acquis aux républicains, ceux du Nord-Est et de la côte Ouest sont à classer parmi les « états bleus », acquis aux démocrates. En réalité, l'élection se joue vraiment dans les « swing states » ou états clés, charnière, ou pivot, (tels la Floride ou l'Ohio, dans les années 2010’s) où les électorats sont parfois moins marqués et peuvent donc changer de camp, d'un scrutin à l'autre, entre les deux partis dominants et faire basculer le résultat du vote final.

Qui peut devenir grand électeur ?

.            La clause 2 de l’article II de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique indique que le président et le vice-président sont choisis par des Grands électeurs, mais ne précise pas le mode de désignation par les états. « Aucun sénateur ou représentant, ni aucune personne tenant des Etats-Unis une charge de confiance ou de profit, ne pourra être nommé électeur », est-il cependant précisé.

Chaque état peut ainsi choisir sa méthode par laquelle il élit ses Grands électeurs, qui sont généralement sélectionnés en remerciement de leurs services pour le parti ou le candidat, qu'il envoie au Collège électoral chargé d'élire le Président des États-Unis.

Les partis politiques nomment, dans chaque état, leur liste de Grands électeurs lors des conventions politiques d’états. Un électeur ne peut faire partie du Congrès ou être membre d’un bureau fédéral et ne sera donc pas Grand électeur.

Les Grands électeurs qui obtiendront les meilleurs votes seront élus et se réuniront le premier lundi après le premier mercredi de décembre dans chaque capitale d’état ou sur le lieu précis désigné par la législature de l’Etat. Parmi tous les candidats, les Grands électeurs doivent au moins voter pour une personne qui ne vient pas de leur état. C’est la seule condition imposée par la Constitution.

Les élections : organisation

.            L’organisation des élections, dans chaque état, est locale. Cette responsabilité, qui incombe aux états depuis l’origine, est la conséquence de la crainte initiale des 13 colonies de voir l’Etat fédéral risquer un coup de force « anti-révolutionnaire » ou au moins exercer un contre-pouvoir sur les autorités locales qui perdraient ainsi leur prérogatives. Cette responsabilité est totale et autorise les travers et « irrégularités » puisqu’elle va de l’organisation de la découpe territoriale («Gerrymandering», optimisation géographique partisane de l’électorat), jusqu’à l’affectation des locaux et la fourniture des matériels pour les opérations de vote, en passant, notamment, par la définition des critères d’inscription sur les listes électorales, ces derniers, encore aujourd’hui, pouvant différer d’un état à l’autre.

Le Voting Rights Act, adopté le 4 août 1965 durant la présidence de Lyndon B. Johnson, lors de l'apogée du mouvement afro-américain des droits civiques, est l'une des plus importantes lois du Congrès des États-Unis qui interdit les discriminations raciales dans l'exercice du droit de vote. Pourtant, les possibilités d’orientation des votes demeurent localement : complications pour s’inscrire sur les listes électorales, nécessité parfois de devoir justifier de ses droits civiques, implantation et horaires d’ouverture des bureaux de vote, nature des documents d’identité à produire, contraintes des votes par anticipation ou par correspondance, …

Comment le président est-il élu ?

.            Même si les citoyens américains n'élisent pas directement leur président, le choix des Grands électeurs est très tôt déterminant quant à l'issue du scrutin.

Les électeurs américains votent dans chaque état pour choisir leurs Grands électeurs, en pratique affiliés à un candidat particulier. Le jour de l’élection, « le premier mardi qui suit le premier lundi de novembre » les électeurs sont appelés à noircir la case correspondant aux candidats à la présidence et à la vice-présidence de leur choix. Le choix de ce jour précis tient aux préoccupations passées des Américains. Vivant dans un environnement plus rural, il leur fallait du temps pour rejoindre les villes : pour ne pas partir le dimanche, jour du seigneur, ils quittaient leur ville le lundi pour arriver le mardi sur les lieux de vote.

Tous les électeurs américains ne votent pas toujours en même temps. A cause de la rigidité du calendrier électoral qui impose une date de scrutin en semaine, certains États organisent des votes anticipés, pour pallier les contraintes de déplacements et du travail. Le vote anticipé est possible dans 37 des 50 états, soit en envoyant un courrier, soit en se rendant dans un bureau de vote. Les bulletins, en revanche, ne seront dépouillés que le jour officiel de l’élection présidentielle.

.            À l'exception du Maine et du Nebraska, les 48 autres États américains ainsi que le district fédéral Washington D.C., ont tous ont opté pour le système dit du winner-takes-all ("le vainqueur prend tout") qui attribue l'ensemble des Grands électeurs d’un état au candidat ayant reçu le plus grand nombre de suffrages. Par conséquent, un candidat n'a besoin que d'une majorité relative du « vote populaire » dans un état pour y remporter l'intégralité des grands électeurs. Par contre, dans le Maine et le Nebraska, le système diffère et inclut une dose de proportionnelle : un grand électeur est choisi dans chaque district congressionnel en fonction du résultat du vote populaire, puis deux Grands électeurs sont désignés en fonction du résultat global dans l’état.

.            L’élection officielle du Président et de son Vice-Président intervient seulement « le premier lundi qui suit le deuxième mercredi de décembre » par le vote des 538 Grands électeurs réunis respectivement dans chaque capitale de leur état ou sur le lieu précis désigné par la législature de l’état (et non à l’échelle nationale).

Le dépouillement de leur vote a lieu 15 jours plus tard au Sénat à Washington, quand les listes des votes des Grands électeurs, certifiées et scellées, sont transmises au Président du Sénat, qui les ouvre lors d’une session exceptionnelle, le 6 janvier (ou le lendemain si c’est un dimanche) en présence des Représentants et des Sénateurs. Le candidat sera alors déclaré officiellement vainqueur, s’il a obtenu la majorité absolue, soit 270 voix sur 538.

Si aucun candidat à la présidence n’obtient la majorité absolue, la Chambre des représentants choisit le vainqueur parmi les trois candidats arrivés en tête, par un vote au sein du Collège électoral. Si aucun candidat à la vice-présidence n’obtient la majorité absolue, le Sénat désigne le vainqueur parmi les deux candidats arrivés en tête lors du vote.

.            Le 20 janvier de l’année suivante, date fixée par le 20ème Amendement en 1933, à midi, devant le Capitole, une main sur la Bible, le Président présente son discours d’investiture au peuple américain. C’est l’Inauguration Day.

Les grands électeurs sont-ils obligés de respecter le vote populaire ?

.            24 états ont des textes qui obligent les Grands électeurs à suivre le vote populaire et à voter pour le candidat pour lequel il a été élu. La mesure a été approuvée par la Cour suprême en 1952 (arrêt Ray v. Blair). Les Grands électeurs étant désignés par les partis ou les candidats à la présidence et ayant prêté serment, ils font, dans la plupart des cas, preuve de loyauté envers le candidat et le parti.

Les cas de « trahison » sont rares : lors de l’élection de 2000, pour protester contre la faible représentation du District of Columbia dans le collège électoral, Barbara Lett-Simmons avait choisi de ne pas voter, plutôt que de voter pour Al Gore (*). Son refus n’a pas modifié le résultat de l’élection, George W. Bush ayant été élu avec 271 voix. En 2004, un grand électeur du Minnesota, censé voter pour John Kerry, avait par erreur voté pour John Edwards, le candidat à la vice-présidence choisi par … John Kerry.

(*) « End taxation without Representation ! »

Une journée de multiples votes aux Etats-Unis

           Le jour de l’élection présidentielle, les Américains sont appelés à voter pour le renouvellement de leurs représentants au Sénat et au Congrès, mais aussi de leurs gouverneurs et élus locaux, mais également avoir plusieurs autres scrutins, aux niveaux fédéral et local, voire des référendums.

Election présidentielle

.            Ce mardi-là – puisque l’élection doit se tenir un mardi conformément à la loi –, les Américains choisissent leurs Président et Vice-Président au suffrage universel indirect à un tour. Ils désignent ainsi les Grands électeurs qui éliront à leur tour directement le chef de l’Etat et son adjoint.

Renouvellement d’une partie du Congrès

.            Les Américains doivent également élire au suffrage universel direct la majorité du Congrès, composé de deux chambres :

– l’ensemble des 435 députés de la Chambre des représentants, pour deux ans ;

– le tiers (34 exactement) des 100 sénateurs siégeant au Sénat, pour six ans.

Elections fédérales

.            Certains états se choisiront de nouveaux gouverneurs pour quatre ans. D’autres états nommeront, eux aussi, de nouveaux gouverneurs, mais pour deux ans seulement.

Elections locales

.            De très nombreux élus locaux seront également désignés à cette occasion : maires, conseillers municipaux, juges, shérifs, etc.

Référendums

.            Selon le site Ballotpedia, pas moins de 157 propositions ont été soumises au vote en 2016. La plupart concernent la légalisation du cannabis, les armes à feu, le salaire minimum ou encore la peine de mort.

D’autres propositions concernent des problématiques très locales, comme celle, par exemple, du port obligatoire d’un préservatif pour les acteurs pornographiques en Californie où l’industrie du sexe est très représentée.

Les voix des partis

.            Même si plusieurs partis se présentent, seuls deux dominent : les partis républicain et démocrate.

Le financement des campagnes

.            En 1992, la somme totale des dépenses relatives aux élections présidentielles s’élevait à environ 550 millions de dollars. L’époque où les sommes versées par les candidats et les contributions des personnalités en place suffisaient à financer la campagne est depuis longtemps révolue. Les dépenses totales des élections de novembre 2016 -D.Trump / H.Clinton- ont atteint les trois milliards de dollars.

Plusieurs lois ont donné petit à petit un cadre juridique aux budgets des campagnes présidentielles. Un premier pas est franchi en 1925 avec le Federal Corrupt Practices Act. Dans les années 70, une nouvelle série de réformes voit le jour, avec en particulier le Federal Election Campaign Act de 1971 (FECA) et le Revenue Act de 1971.

Le financement public joue un rôle important dans la campagne présidentielle, notamment par le biais de subventions et de prélèvements auprès des contribuables. En affectant une partie de leurs impôts au Presidential Election Campaign Fund, les citoyens américains permettent aux partis politiques de financer une partie de leurs conventions nationales très coûteuses.

Il faut ajouter que les restrictions légales mises en oeuvre par le Congrès et la Cour Suprême s’appliquent au financement public. Il est donc possible aux partis politiques de recueillir des fonds par d’autres moyens de financement, que ce soit par des initiatives indépendantes de particuliers ou de groupes dans la mesure où les contributions ne sont pas versées en coordination avec l’un des comités électoraux des candidats. Lors des grandes conventions nationales des partis, par exemple, les villes candidates n’hésitent pas à accorder des facilités financières aux visiteurs pour être choisies comme ville hôte.