États-Unis : les armes de la discorde

Le Figaro Magazine - Nadjet Cherigui & Jean-Michel Turpin – 06 jul 2018

.             Le 28 juin dernier, une fusillade dans un journal du Maryland a provoqué la mort de cinq personnes. Une nouvelle tuerie qui relance le débat entre pro et anti-armes, au cœur de ces deux Amériques divisées par le deuxième amendement de la Constitution.

Tout en haut de l'imposant immeuble blanc on peut lire, incrusté en lettres rouges, «Marjory Stoneman Douglas High School». Le nom de ce lycée de Parkland, en Floride, encore anonyme il y a quelques mois, est devenu tristement célèbre depuis cette journée de la Saint-Valentin, le 14 février dernier. Une fête des amoureux piétinée par la haine meurtrière de Nikolas Cruz. Cet ancien élève a fait irruption dans l'établissement armé d'un fusil et de plusieurs chargeurs, tuant 17 personnes. Sandy Hook, Charleston, Orlando et Parkland, autant de lieux désormais associés à des tueries de masse qui choquent, le temps de leur couverture médiatique. Mais, Parkland, avec les voix de ces lycéens révoltés, a marqué durablement l'opinion pour devenir le symbole du combat contre les armes aux Etats-Unis. Après l'effroi, la douleur et le deuil se sont mués en un vaste mouvement contre la violence armée, March For Our Lives, parti de cette petite ville du Sud pour déferler et grandir à travers tout le pays et jusqu'à Washington, où près d'un demi-million de personnes se sont retrouvées le 24 mars dernier.

Pourtant, le nombre de victimes ne cesse d'augmenter depuis le début de l'année pour afficher au mois de juin, selon l'organisation Gun Violence Archive, déjà 6 941 morts. Avec plus de 310 millions d'armes en circulation aux Etats-Unis, le taux de décès par balle est de 2,9 pour 100.000 habitants, contre 0,05 en France, un chiffre 58 fois moins élevé.

A Parkland, quatre mois après la tuerie, les caméras ont déserté les abords du lycée. Vestiges du siège médiatique, les barrières installées pour tenir les caméras et micros à l'écart des élèves sont toujours là. L'établissement, sous étroite surveillance policière, est couvert d'affiches de soutien aux victimes et à leurs familles. La sonnerie retentit, annonçant la fin des cours. Les élèves sortent en silence, presque tout en retenue, comme pour respecter la mémoire de leurs camarades morts ici. «Ce drame a marqué chacun d'entre nous. Nous ne sommes plus les mêmes depuis ce jour.» Mei Ling a 17 ans. Lycéenne à Marjory Stoneman Douglas, elle était présente le jour du massacre. Retranchée dans une salle de classe à l'étage supérieur, elle a tout entendu du carnage. «Quand je ferme les yeux, tout me revient: le bruit, les odeurs et la peur lorsque les policiers ont défoncé la porte pour braquer leurs armes sur nous.»

Mei Ling évoque Helena, sa meilleure amie, qui compte parmi les victimes. Elle parle d'elle au présent, raconte la tuerie au passé mais les souvenirs, indélébiles, marquent son âme d'une plaie indéfiniment vive. Cette douleur, elle veut la transformer en un combat pour la vie. Si elle n'aime pas les armes, Mei Ling dit respecter le deuxième amendement de la Constitution des Etats-Unis qui garantit le droit à chaque citoyen d'en posséder. «Il y a une différence, précise-t-elle, entre les armes pour l'autodéfense et celles faites pour tuer beaucoup en peu de temps. C'est ce que nous dénonçons avec le mouvement March For Our Lives. Les jeunes sont capables de transformer les choses. Contrairement aux adultes, ils n'ont pas de filtres et n'ont rien à perdre

Mei Ling, 17 ans, est une survivante de la tuerie du lycée de Parkland. Elle milite pour le mouvement March For Our Lives, devenu le symbole de la lutte contre les armes. - Crédits photo : Jean Michel TURPIN

Une douleur devenue combat

.             Tony Montalto, lui, a déjà beaucoup perdu. Gina, sa fille de 14 ans, n'est jamais rentrée du lycée. La voix étranglée et les yeux humides, ce pilote de ligne explique qu'il est incapable de reprendre le travail. Mais il tient, grâce au combat mené depuis des mois avec les familles des victimes contre les violences armées. Elles ont obtenu, au printemps dernier, la modification en Floride du Marjory Stoneman Douglas High School Public Safety Act. Ce texte de loi fixe désormais l'âge légal pour acheter une arme à 21 ans au lieu de 18. Il permet aux autorités la confiscation des armes pour les personnes atteintes de troubles mentaux. «C'est déjà une avancée majeure. Cette tragédie a ouvert, dans le pays, un dialogue sur le sujet que nous n'arrivions plus à avoir depuis longtemps

Malgré la douleur, Tony soutient fermement le droit des citoyens de porter des armes. Il se dit aussi convaincu de partager les mêmes volontés que les membres de la NRA, ce puissant et très influent lobby des armes aux Etats-Unis. «Ils veulent, comme nous, des propriétaires d'armes responsables pour plus de sécurité. Chaque camp a ses extrémistes. Mais la majorité modérée peut, avec des compromis, se retrouver à mi-chemin. Je veux porter ce message pour honorer ma fille. Elle aimait les gens et tendait toujours la main aux autres

Dans son bureau de Tallahassee, en Floride, Marion Hammer, représentante locale de la NRA, affirme, elle aussi, vouloir dialoguer avec les détracteurs du deuxième amendement. Septuagénaire aux allures de grand-mère bien sage, Marion Hammer a été la présidente de cette organisation forte de 6 millions de membres de 1995 à 1998. Tireuse émérite et caractère bien trempé, elle vise toujours juste pour planter son regard aiguisé bleu acier dans celui de son interlocuteur. Elle ne cille jamais et ne doute pas. Pas question pour elle de tolérer plus de contrôles sur les propriétaires d'armes. Selon elle, l'arsenal législatif en place est largement suffisant et les tueries comme celle de Parkland sont de la responsabilité des autorités, qui n'auraient pas fait ce qu'il faut pour les empêcher. «J'entends la douleur de ces lycéens. Cependant, ces “millenials” protestataires n'ont aucune idée du sacrifice des anciens pour garantir leur liberté. La seule chose qui assure notre liberté c'est notre capacité à la protéger. C'est la raison pour laquelle nos pères fondateurs ont rédigé le deuxième amendement. Beaucoup de ces jeunes ne connaissent pas l'histoire de notre nation et ne comprennent pas pourquoi le droit de chacun à posséder une arme est inaliénable. Je ne partage pas leur avis. Mais je le respecte. Et je me battrai, s'il le faut, pour qu'ils puissent continuer à l'exprimer librement comme le garantit notre premier amendement

Abby (à gauche), espoir olympique en tir sportif, partage sa passion pour les armes avec toute sa famille installée à Tallahassee, en Floride. Pour eux, elles font partie de l'identité de l'Amérique. - Crédits photo : Jean Michel Turpin pour le Figaro Magazine

Des clubs de tir financés par les lobbies

.             A quelques encablures du centre-ville, dans une zone rurale de Tallahassee, d'autres jeunes se retrouvent une fois par mois sur un stand de tir affilié à la NRA. Cette jeunesse applique en travaux très pratiques les principes du deuxième amendement grâce à un programme dédié, entièrement financé par le lobby pro-armes qui consacre 8 000 dollars par an pour ce seul club. Les jeunes de 7 à 18 ans apprennent à manier les armes et à tirer gratuitement.

Bruce, ingénieur, est le papa très attentionné d'une tribu de cinq enfants. Fidèle à ce rendez-vous mensuel, il est venu avec ses deux fils, Jared (9 ans) et Seth (16 ans), et sa fille Aine (13 ans). Les instructeurs certifiés de la NRA commencent par un rappel strict des règles de sécurité: canon toujours pointé vers une direction sécurisée, pas de doigt sur la gâchette ou d'arme chargée avant d'être prêt à tirer.

Jared, 9 ans, tireur émérite, prend très au sérieux les cours dispensés par la NRA. - Crédits photo : Jean Michel TURPIN

«Tous mes enfants ont participé à ce programme, se félicite Bruce. C'est entièrement gratuit, ce qui est appréciable pour une famille nombreuse.» Bruce, souriant et détendu, décrit l'endroit comme le plus sûr de Tallahassee et le passage obligé pour tout parent responsable. «Dans ce pays, les armes sont partout. Mes enfants doivent savoir à quel point elles sont dangereuses. Ici, les instructeurs enseignent la sécurité, la discipline mais aussi l'amour de ce pays, de ses valeurs et le respect des autres.»

Sous l'œil attendri de leur papa, Aine et ses deux frères enchaînent les tirs tout au long de la matinée et multiplient les scores avec succès. Sérieusement équipée pour le tir sportif, la jeune ado pratique aussi la danse classique et maîtrise la carabine aussi bien que les pointes. Douée, elle ne rate que rarement sa cible et refuse l'idée de se voir interdire l'accès aux armes. Même constat pour Abby. A 17 ans, cette surdouée de la gâchette, pur produit de ces sessions de jeunes de la NRA, est devenue la mascotte du club. Chasse, loisirs ou autodéfense, pour la jeune fille et toute sa famille, les armes sont un mode de vie à part entière. Abby, sponsorisée par le club, a gagné de nombreuses compétitions de tir sportif. Médaillée au niveau national, elle est pressentie pour représenter les Etats-Unis lors des prochains Jeux olympiques de 2020. Elle se dit inquiète des polémiques suscitées après chaque tuerie. «L'Etat a été capable d'interdire l'alcool à une époque. Cela peut arriver avec les armes. Mais l'Amérique sans les armes, ce ne serait plus l'Amérique. Elles font partie de l'identité de notre pays et elles sont essentielles dans ma vie. Elles me permettent de contribuer à nourrir ma famille avec la chasse, de me sentir en sécurité, et peut-être d'obtenir une bourse pour mes études et d'envisager un avenir professionnel et sportif.»

La constitution comme seconde Bible

.             Si Abby prend très au sérieux le sujet des armes, non loin de là, d'autres gamins s'amusent. Les tempes sont grisonnantes mais l'œil est vif. Ils sont adultes ou retraités et se déguisent régulièrement en cow-boys pour retomber en enfance. Des rencontres où ces passionnés se retrouvent pour jouer au western en s'affrontant dans une compétition de tirs à balles réelles. Les tenues sont aussi étudiées que les pseudos. Sonny Six Killer, Dead Eye David, Doc Havana, Ocklawaha Kid, Dakota Doug, préparent soigneusement leur arsenal. Ils doivent tirer sur cible un nombre de coups précis en un minimum de temps et viser juste.

Jesse, instructeur certifié de la NRA, assure une formation permettant à tout individu de porter une arme à la ceinture. - Crédits photo : Jean Michel TURPIN

Steve, alias Jesse James, est membre du club et organisateur de ces rencontres. Jeune retraité et fervent défenseur du deuxième amendement, il entrepose ses nombreuses armes dans un coffre chez lui. Titulaire d'un permis spécifique, il est autorisé à porter, dans les lieux publics, un pistolet à la ceinture, toujours dissimulé sous son tee-shirt. Il garde aussi des armes à portée de main dans la boîte à gants de sa voiture, tout près d'un exemplaire de la Constitution des Etats-Unis. «Mon autre bible», précise-t-il. «Je porte une arme car c'est beaucoup plus facile que de porter un policier en permanence, s'amuse-t-il. Etre capable de se protéger soi-même ou les autres d'un assaillant potentiel, c'est un devoir de citoyen.» Steve fustige les militants du mouvement March for Our Lives. «Ils craignent les armes par ignorance. Nous ne sommes pas violents. Nous défendons une liberté fondamentale et respectons la loi. Les tueurs sont des déséquilibrés passés au travers des radars de la police ou du FBI.»

Pour Rekia, la police n'a rien pu faire. En ce samedi matin, sa famille est réunie dans une église de Knoxville, dans le Tennessee, pour lui dire adieu. Le 20 mai dernier, cette mère de quatre enfants est prise au piège d'un règlement de comptes et meurt, à 33 ans, d'une balle dans la tête. Rekia œuvrait avec ses parents pour sortir les jeunes de la délinquance et du fléau des armes. Elle était au mauvais endroit au mauvais moment. A l'église, les quatre enfants pleurent leur maman. A l'autre bout de la ville, Zoe, elle, ne décolère pas. Si elle porte une tenue orange, ce n'est pas par coquetterie, mais pour dire son opposition aux armes. Hasard du calendrier, cette journée de deuil pour la famille de Rekia est aussi le Wear Orange Day, un rendez-vous régulier des opposants aux armes à feu dans le pays pour demander plus de contrôles et de sécurité. «Nous portons du orange car c'est la couleur des chasseurs pour être reconnus et ne pas se faire tirer dessus… C'est tout un symbole!»

Témoin d'une tuerie dans son église de Knoxville (Tennessee) en 2008, Zoe, 17 ans a décidé de s'engager contre les violences armées. - Crédits photo : Jean Michel TURPIN

A 17 ans, cette jeune lycéenne qui milite aux côtés de l'organisation Moms Demand Action et du mouvement March For Our Lives, n'a connu que trop de drames liés aux armes à feu. Il y a tout juste dix ans, elle a été témoin d'une fusillade au sein de son église. Elle s'en est sortie indemne, mais deux personnes ont été tuées et sept autres blessées. «J'ai longtemps souffert de cauchemars et d'angoisse. La tuerie de Parkland a été un électrochoc. J'ai décidé de ne plus être victime et d'agir. Je participe au mouvement March For Our Lives ici, en incitant les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales pour peser sur le débat politique. Je m'engage aussi, comme aujourd'hui en orange, avec les Moms Demand Action. Cette organisation de mères de famille ne se positionne pas contre les armes, mais pour plus de sécurité et de contrôles.»

Jamais sans leurs armes

.             Dans son impeccable stand de tir en intérieur de Knoxville, Robbie, un ancien policier, impose à ses équipes une discipline de fer. Ici, chaque arme et la moindre balle sont inspectées. Il en est de même pour la clientèle. «Je ne plaisante pas avec la sécurité. Au moindre doute sur l'état de sobriété ou psychologique d'un client, je refuse l'accès au stand de tir ou à une arme.» Robbie entraîne aussi régulièrement Ben, son fils de 12 ans, au maniement des armes. «Il faut savoir se défendre, mais aussi connaître leur dangerosité. Ben sait quoi faire en cas de fusillade à l'école. Il sait comment se protéger des balles avec des livres et son cartable.»

Chevy, 8 ans, en visite chez son oncle et sa tante en Floride, est passionné par les armes. Il tire régulièrement et dit appliquer à la lettre les règles de sécurité. - Crédits photo : Jean Michel TURPIN

Dans un Starbuck - 2013

 

Dans les très nombreux «gun shows» organisés dans tout le pays, les armuriers exposent leur stock d'armes. Ils vendent et achètent aux particuliers mais proposent aussi des modèles d'occasion. - Crédits photo : Jean Michel TURPIN

Robbie a entendu parler de Moms Demand Action et Wear Orange Day. Il déplore de ne pas avoir été contacté pour participer à leurs actions. «Nous sommes dans le même bateau. Elles ne veulent pas se débarrasser des armes. Elles veulent plus de sécurité et moi aussi. Nous devrions travailler ensemble

En ce dimanche matin à Fort Walton Beach en Floride, pas question de porter du orange. Aujourd'hui, la ville accueille une foire aux armes et les amateurs de calibres en tout genre se sont donné rendez-vous pour faire des affaires. Alvin et Swalla, militaires de profession, sont venus pour une petite sortie de shopping familial. Ces passionnés possèdent une trentaine de calibres très différents à la maison et n'en ont jamais assez. «Nous manions tous des armes: nos deux enfants, notre neveu venu en visite, ma femme et moi-même. Notre chienne en revanche ne les aime pas. Elle aboie dès qu'elle en voit une, s'amuse Alvin. C'est la militante anti-arme de la famille !»

Dans les travées de cette foire où les professionnels de l'Etat viennent exposer leur marchandise pour vendre mais aussi se faire connaître, Chris, ouvrier dans la construction, ne tolère aucune opposition au droit de posséder une arme. Pistolet à la ceinture et mine patibulaire, il dit son inquiétude face au débat soulevé par la tuerie de Parkland. «Ces jeunes militants sont un danger pour le deuxième amendement. Mais aussi pour le pays. Nous sommes nombreux à être prêts à nous battre pour préserver ce droit. Si l'Etat veut prendre nos armes, il faudra venir les chercher. Le pays risque alors de basculer dans une guerre civile. Je suis sûr que personne ne veut arriver à cette extrémité.»

Les États-Unis, malades de leurs armes.

The Conversation - Jean-Éric Branaa – 03 oct 2017 & 15 fév 2018 / Le Monde - 06 nov 2017

.          Personne n’ignore que les armes sont un problème au sein de la communauté américaine. Voici le chiffre qui choque : depuis la mort du Président Kennedy, en 1963, il y a eu plus d’Américains tués par une arme à feu sur le territoire national dans un monde en paix que morts dans l’ensemble des guerres dans lesquelles les États-Unis ont été engagés.

Ce constat provient du Centre virginien pour la Sécurité publique (Virginia Center for Public Safety), un groupe qui est résolument en faveur d’une limitation du droit à posséder une arme et qui se faisait l’écho de ce qui était publié dans des tracts distribués à un meeting qui s’était tenu à Richmond, le 18 janvier 2016. Politifact, un groupe qui vérifie la parole politique, s’est penché sur cette question et son verdict est sans appel : cette affirmation est bien vraie. Environ 63 % de ces morts ont été des suicides et 33 % des homicides.

Aujourd’hui, les armes à feu sont un symbole fort qui ne laisse personne indifférent aux États-Unis. Les positions se radicalisent et deviennent un enjeu politique. Ces tragédies se produisent aussi dans d’autres pays, mais pas autant qu’aux États-Unis. Avec celle du 14 janvier 2018 à Parkland, en Floride, on dénombre 97 tueries de masse depuis 35 ans, et 34 États sont concernés, du Massachusetts à Hawaï.

Selon les statistiques les plus récentes, il y a, en moyenne, 92 décès par armes chaque jour. Les séries télévisées ont tendance à banaliser de tels chiffres, pourtant ils sont réellement effrayants. D’autant qu’il faut multiplier par deux fois ce nombre pour ceux qui ont reçu une balle mais qui ont survécu : 200 de plus. Il y a donc environ 300 personnes qui sont touchées tous les jours aux États-Unis.

Une terrible routine

.          C’est cette répétition de fusillades qui avait poussé le président Obama à qualifier la fusillade qui a eu lieu en Oregon, le 1er octobre 2015, avec un mot terrible : « C’est devenue une routine », avait-t-il dit alors. Quelques mois auparavant, en juin, un homme avait tué neuf personnes dans une église de Caroline du Sud ; en mars, un campus californien était victime d’un forcené, qui tuait sept personnes.

« Cela arrive chaque jour dans les coins les plus reculés de notre pays » avait ajouté Barack Obama lors de la conférence de presse qui avait suivi à la tuerie de l’Oregon. La couverture médiatique est devenue une routine, la réponse du président est devenue une routine et la réponse de ceux qui s’opposent à toute loi de bon sens sur les armes est également devenue une routine.

La facilité à se procurer de l’armement peut expliquer une partie du lourd bilan, dont une bonne part d’enfants et de jeunes étudiants. Les noms des plus célèbres tueries ébranlent notre mémoire : lycée Colombine, université Virginia Tech, Ford Hood, Binghamton, Manchester, Aurora, Oak Creek, école Sandy Hook, Charleston, Umpqua Community College, San Bernardino…

À huit reprises, ce sont des universités qui ont été frappées, et à une occasion – la tuerie de Newton –, une école primaire avait été visée. C’était le 14 décembre 2012, vingt écoliers âgés de 6 à 7 ans sont tombés sous les balles d’un tueur solitaire à Newtown, dans le Connecticut, ironiquement située à une cinquantaine de kilomètres de la manufacture Colt, le célèbre fabricant d’armes.

La liste morbide semble ne pas pouvoir s’arrêter et les chiffres s’affolent : depuis le début janvier 2018, en six semaines, il y a eu 30 fusillades et la tragédie de Parkland du 14 février est la 18e attaque par armes à feu dans une école. Cela représente une attaque tous les deux jours ! En 2017, le bilan était déjà terrible : 346 fusillades de masse, quasiment une par jour.

On ne pensera jamais plus à Las Vegas de la même façon. Dans le monde entier, cette ville est le symbole du jeu, des loisirs, d’une insouciance extrême. D’ailleurs, même pour ses lois, le Nevada est insouciant : s’agissant du contrôle des armes, il a la législation la plus permissive du pays. On peut aller et venir presque partout avec une arme. Bien entendu, les grands hôtels de la ville interdisent les armes, ce sont des « gun-free zones », comme certaines boutiques, cinémas, théâtres ou quelques autres lieux, mais cela reste dans leur règlement intérieur : il n’y a pas de contrôle, pas de barrière de sécurité, aucun filtrage, aucune fouille. Au lieu de cela, tout est bon enfant et les touristes déposent leur arme à la réception, à leur arrivée. C’est standard. Personne ne se pose de questions. 59 personnes ont été tuées devant l’hôtel Mandalay Bay ce dimanche soir 1er octobre 2017, peu après 22 heures (heure locale). On dénombre aussi plus de 500 blessés. Las Vegas s’est donc ajoutée sur la longue liste des tueries de masse.

Le magasin d'armes (et de guitares) où le tueur de Las Vegas est soupçonné de s'être approvisionné en armes. Gabe Ginsberg / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

C’est désormais cette tuerie de Las Vegas la plus meurtrière, détrônant Orlando (49 morts, le 12 juin 2016), Virginia Tech (32 morts, le 16 avril 2007), Sandy Hook (27 morts, le 14 décembre 2012), Killeen (22 morts, le 16 octobre 1991), Parkland-Floride- (17 morts, le 14 février 2018), San Bernardino (14 morts, le 2 décembre 2015), Binghamton (13 morts, le 3 avril 2009), Columbine (13 morts, le 20 avril 1999), Fort Hood (13 morts, le 5 novembre 2009), Aurora (12 morts. le 20 juillet 2012), Washington (12 morts, le 16 septembre 2013), Charleston (9 morts, le 17 juin 2015), Roseburg (9 morts, le 1 octobre 2015), dans cette liste macabre. Que des noms que l’on préférerait oublier !

Inscrit dans la Constitution

.          Depuis plus de 400 ans, les armes à feu sont brandies comme le symbole de la défense de la démocratie américaine. Le droit de porter une arme, qui remonte à 1791, n’a jamais été remis en question. Armes, liberté et citoyenneté restent étroitement associées. Pourtant, le monde a bien changé depuis cette époque : aujourd’hui, avec une arme moderne, une seule personne peut faire les mêmes ravages que toute une armée autrefois. À mesure que la technologie progresse, le nombre de morts par balle augmente – 30 000 décès par armes à feu aux États-Unis par an, dont 3 000 enfants-.

On n’imagine pas à quel point la violence par les armes fait partie du quotidien des Américains : inscrit dans la Constitution, le droit de détenir une arme à feu est considéré comme sacré par la plupart des Américains.

Les Américains possèdent en effet des armes depuis le début de l’histoire de leur pays, à l’époque où il fallait être armé pour survivre. Au départ, il s’agissait de défense et de chasse. Aujourd’hui encore, le pays compte 13 millions de chasseurs, souvent des amoureux des grands espaces. Leur nombre augmente chaque année et leur influence ne cesse de croître.

On peut constater que la chasse est souvent profondément ancrée dans la culture locale. Ces chasseurs sont également très actifs dans la défense de la nature. D’ailleurs, ils ont contribué à faire adopter, voici plusieurs décennies, des taxes qui sont prélevées sur les ventes d’armes à feu et qui alimente les fonds de protection de la nature.

La réforme impossible

.          Chaque tuerie relance le débat sur le port d’armes dans le pays. Toutefois, ce droit a peu de chance d’être modifié. Même dans l’État le plus répressif, celui de New York, il suffit d’avoir un permis de port d’armes pour acheter un pistolet de poing. On ne demande aucune connaissance particulière.

Aujourd’hui, le fléau a pour nom l’AR-15, qui revient inlassablement dans chacune des tueries, comme à Parkland. C’est une arme redoutable, qui permet de tirer même sans vraiment maîtriser le maniement des fusils. En Floride, le tireur a fait sonner l’alarme et a attendu que les élèves et leurs professeurs se ruent dans les couloirs. Avec cette arme, Nikolas Cruz a pu les faucher les uns après les autres. À 71 reprises sur les 143 dernières fusillades, c’est un fusil semi-automatique qui a été utilisé. Une partie de l’Amérique se demande pourquoi c’est encore possible.

Le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis de 1787 dit de manière très explicite que le droit au port d’armes est permis, mais dans le cadre d’une « milice ». Au moment de la guerre d’Indépendance, les colons ont créé des milices qui sont devenues l’armée des États-Unis. Elles sont restées en place aujourd’hui sous la forme de la garde nationale des États. Cette force militaire publique de réserve étant accessible à tous, notamment le week-end où l’on peut assister à des réunions, chacun peut ainsi posséder une arme en se revendiquant de celle-ci.

Depuis deux siècles, tout le monde se bat sur le sens à donner à ce texte constitutionnel. Les opposants au port d’arme expliquent depuis toujours qu’il y a une surinterprétation de cet amendement. En revanche, les pro-armes le prennent à la lettre en récupérant l’histoire américaine à leur compte : les colons se sont défendus par les armes contre les Britanniques, permettant la naissance des États-Unis. Ainsi, le port d’arme est-il devenu une démarche de défense dans la tradition américaine.

Le lobby tout-puissant qu’est la NRA est hostile à toute restriction. Par ailleurs, même si un président américain avait pu faire adopter des lois, elles auraient certainement été retoquées par la Cour suprême qui les aurait déclarées non-constitutionnelles, en vertu du deuxième amendement bien sûr, mais aussi, sans doute, en raison de principes plus généraux en droit américain.

Les restrictions imaginées en 1927, qui obligeaient à déclarer son arme à une autorité, ont ainsi été annulées par la Cour suprême en 1968. Il a semblé alors que cela revenait à se dénoncer soi-même à la police. Or sur ce point, les citoyens sont protégés par le 5e amendement. Pour l’instant, la Cour suprême américaine a une interprétation très large de la notion du droit au port d’armes et rien ne devrait donc bouger avant longtemps dans ce domaine.

Si on ne peut pas effacer ce fléau, on pourrait en revanche en limiter la présence. Ainsi, les démocrates préconisent une restriction de certains types d’armes, mais la Constitution, elle, ne prévoit pas de limite. Depuis le 14 septembre 2004, les armes d'assaut semi-automatiques sont de nouveau en vente libre aux Etats-Unis. Interdites depuis dix ans par le gouvernement Clinton, le gouvernement Bush choisit de ne pas renouveler le moratoire de 1994. Au début de l’année 2016, le Président Barack Obama avait essayé de prendre une série de mesures anti-violence qui devait, entre autres choses, mettre fin à la transmission trop simple des armes dans les foires aux armes – ce qui permet à un grand nombre d’acheteurs de s’en procurer sans subir les contrôles préalables, notamment de casier judiciaire.

Entre le linge de maison et l’électroménager

.          Depuis le début des années 2000, le nombre de délits impliquant une arme à feu a certes diminué, mais la législation compte encore trop de lacunes : sur les 143 armes utilisées par les meurtriers lors des fusillades de masse au cours de ces vingt dernières années, les trois quarts ont été obtenues légalement, comme le met en évidence une étude de Mother Jones.

Les armes à feu font aujourd’hui partie de la société américaine, quasiment au niveau d’objet culturel. Il existe aux États-Unis des gun shows, des foires aux armes, où est présenté tout l’arsenal disponible sur le marché. On dénombre plus de 5 000 foires tous les ans. La fréquentation y bat des records. On y va en famille, on essaye les fusils, puis on va s’entraîner avec ses enfants sur des champs de tir ; c’est un espace de sociabilité comme un autre.

Aujourd’hui, même les plus banals catalogues de la grande distribution envoyés dans les boîtes aux lettres américaines proposent des armes à la vente. Imaginez le catalogue de La Redoute avec 30 pages de revolvers et de fusils, entre le linge de maison et les appareils ménagers. Et on constate une augmentation des ventes après chaque tuerie. Beaucoup avancent l’argument que si le personnel de l’école Sandy Hook avait été armé, le massacre de jeunes enfants aurait pu être évité. Par ailleurs, on découvre le plus souvent que les tueurs étaient férus d’armes et fréquentaient ces « foires aux flingues ». Stephen Paddock, le meurtrier de Las Vegas, en possédait 42. Il faisait donc partie de ces 3 % d’Américains qui, ensemble, possèdent la moitié des armes en circulation.  S'il n'y a pas de statistiques officielles concernant les ventes d'armes dans le pays, selon les estimations citées par le site Vox, on en dénombrait 357 millions en 2013, soit plus que le nombre d'habitants. Et pourtant, ce sont les mêmes arguments qui fleurissent à chaque fois.

Les armes sont présentes partout dans le pays, même si on ne retrouve pas le même type à New York que dans l’Arizona : dans les régions urbaines du nord des États-Unis, elles sont principalement issues du phénomène des gangs, alors que la culture du fusil est beaucoup plus présente dans l’Ouest et dans le Sud.

Les États du Sud sont toujours perçus comme en rébellion contre l’État fédéral, contre Washington. Les « sudistes » préfèrent faire confiance aux autorités locales et à l’autodéfense. En Floride, trouver une arme est tellement facile que l’État, que l’on connaît sous le nom de « Sunshine State » (« où le soleil brille ») est souvent moqué comme étant le « Gunshine State » (« l’État ou les revolvers brillent »).

Dans le Nord, l’Américain urbain, le progressiste qui a voté Hillary Clinton ne possède pas d’arme à feu. Il fait confiance, comme en France, aux autorités. Les gens qui vivent dans les zones rurales ne voient pas les choses de cette façon. À leurs yeux, une arme ne sert pas à commettre des meurtres mais à se défendre.

Au cœur des batailles électorales

.          Les hommes politiques n’hésitent pas à exprimer leur amour pour les armes : Barry Goldwater, grande figure du conservatisme américain, se montrait parfois avec une Winchester à la main. La républicaine Sarah Palin a fait la même chose lorsqu’elle s’est présentée à la vice-présidence. Durant la dernière campagne, on a pu aussi voir Ted Cruz dans un clip de campagne, montrer ses talents au fusil d’assaut.

Les déclarations d’Obama semblent fortes. On l’a vu en colère et plein de détermination. Pourtant, il n’a pas pu faire grand-chose : le contrôle par le Parti républicain des deux chambres du Congrès depuis 2014 interdit jusqu’à nouvel ordre la moindre réforme sur le sujet, aussi timide soit-elle. La NRA fait d’ailleurs porter l’essentiel de ses efforts sur les États, plaidant inlassablement contre toute forme d’examen des antécédents des acheteurs d’armes, pour l’extension des autorisations des ports d’armes dans des lieux publics.

Le feu vert du gouverneur républicain du Texas en faveur de l’autorisation du port d’arme au sein même des établissements universitaires, et contre toute limitation visant les armes semi-automatiques, montre que cela fonctionne.

Toutefois, cette bataille au niveau des États n’est pas toujours à sens unique. Elle s’était traduite dans l’Oregon, en mai 2015, par l’adoption de contrôles des antécédents (judiciaires ou psychologiques) pour les acheteurs d’armes. Mais de tels exemples restent l’exception.

Hillary Clinton avait mis au cœur de son programme le contrôle de la vente des armes à feu. Elle affirmait alors que, si elle était élue, elle s’attellerait au problème dès son entrée en fonction à la Maison Blanche : interdiction des armes automatiques hors du domicile, vérification des antécédents obligatoire, instauration de contrôles pour les ventes d’armes sur Internet. La candidate démocrate voulait même légiférer par décret si le Congrès refusait de la suivre.

Mais c’est Donald Trump qui a gagné. Et pour sa part, il est très clair : le Président est en faveur des armes et contre toute forme de régulation ou de limitation. Il explique ainsi qu’il est impossible d’arrêter un déséquilibré et que les contrôles envisagés ne serviront à rien. La NRA, qui le soutient totalement, lui a d’ailleurs apporté non seulement un soutien franc et massif en 2016, mais aussi 30 millions de dollars en contributions.

Quant à ses partisans, ils ont généralement une phrase toute prête pour contrer tous les arguments sur le sujet : « Ce ne sont pas les armes qui tuent, ce sont les gens qui s’en servent. »

 

28 février 2018 à New Foundland, Pennsylvania.L’Eglise du Sanctuaire, émanation de l’Eglise de l’Unification, plus connue sous le nom de secte Moon bénit les armes automatiques de ses fidèles.

NRA : pourquoi le lobby des armes est devenu si puissant aux Etats-Unis.

Le Monde – Mouna El Mokhtari – 03 mai 2018

.          Jusque dans les années 1960, la NRA (National Rifle Association) était une association de chasseurs et d’amateurs de tir sportif qui, politiquement, restait plutôt modérée. Dans les années 1930, par exemple, la NRA a apporté son soutien à plusieurs lois qui favorisaient un contrôle plus strict des armes à feu, comme par exemple le Federal Fireams Act (1938).

Mais à partir des années 1960, tout change. Dallas, 23 novembre 1963, Kennedy est assassiné. Lee Harvey Oswald, le tireur (présumé !), a acheté son fusil par correspondance pour moins de 20 $. A la même époque, une vague de criminalité touche les Etats-Unis. En 1968, Martin Luther King, puis Robert Kennedy, sont à leur tour assassinés par arme à feu. Le gouvernement fédéral décide d’agir et signe le Gun Control Act de 1968, qui rend par exemple illégale la vente d’arme par correspondance.

La frange la plus radicale de la NRA y voit le possible premier pas du gouvernement fédéral vers une interdiction pure et simple des armes dans le pays, et peu à peu cette frange radicale prend le contrôle de l’organisation. En 1977, la NRA change de slogan. Si le précédent mettait l’accent sur les activités de loisir, le nouveau affirme « Le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ». Cette phrase, la NRA l’a déterrée du 2° amendement de la Constitution américaine, écrit en 1971. En cette fin du XVIII° siècle, le but était de permettre aux Américains de s’organiser en milices armées au cas où une nouvelle guerre contre le Royaume-Uni éclaterait, … ou si le gouvernement devenait tyrannique.

.          Le tour de force de la NRA, c’est d’avoir réussi à convaincre une grande partie du peuple américain, et ensuite la Cour suprême, que le droit d’avoir une arme était indépendant de la formation d’une milice. Résultat : de nombreux Américains considèrent aujourd’hui que toute tentative de réguler le port d’arme est une atteinte à un droit fondamental garanti par la Constitution.

.          Et ces Américains auront toujours tendance à voter pour un candidat qui défend ce droit. Résultat, les hommes politiques, s’ils veulent espérer être élus, doivent être extrêmement prudents sur la question des armes. Donald Trump, par exemple, a dû revoir sa position sur la question. En 2012, il était plutôt favorable, en soutien à Obama, à certaines mesures de régulation des armes. Mais depuis sa candidature et son élection à la présidence, il reprend à l’envi l’un des principaux arguments de la NRA, faisant en particulier référence à la tuerie du Bataclan à Paris le 16 novembre 2015 : « Pour arrêter un méchant qui a un révolver, rien de tel qu’un gentil avec un révolver ». Un avis largement partagé aux Etats-Unis : 57% de la population pense que « porter une arme peut permettre d’éviter de devenir victime d’un crime. » Résultat : après chaque tuerie de masse, les dons à la NRA augmentent. Elle s’en sert notamment pour produire des clips ou financer des campagnes et pour proposer des activités et des formations à la défense armée à ses 4 millions de membres.

.          5 novembre 2017, un peu plus d’un mois après la tuerie de Las Vegas, un homme pénètre dans l’église de Sutherland Springs (Texas) et abat 26 personnes. Fait rare, le tireur est chassé par des civils armés, dont un membre de la NRA. Immédiatement, celle-ci y voit la validation de son argumentaire. Mais elle feint d’oublier que si le tireur n’avait pas eu d’armes au départ, la tuerie n’aurait même pas eu lieu et de relever que la présence d’un de ses membres, armé, n’a pas évité cette tuerie !

.            Le juge Antonin G. Scalia, un des neufs membres de la Cour suprême des États-Unis a été nommé juge d’appel par le président Ronald Reagan en 1982 et élevé à la Cour suprême en 1986. Le professeur Scalia est un des plus influents juristes conservateurs des trente dernières années. Défenseur d’une interprétation « originaliste » de la Constitution, en 2008, le juge Scalia écrit l’opinion majoritaire dans District of Columbia vs Heller, selon laquelle le droit de posséder une arme à feu est reconnu par le second amendement : il annule les lois sur les armes à feu dans le district de Columbia et donne au plaignant, Dick A. Heller, un gardien, le droit de posséder une arme personnelle chez lui. Quelques mois plus tard, le juge Scalia réaffirme sa décision dans le cas McDonald vs City of Chicago qui étend la portée à tout le territoire américain : après vingt ans de lents progrès commencés dans les années 1990, les civils Américains ont finalement le droit de porter une arme à feu dans tous les États et toutes les villes qui doivent donc revoir leur système de permis de port d’arme partout où il est trop restrictif.

 

Hollywood et le lobby des armes à feu NRA ont le même culte de la violence

Le Figaro – Jean-Pierre Robin - 13 nov 2017 

Le taux d’homicides est 17 fois plus élevé aux États-Unis qu’au Japon.

.          Dimanche 5 novembre un tireur fou fait 26 morts dans une église de Sutherland Springs, petite ville du Texas. Le lendemain, et en direct du Japon où il se trouve en voyage officiel, Donald Trump se félicite par tweet que le second amendement de la Constitution américaine autorise le port d’armes des citoyens. Grâce à quoi le « dérangé mental », comme le qualifie l’hôte de la Maison-Blanche, a pu être abattu par un autre tireur, sinon il aurait fait d’autres victimes.

Les propos de Trump relancent la polémique rituelle entre les démocrates, plutôt partisans d’un contrôle des armes à feux, et les républicains, où la National Rifle Association recrute principalement ses membres. La NRA, le très puissant lobby des détenteurs d’armes, s’exprime au nom des 43 % de foyers américains qui en possèdent, selon une enquête récente du Pew Research Center, le remarquable organe d’études indépendant chargé de prendre le pouls de la société.

Plus personne ne parle aujourd’hui de la tragédie de Sutherland Springs, tant elle appartient à la routine. Le 1er octobre 2017, un autre tireur solitaire avait tué 58 personnes dans un concert à Las Vegas, laissant sur le carreau 515 blessés. Des chiffres effrayants, mais qui se situent dans la moyenne mensuelle ordinaire des mass shootings as usual. Quelque 432 Américains ont perdu la vie dans de telles fusillades en 2016 (aucune de caractère terroriste), selon le site Health Affairs. Les estimations varient en réalité selon le seuil choisi pour qualifier le caractère de « masse » de tels carnages.

En revanche le nombre total d’homicides est indiscutable et vertigineux : il y en a eu 16 000 aux États-Unis l’an dernier (sans compter les 20 000 morts par suicide, dans la majorité par arme à feu). Depuis 1968, on compte 1,517 million de décès par crime sur le territoire américain, à comparer au 1,397 million d’Américains qui ont perdu la vie dans toutes les guerres depuis la déclaration d’indépendance de 1776.

.          À l’aune internationale, les États-Unis se démarquent des autres « pays avancés » en matière de criminalité, comme le montrent à l’envi les chiffres de l’OCDE. Leur taux d’homicides atteint 5,2 pour 100 000 habitants, contre 0,3 au Japon (17 fois moins), 0,5 en Allemagne et 0,6 en France. Ceux qui voudraient en conclure que la criminalité ne fait que refléter la violence du capitalisme en seraient pour leurs frais : la Grande-Bretagne, dont le libéralisme économique n’a rien à envier à ses cousins d’outre-Atlantique, connaît le plus bas niveau des pays de l’OCDE (0,2 tué pour 100 000 habitants).

« Parmi les démocraties occidentales, les taux d’homicides américains se détachent défavorablement du lot », est forcé de reconnaître Steven Pinker. Le professeur de psychologie de l’université de Harvard, dont le livre La Part d’ange en nous vient de paraître en France, explique pourtant, statistiques à l’appui, que la violence n’a cessé de décliner depuis l’homme de Neandertal, qu’il s’agisse des guerres ou des relations de voisinage. Il démontre par exemple que si les deux guerres mondiales du XXe siècle avaient connu les taux de mortalité des conflits tribaux d’il y a deux mille ans, on n’aurait pas eu 100 millions mais 2 milliards de morts.

.          Quel que soit le point de vue - comparaisons internationales ou processus historique « de pacification, de civilisation, de révolution humaniste » (selon les termes du professeur Pinker) -, il y a bien une exception américaine de la violence. Elle est à la fois historique et sociétale, revendiquée et même jubilatoire. « La violence fait partie de la culture américaine. Elle est aussi américaine que la tarte aux cerises » (sic), proclamait en 1967 H. Rap Brown, le célèbre activiste noir, militant des droits civiques (qui semble avoir confondu les cerises et les pommes !).

Dans un tout autre registre, le réalisateur Quentin Tarantino, choisi pour présider le Festival de Cannes de 2004, déclarait en 2010 : « Je suis un grand fan de l’action et de la violence au cinéma. C’est pour cela que Thomas Edison a créé la caméra - parce que la violence est tellement bien. » Et maintenant la musique, avec ce groupe américain Eagles of Death Metal, qui œuvrait au Bataclan le 13 novembre 2015 et dont on s’évertue curieusement à ne jamais traduire le nom en français (les « aigles du métal de mort », sic) !

.          Le « soft power » des États-Unis, autrement dit leur pouvoir d’influence internationale par les produits culturels (cinéma, musiques populaires, jeux vidéo, etc.) n’est pas moins violent que leur « hard power ». Cette suprématie militaire que le bon président Obama, Prix Nobel de la paix 2009, aimait à résumer ainsi : « Nous dépensons plus pour nos forces armées que les dix pays suivants réunis » (interview au magazine Vox du 23 janvier 2015).

.          Il est pour le moins réducteur de vouloir toujours expliquer les tueries de masse par le lobby de la National Rifle Association, qui conduirait à armer jusqu’aux dents « les petits Blancs » en majorité républicains. Ce n’est certes pas faux. Mais la responsabilité de Hollywood n’est pas moindre, qui nourrit les pulsions de mort des bambins de la planète entière, des campus de Stanford aux cités d’Aubervilliers. Et d’ailleurs le lobby de l’entertainment, de la culture de masse, qui s’est illustré ces dernières semaines par d’autres fantasmes que cinématographiques, véhicule des capitaux bien plus importants que les ventes d’armes de la NRA. L’autre différence étant que Hollywood a voté Clinton plutôt que Trump.

.          Ultime hommage, la violence américaine a même envahi nos conceptions de l’économie et du management. Partout on ne jure plus que par « la destruction créatrice » et « les innovations disruptives ». Tuez-vous les uns les autres. Struggle for life.

USA : les moins de 10 ans pourront chasser

.          Les enfants de moins de 10 ans pourront dès samedi partir à la chasse dûment équipés de leur arme à feu dans les campagnes du Wisconsin. En toute légalité. La nouvelle loi -l'une des plus permissives des Etats-Unis- a été promulguée le week-end dernier par le gouverneur républicain de cet état rural du nord des Etats-Unis, Scott Walker. De nombreux Etats fédérés autorisent les enfants à chasser sous la supervision d'un adulte, mais la plupart exigent qu'un enfant ait au moins 12 ans pour pouvoir abattre du gros gibier.

.          La nouvelle législation du Wisconsin supprime la limite d'âge qui était de 10 ans, autorisant ainsi n'importe quel enfant à porter une arme de chasse s'il est accompagné par un chasseur adulte aguerri. Le très puissant lobby des armes à feu NRA et l'association régionale des chasseurs d'ours ont promu cette loi, y voyant un excellent moyen de transmettre les traditions de chasse familiales. La loi doit entrer en vigueur samedi, le jour de l'ouverture de la chasse aux cerfs avec des armes à feu. «J'ai une fille de 14 ans qui m'a accompagné à la chasse depuis qu'elle était dans un siège de voiture pour enfant», a affirmé Rob Stafsholt, un élu co-auteur du projet de loi.

.          Les opposants à la loi ont jugé qu'un enfant de moins de 10 ans n'était tout simplement pas capable de manipuler une arme à feu sans danger pour lui ou autrui. «S'il vous faut un siège réhausseur pour aller à la chasse, on ne devrait probablement pas vous confier un fusil une fois arrivé sur place», a argué Wisconsin Anti-Violence Effort, un groupe combattant la violence par les armes à feu.

.          Le débat sur les restrictions au port d'armes est récurrent aux Etats-Unis, où le nombre d'armes à feu en circulation est supérieur à la population. La NRA et ses partisans invoquent l'article 2 de la Constitution pour bloquer quasiment toutes les initiatives destinées à restreindre la détention des armes à feu, y compris les plus mortelles. Plus de 32.000 personnes meurent par balle tous les ans, dont les deux tiers se suicident.

Les fusillades, un constant dramatique bilan

Le Monde – 15 fév / 20 avr 2018

.          Mercredi 14 février, la fusillade dans un lycée de Parkland est la 18ème fusillade de masse de l’année 2018 (en six semaines !), avec un total de 82 morts et 139 blessés. A titre de comparaison, en 2017 et après quarante-cinq jours, les Etats-Unis avaient compté 85 personnes tuées et 178 blessées dans des fusillades de masse, qui sont définies comme faisant au moins quatre blessés ou tués par balle. En 2017, ce sont 589 personnes qui ont perdu la vie dans des meurtres de masse. Une tuerie de masse est définie comme ayant fait au minimum quatre morts (en excluant l’auteur des faits).

Depuis 2013, les Etats-Unis ont connu une moyenne d’une fusillade de masse par jour, et en 2017, seul un tiers de l’année n’en a pas connu.

Le nombre de morts dans ces événements a baissé de 3,5 % entre 2017 et 2016, mais le nombre de blessés est passé de 1 781 à 2 082, soit une hausse de 16 %.

Ce phénomène est devenu tristement courant outre-Atlantique. Les Etats-Unis ont connu 426 fusillades de masse en 2017. Cela place l’année juste après le bilan 2016, qui est l’année record depuis 2013 (avec 477 fusillades de masse, 606 morts et 1 781 blessés, selon les relevés de Mass Shooting Tracker – MST –, qui définissent une fusillade de masse à partir du moment où au moins quatre personnes sont blessées ou tuées par balle).²

La fusillade de masse est, cependant, une « cause » marginale de mort par arme à feu aux Etats-Unis. Selon la Gun Violence Archive (GVA), entre le 1er janvier et le 31 décembre 2017, ce sont 15 590 personnes qui sont mortes par balle – hors décompte des suicides –, les 589 personnes qui ont perdu la vie dans des fusillades de masse ne représentent donc que 3,77 % de tous les morts. En 2016, le chiffre était de 4,82 % (606 morts sur 12 500). Depuis le 1er janvier 2018, et selon la base de données Gun Violence Archive, le nombre de morts par arme à feu aux Etats-Unis – y compris lors de fusillades de masse mais sans les suicides – est de 1.826. Autrement dit, les fusillades de masse ne comptent « que » pour 4,49 % des morts par balle.

          .Les fusillades de masse dans les écoles américaines, en « augmentation constante », ont fait davantage de morts au cours des dix-huit dernières années que tout au long du XXe siècle. L’étude comptabilise les enfants de 5 à 18 ans tués depuis 1940 ; elle exclut les règlements de comptes entre bandes rivales ainsi que les fusillades survenues dans des universités. Les Etats-Unis n’ont pas connu de fusillade de masse correspondant à ces critères dans les écoles jusqu’en 1940. On note aucune fusillade de masse dans les années 1950 et 1960, avant une « augmentation constante » des tueries dans les établissements scolaires qui a débuté en 1979. Les années 1990 ont représenté une décennie particulièrement tragique avec 36 personnes tuées dans 13 fusillades. De 2000 à 2018, l’étude a dénombré 66 décès dans vingt-deux fusillades, soit davantage que les 55 morts des vingt-deux fusillades survenues entre 1940 et 1999. L’étude révèle que 60 % des fusillades de masse perpétrées au XXe siècle et examinées par les chercheurs l’ont été par des adolescents de 11 à 18 ans, contre 77 % depuis les années 2000.

.           Les fusillades de masse dans les écoles américaines, en « augmentation constante », ont fait davantage de morts au cours des dix-huit dernières années que tout au long du XXe siècle. L’étude comptabilise les enfants de 5 à 18 ans tués depuis 1940 ; elle exclut les règlements de comptes entre bandes rivales ainsi que les fusillades survenues dans des universités. Les Etats-Unis n’ont pas connu de fusillade de masse correspondant à ces critères dans les écoles jusqu’en 1940. On note aucune fusillade de masse dans les années 1950 et 1960, avant une « augmentation constante » des tueries dans les établissements scolaires qui a débuté en 1979. Les années 1990 ont représenté une décennie particulièrement tragique avec 36 personnes tuées dans 13 fusillades. De 2000 à 2018, l’étude a dénombré 66 décès dans vingt-deux fusillades, soit davantage que les 55 morts des vingt-deux fusillades survenues entre 1940 et 1999. L’étude révèle que 60 % des fusillades de masse perpétrées au XXe siècle et examinées par les chercheurs l’ont été par des adolescents de 11 à 18 ans, contre 77 % depuis les années 2000.

Les fusillades les plus meurtrières aux Etats-Unis depuis vingt-cinq ans

Lycée Marjory Stoneman Douglas de Parkland : 17 morts. Le 14 février 2018, un jeune homme de 19 ans a tué 17 personnes dans un lycée du sud-est de la Floride. Armé d’un fusil semi-automatique, il a été interpellé, après avoir semé la panique parmi les élèves retranchés dans leurs classes ou tentant de s’échapper.

Concert à Las Vegas : 58 morts. Le 1er octobre 2017, Stephen Paddock, 64 ans, ouvre le feu du 32e étage de l’hôtel Mandalay Bay, sur une foule en contrebas qui assistait à un concert de musique country à Las Vegas (Nevada, Ouest), faisant 58 morts et près de 500 blessés. L’organisation Etat islamique (EI) avait rapidement revendiqué la fusillade, la plus meurtrière de l’histoire américaine. Mais, selon la police américaine, aucun élément n’a à ce jour permis de relier le tireur, qui s’est suicidé, à l’organisation djihadiste.

Club gay à Orlando : 49 morts. Le 12 juin 2016, un Américain d’origine afghane, Omar Mateen, tue 49 personnes et en blesse une cinquantaine dans un club gay d’Orlando, en Floride, perpétrant le pire attentat aux Etats-Unis depuis ceux du 11 septembre 2001. Après trois heures de négociations, les forces de l’ordre donnent l’assaut, abattant l’assaillant. L’EI, auquel le terroriste avait fait allégeance, revendique la fusillade.

Virginia Tech : 32 morts. Le 16 avril 2007, un étudiant de 23 ans d’origine coréenne tue 32 personnes avant de se donner la mort sur le campus de l’université de Virginia Tech, à Blacksburg, en Virginie.

Ecole primaire de Sandy Hook : 27 morts. Le 14 décembre 2012, un jeune homme tue 27 personnes, dont 20 enfants de cours primaire, dans l’école de Sandy Hook à Newtown, dans le Connecticut, avant de se suicider.

Killeen : 22 morts. Le 16 octobre 1991, un homme tue 22 personnes dans un restaurant de Killeen, au Texas, et en blesse une vingtaine avant de se donner la mort.

San Bernardino : 14 morts. Le 2 décembre 2015, un couple marié d’islamistes radicalisés d’origine pakistanaise ouvrent le feu lors d’un déjeuner de Noël à San Bernardino, en Californie, faisant 14 morts et 22 blessés.

Fort Hood : 13 morts. Le 5 novembre 2009, un psychiatre militaire d’origine palestinienne déclenche la plus grave fusillade sur une base militaire américaine, tuant 13 personnes et en blessant 32 à Fort Hood, au Texas, avant d’être blessé et maîtrisé.

Centre d’accueil pour immigrés à Binghamton : 13 morts. Le 3 avril 2009, un homme d’origine vietnamienne tue 13 personnes dans un centre d’accueil pour immigrés à Binghamton, dans l’Etat de New York.

Bureaux de la marine à Washington : 12 morts. Le 16 septembre 2013, un homme, travaillant pour un sous-traitant du ministère de la défense, ouvre le feu dans des bureaux de la marine américaine, à Washington DC, tuant 12 personnes, avant d’être abattu par la police.

Aurora : 12 morts. Le 20 juillet 2012, un jeune homme lourdement armé fait irruption dans un multiplexe d’Aurora, dans le Colorado, et ouvre le feu sur le public d’une séance de minuit de Batman, faisant 12 morts et 70 blessés. L’auteur de la tuerie, James Holmes, a été condamné en août 2015 à la prison à perpétuité sans possibilité de libération.

Columbine : 13 morts. Le 20 avril 1999, à Littleton, dans le Colorado, deux lycéens ouvrent le feu au lycée Columbine et tuent 13 élèves et un enseignant et blessent 24 autres personnes. Les deux tireurs se suicident sur les lieux du massacre.

La probabilité des tueries de masse aux Etats-Unis.

HuffPost – D’après Paul Guyonnet - 01 sep 2019

.            Samedi 31 août 2019, au Texas, un homme a ouvert sur le feu au hasard sur des automobilistes. La fusillade a fait au moins sept morts et une vingtaine de blessés.

Un triste palmarès pour le second État du pays en termes de population et de superficie, qui s’explique notamment par la permissivité des lois régissant le contrôle des armes à feu. Comme le rapportait le site américain Wired (06 août 2019) après la fusillade d’El Paso, début août, des chercheurs ont en effet constaté une corrélation entre la rigueur d’une telle législation et la probabilité que des tueries de masse se produisent.

Ce Texas, où, triste ironie du calendrier, huit lois assouplissant la législation sur les armes à feu entrent en vigueur ce 1er septembre 2019, au lendemain donc de cette énième fusillade. À partir de ce dimanche, les armes à feu sont ainsi autorisées dans les écoles et les lieux de culte texans par exemple, mais aussi durant des catastrophes naturelles ou dans des appartements et maisons qui sont louées par leurs occupants. Elles incluent également la possibilité pour les familles d’accueil d’enfants placés de posséder des armes si elles sont mises sous clé.

.            Dans une étude publiée en début d’année dans le British Medical Journal, des chercheurs ont remarqué qu’entre 1998 et 2015, le nombre de fusillades tuant au moins quatre personnes augmentait plus vite dans les États où la législation s’assouplissait en même temps.

Dans cet article universitaire, les auteurs ont créé par ailleurs un indice de “permissivité des lois sur les armes”, avec un score sur 100, notant que quand le score d’un État augmentait de 10 points, la probabilité qu’une tuerie de masse se produise augmentait de 11,5%. Sans surprise, le Texas se classait parmi les États les plus permissifs des États-Unis puisqu’il est possible de porter une arme si l’on est âgé de plus de 21 ans, après un entraînement de quatre à six heures et si l’on n’a pas d’antécédents judiciaires connus.

Par ailleurs, plusieurs spécialistes de ces questions ont noté que la permissivité des États avait un impact sur le pays tout entier. Dans de nombreux cas de tueries commises dans des États où les lois sont strictes, il a effectivement été noté que les armes avaient été facilement achetées dans un État voisin bien plus laxiste.

       

Graphiques : British Medical Journal – 06 mars 2019