Il était une fois dans le Far West

Ca m’intéresse – 29 jan 2020 - Marion Guyonvarch / Geo - François Vey – 05 déc 2018 / Wikipedia

.            La conquête de l'ouest s'est écrit en terres indiennes, à travers les Grandes Plaines et les Rocheuses, un épisode fondateur des Etats-Unis, souvent violent et hors la loi.

.            Au début du XIXe siècle, l’Ouest est une terre inconnue pour les Américains, pleine de mystères et de promesses. Plus pour longtemps ! Le 14 mai 1804, sur ordre du président Jefferson, les explorateurs Lewis et Clark quittent Saint-Louis. Leur mission : traverser, pour la première fois, ces régions sauvages. Grâce à la guide indienne Sacagawea, l’expédition atteint le Pacifique le 7 novembre 1805, après un périlleux trajet de 6 000 kilomètres. La voie est tracée, la conquête de l’Ouest peut commencer ! Car les Etats-Unis, en pleine expansion, sont bien décidés à coloniser ces contrées sauvages. La « destinée manifeste » – le nom donné à cette idéologie expansionniste – assigne aux Américains la mission de civiliser ces étendues. L’Ouest devient leur Terre promise.

La Frontier : un mythe fondateur de la nation américaine

.            Dans la seconde moitié du XIXe siècle, et notamment à partir de la ruée vers l’or de 1848 en Californie, un demi-million de colons prennent la route. Le voyage est long et dangereux. Ils doivent affronter les bêtes sauvages, les bandits, les hivers rigoureux, les épidémies et la famine. Mais ils ne renoncent pas et les vagues de migrations, aidées par l’avancée du chemin de fer, se succèdent : les chercheurs d’or, les Européens, les fermiers, les commerçants… En 1862, la loi Homestead, qui permet à tout homme majeur de s’installer sur une parcelle fédérale et d’en devenir propriétaire au bout de cinq ans, amplifie le mouvement. Les pionniers avancent toujours un peu plus vers l’Ouest, faisant reculer la Frontier, la limite entre les territoires où sont implantées les populations d’origine européenne et les zones à conquérir. Cette « frontière », qu’il faut sans cesse repousser, est d’ailleurs un mythe fondateur de la nation américaine.

Cette avancée se heurte à un obstacle : les Amérindiens qui vivent là depuis des siècles. Dès la présidence de James Monroe (1817-1825), les populations indiennes sont déportées. Au fur et à mesure de la progression des colons, les guerres entre les tribus et les Etats-Unis s’enchaînent, se soldant presque toujours par la défaite des Indiens, condamnés à vivre dans des réserves pendant que les Blancs s’approprient leurs terres. D’après l’historien Howard Zinn, « les gouvernements américains [ont] signé plus de quatre cents traités avec les Amérindiens et les [ont] tous violés, sans exception. » En 1890, quand la conquête de l’Ouest est officiellement déclarée achevée, les Indiens ne sont plus que 200 000 contre 1 000 000 un siècle plus tôt.

Comment les Indiens sont-ils arrivés en Amérique ?

.            Selon les historiens, ils seraient passés par la Sibérie. Une étude a ainsi révélé une mutation génétique unique partagée par les Indiens d’Amérique et des habitants de l’Altaï, au croisement de la Russie et de la Mongolie. Ce serait le berceau des premiers peuples d’Amérique. Ils auraient commencé à coloniser le continent il y a 15.000 ans par l’actuel détroit de Béring, qui était alors un passage terrestre reliant l’Amérique du Nord et l’Asie.

 Avec une même origine, pourquoi les populations du continent sont-elles si différentes ? Parce que le froid, l’altitude ou les maladies ont exercé des pressions sur les gènes de ces migrants.

Au plan archéologique, des pointes de lances ont été retrouvées au Nouveau-Mexique au début du XXe siècle. Ainsi, leur datation indique une présence humaine il y a au moins 13.000 ans. D’autres indices suggèrent un peuplement il y a 14.500 ans, tels ces outils de pierre retrouvés sur le site de Monte Verde, au Chili.

Pour atteindre le sud du continent, certains archéologues soutiennent qu’ils se seraient déplacés par cabotage maritime, le long du Paci­fique. Mais plus étonnant : les Indiens d’Amérique viendraient directement d’Europe, après avoir longé la calotte glaciaire de l’Atlantique-Nord en bateau. Une af­firmation qui s’appuie sur la découverte sur la côte Est des États-Unis d’un silex biface. Un outil typique de la culture solutréenne, représentée en France et sur la péninsule ibérique il y a 17.000 à 22.000 ans. Une preuve encore très légère.

Cinq épisodes clés du Far West

Les Mormons fondent leur cité idéale au milieu de nulle part

.            Le 4 février 1846, un convoi de 600 mormons prend la route de l’Ouest. Pas par choix, mais pour échapper aux persécutions qui les attendent s’ils restent à Nauvoo, ville de l’Illinois où ils sont installés. Deux ans plus tôt, le fondateur de leur Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours, Joseph Smith, a été arrêté puis assassiné après avoir prôné la polygamie. L’Ouest sauvage sera leur refuge. Brigham Young, qui prend la tête de l’Eglise mormone, a une idée très précise de leur destination : la vallée du Grand Lac Salé, perdue au cœur des Rocheuses. Les mormons y accéderont en suivant la route du Nord, moins prisée des colons. Ils partent en plein hiver et voyagent dans des conditions périlleuses : il leur faut traverser le Mississippi… qui gèle ! Heureusement, le fleuve va supporter le poids des conestogas, les fameux chariots bâchés à larges roues.

L’hiver suivant, les dirigeants de l’Eglise établissent au bord du fleuve Missouri une cité qu’ils baptisent Winter Quarters, près de l’actuelle ville d’Omaha (Nebraska), sur des terres indiennes. S’y pressent 16.000 candidats au voyage ! L’organisation est militaire : des groupes de 100 ou 50 « saints » sont constitués, chacun étant affecté à une tâche, de la construction des chariots à celle d’outils agricoles en passant par la lessive. Les mormons atteignent finalement leur Terre promise le 22 juillet 1847. Ils fondent une ville nouvelle, qu’ils baptisent Salt Lake City. « A peine arrivé, Brigham Young trace le plan de la ville avec son temple, un damier qui permet à chacun d’avoir une maison », raconte l’historien Jacques Portes dans La Véritable Histoire de l’Ouest américain. La bonne parole se répand et les fidèles, venus d’Amérique mais aussi du Royaume-Uni, de France, de Scandinavie ou de Suisse, affluent à Salt Lake City : 86.000 s’y installent entre 1847 et 1869 ! La cité idéale des mormons devient, malgré une nature hostile, une ville prospère.

Les guerres indiennes prennent fin dans un bain de sang

.            En 1890, les Indiens ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Les famines, les maladies, la disparition des bisons – due à la progression des colons et du chemin de fer –, les guerres perdues contre les Blancs ont ravagé les tribus. Spoliés de leurs terres ancestrales, les Indiens sont condamnés à vivre dans des réserves. Dans celle de Great River (Dakota), les Sioux meurent de faim car l’Etat a réduit leur ration. Humiliés, désespérés, ils commencent à pratiquer la ghost dance (danse des esprits), rituel censé favoriser l’arrivée d’un sauveur. Ce mouvement déplaît aux autorités. Surtout quand Sitting Bull, héros de la mythique victoire indienne de Little Bighorn en 1876, des Sioux ralliés par les Cheyennes sur les troupes du général Custer (qui y périt avec 263 de ses soldats), dit soutenir le mouvement. Le 15 décembre 1890, le chef sioux Sitting Bull est tué alors qu’il résiste à des policiers venus l’arrêter. Des émeutes éclatent et quelques ghost dancers, jusqu’alors pacifiques, se radicalisent. Le gouvernement redoute une contagion. Alors quand une partie de la tribu de Sitting Bull rejoint le chef indien Big Foot, lui-même en pleine migration vers le territoire du chef Red Cloud, c’est la panique ! La décision est prise de faire intervenir l’armée. Le 28 décembre, les Indiens sont stoppés par le 7e régiment de cavalerie et cantonnés à Wounded Knee Creek, avant de pouvoir être transférés le lendemain vers un camp militaire du Nebraska. Ils n’y arriveront jamais. Dans la nuit, des soldats sont arrivés en renfort et deux canons ont été acheminés. Le lendemain matin, 29 décembre 1890, en pleine opération de désarmement des Indiens, une fusillade – provoquée par les soldats selon certaines sources – éclate : les canons tirent sur les tentes où sont regroupés femmes et enfants. C’est l’hécatombe : 83 hommes, 44 femmes et 18 enfants perdent la vie. Ce massacre, l’ultime commis par l’armée américaine, met un terme aux guerres indiennes.

« KESKYDEES » : Les Français de la ruée vers l’or en Californie

.            Le 24 janvier 1848, un certain John Marshall découvre par hasard une pépite d’or dans l’American River, près de l’actuelle Sacramento. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre et la fièvre de l’or gagne le monde entier ! En 1849, les orpailleurs débarquent par dizaines de milliers (300.000 au total) en Californie dans l’espoir de faire fortune. Parmi eux, des Français. Ils sont plus de 20.000 à tenter l’aventure. Et ils vont vite se faire remarquer ! Pas question pour eux de faire l’effort d’apprendre l’anglais. De toute façon, dans quelques mois, ils rentreront en France les poches pleines. Aussi passent-ils leur temps à demander à leurs interprètes : « Qu’est-ce qu’ils disent ? » Cette phrase répétée en boucle va leur valoir d’être surnommés les « Keskydees » par les Américains ! Mais rares sont ceux qui réussissent à trouver le bon filon. Beaucoup meurent de faim, de froid ou sont victimes de l’épidémie de choléra en 1851. Ceux qui s’en sortent y parviennent en se lançant dans le commerce. Car pendant les huit ans que dure la ruée vers l’or (1848-1856), la Californie se développe à la vitesse de l’éclair : les villes sortent de terre, les routes se multiplient. Les Keskydees s’installent en majorité à San Francisco, principal port d’échange de l’or. Ils vivent entre eux dans le quartier français et ouvrent des restaurants, des hôtels ou des pharmacies.

À Abilene, la piste du bétail avec les cow-boys.

.            Imaginez une ville où les vaches sont cent fois plus nombreuses que les habitants et vous aurez une idée de ce à quoi pouvait ressembler Abilene à la fin du XIXe siècle. En 1867, la compagnie de chemin de fer Kansas Pacific Railway décide de traverser cette petite ville, située en plein Kansas. La même année, l’entrepreneur Joseph McCoy y achète 250 hectares. Il y bâtit un hôtel, des parcs à bestiaux pouvant accueillir 2.000 têtes de bétail et des écuries. Il a décidé de faire de cette bourgade la plaque tournante du commerce de bovins. Car avec l’arrivée du rail, c’est tout un marché qui s’est ouvert : les cheptels élevés dans les ranchs du Texas (que les trains ne traversent pas encore) peuvent être acheminés vers l’est, notamment à Chicago qui s’est doté de grands abattoirs. Bingo ! Abilene devient LE point de départ des troupeaux : en 1871, 700.000 bêtes atteignent ainsi la ville. Cette migration des troupeaux, qui pendant près de trois mois suivent la piste Chisholm (du nom du vacher qui l’a tracée) du nord du Texas au Kansas via l’Oklahoma, est assurée par 25.000 cow-boys. Loin de l’image du héros solitaire des westerns, les cow-boys ne sont pas du tout les rois du Far West. Ce sont de simples vachers, salariés précaires, payés une misère par les grands propriétaires qui leur demandent même parfois de supprimer leurs rivaux. Au plus fort de leur activité, ils ne sont que 40.000. La légende qui les entoure, ils la doivent aux romans populaires de l’époque, qui racontent leurs aventures en exagérant leurs exploits.

Quand ils débarquent à Abilene après leur longue transhumance, les cow-boys n’ont qu’une envie : se défouler dans les nombreux bars et bordels qui ont poussé en ville. L’ordre ne règne plus dans la capitale du bétail, assaillie par les desperados qui attaquent les commerces… jusqu’à ce que le shérif Wild Bill Hickok, fine gâchette et ancien hors-la-loi, parvienne à remettre un semblant d’ordre en 1871. Mais Abilene est déjà sur le déclin : le développement du chemin de fer dans le sud et l’ouest du pays déplace le commerce de bovins.

Buffalo Bill écrit le mythe du far-West sur les planches !

.            Stetson vissé sur la tête, William Frederick Cody, né en 1846 dans une famille de pionniers de l’Iowa, est un résumé de la conquête de l’Ouest à lui tout seul ! A 14 ans, cet excellent cavalier intègre le Pony Express (service de courrier rapide à cheval), puis sert comme éclaireur dans l’armée fédérale lors de la guerre de Sécession. Comme Lucky Luke, il tire plus vite que son ombre ! Une qualité qui lui vaut d’être recruté par la Kansas Pacific Railway. Sa mission : tuer le plus de bisons possible pour nourrir les ouvriers qui construisent la ligne de chemin de fer. A ce sport, William excelle – il en aurait tué 4.280 en dix-sept mois – et gagne son surnom de Buffalo Bill. Cette parenthèse refermée, il réintègre l’armée, avec laquelle il participe à seize batailles majeures contre les Indiens. Ses exploits sur le terrain, notamment lors de la victoire contre les Cheyennes à Summit Springs en 1869, lui valent d’être décoré de la médaille d’honneur du Congrès américain. Une décoration qui vient encore asseoir sa légende. Car Buffalo Bill est devenu une superstar ! L’écrivain Ned Buntline s’est en effet emparé de ce personnage hors norme et a fait le récit de ses aventures – en les enjolivant – qui régalent les Américains. L’un de ses derniers faits d’armes achève de faire de l’aventurier le symbole de la victoire de l’homme blanc sur les Indiens. En 1876, l’armée américaine a soif de vengeance après la sanglante défaite du général Custer à Little Bighorn face aux Sioux et aux Cheyennes menés par Sitting Bull. W.F. Cody est envoyé en éclaireur et croise la route du chef cheyenne Yellow Hair. Il l’abat d’un coup de fusil, le poignarde au cœur puis le scalpe !

.            Mais déjà Buffalo Bill songe à quitter les plaines du Far West pour monter sur les planches. Il crée son propre spectacle, le Wild West Show, dont la première représentation a lieu le 19 mai 1883 à Omaha dans le Nebraska. Pendant trois heures, le public assiste à une reconstitution des combats du général Custer, à une attaque de diligence par les Indiens, à une chasse aux bisons… Même Sitting Bull, le vrai, défile chaque soir, pendant un an, sous les huées du public. Le show est titanesque – 500 chevaux, 800 acteurs et figurants, parmi lesquels une centaine d’Indiens – mais Buffalo Bill ne s’embarrasse pas avec la vérité historique. Il n’hésite pas à réécrire l’Histoire, pour faire de la conquête de l’Ouest le combat des gentils Blancs contre les méchants Indiens. Son spectacle, qui tourne aux Etats-Unis et en Europe jusqu’en 1913 et attire plus de dix millions de spectateurs, va diffuser cette version simpliste du Far West dans le monde entier.

Sitting Bull et Buffalo Bill, Montreal, QC, 1885.

Idées reçues et Questions.

Les indiens n’étaient pas si « sauvages ».

.            Entre 500.000 et 600 000 Indiens vivaient au-delà du Mississippi quand les colons blancs arrivèrent au début du XIXe siècle. On a pu dénombrer une centaine de tribus, parlant 375 langues différentes et pratiquant l’agriculture, la chasse et la pêche. Dans les vallées du Missouri et de l’Arkansas, elles occupaient des maisons en terre dans des villages. Les Pawnees cultivaient le maïs. Les Sioux, les Cheyennes et les Comanches, eux, chassaient le bison. Les Blancs leur firent signer des traités pour s’installer chez eux, mais n’en respectèrent pas les termes, ce qui provoqua les révoltes indiennes. Guerriers sans pitié – ils scalpaient leurs victimes –, les Indiens faisaient souvent preuve de courage et d’abnégation.

Les indiens attaquaient rarement les diligences ou les convois.

.            Le cinéma a multiplié les scènes où des Indiens attaquaient des chariots. Mais ces agressions étaient rares. Car les tribus indiennes en guerre s’en prenaient plutôt à l’armée. A l’arrivée des Blancs, ils acceptèrent de signer des traités autorisant le passage sur leurs terres, puis l’installation de fermiers. Malgré ces compromis, beaucoup d’Indiens furent ensuite conduits de force dans des contrées inhospitalières, comme l’Oklahoma. Ils menèrent alors des raids lorsque la situation leur paraissait favorable, n’attaquant qu’à coup sûr, mais cherchant avant tout à se défendre. Ils volaient des chevaux et du bétail, et faisaient parfois des captifs. Buffalo Bill, qui n’eut pas à se plaindre des Indiens à l’époque où il convoyait colons puis troupeaux, en engagea même quelques-uns pour jouer leur propre rôle dans ses spectacles.

Les Indiens n’étaient pas toujours battus par la cavalerie.

.            C’est un classique des westerns et des albums de Lucky Luke : l’attaque de centaines d’Indiens contre les soldats des Etats-Unis. Une vision un peu épique de l’Histoire, car les Amérindiens, moins armés et souvent moins nombreux, préféraient la guérilla aux batailles rangées. Ainsi, les Sioux lakotas multiplièrent les escarmouches contre les Blancs lorsque les traités de cohabitation ne furent pas respectés. Dépassé par l’ampleur des attaques, le général nordiste Sheridan dut quitter leur territoire en 1868. Mais les intrusions dans les montagnes sacrées des Lakotas reprirent en 1874, suite à la découverte d’or. Les autorités tentèrent d’acheter ces terres aux Indiens, qui refusèrent. Le 25 juin 1876, le 7e régiment de cavalerie de Custer affronta les Lakotas, alliés aux Cheyennes, lors de la bataille de Little Bighorn ; Custer et 263 soldats y périrent. Cette victoire indienne reste une fierté pour la communauté et a inspiré de nombreux livres et films, dont La Charge fantastique (1941).

Les Indiens ne portaient pas tous des plumes.

.            Seuls les Sioux – qui rassemblaient les Lakotas, Nakotas et Dakotas – portaient effectivement de larges coiffes composées de dizaines de plumes. Mais ils réservaient ces parures à leurs grandes fêtes et à leurs cérémonies. Le reste du temps, ces cavaliers émérites étaient beaucoup mois apprêtés et n’arboraient que deux ou trois plumes. Ils endossaient des tenues de chasseur, beaucoup plus commodes pour rester longtemps en selle et tirer. C’est Buffalo Bill, dans son Wild West Show, qui a affublé les Indiens de ces immenses coiffes et les a fait entrer dans l’imaginaire comme élément du costume traditionnel.

.            Les bisons constituaient le principal moyen de subsistance de ces Indiens nomades, au point que l’armée américaine procéda à des éliminations massives de troupeaux entiers afin de les affamer. Autre cliché : la majeure partie des Indiens étaient sédentaires, les Sioux faisant exception ; ils dormaient l’été dans des tentes, les fameux tipis, et passaient l’hiver dans des huttes et cabanes.

La punition par le goudron et les plumes a-t-elle vraiment existé ?

.            En France, ce châtiment a été popularisé dans les albums de ­Lucky Luke. Mais, en Europe, cette punition était infligée dès le Moyen Âge aux contrebandiers, aux escrocs, aux tricheurs… Cette pratique aurait été inventée par Richard Cœur de Lion, durant les croisades au XIIe­ siècle. Elle a été introduite par les Anglais dans leurs colonies d’Amérique.

À l’époque du Far West, cette punition était décidée et exécutée lors d’un lynchage. On enlevait les vêtements de la victime, on l’enduisait de goudron chaud, on collait des plumes, puis on exhibait le condamné à travers la ville sur une charrette. Les plumes restaient engluées au goudron durant plusieurs jours. Le but de cette peine était d’humilier suffisamment le criminel pour lui faire quitter la ville. Mais la punition était aussi physique car le goudron, s’il était appliqué bouillant, occasionnait de profondes brûlures, voire la mort.

Cette « technique » a été encore utilisée au début du XIXe­ siècle par le Ku Klux Klan sur les Noirs américains.

Les cow-boys n’étaient pas tous blancs.

.            Le cow-boy passait la majeure partie de son temps à cheval : il devait surveiller de près des animaux restés en liberté qui s’affolaient facilement, leur faire traverser des rivières ou des étendues désertiques – on comptait huit à dix cavaliers par troupeau de 2.000 à 2.500 têtes –, et cela 16 à 18 heures par jour, tous les jours. Un travail harassant, mal rémunéré et peu valorisé. Le salaire mensuel variait entre 30 et 40 dollars, quand une paire de bottes en coûtait 15. Le cuisinier de l’équipe était mieux payé ! Près de la moitié des cow-boys (45 %) étaient des personnes de couleur : Mexicains, Noirs, métis, voire Indiens. Les Blancs, eux, venaient de familles de fermiers pauvres ou étaient des vagabonds (hobos) louant leurs services à la saison. Au Texas, la majorité était d’origine hispanique ou indienne. Cet Etat comptait 5.000 cowboys noirs.

Le cow-boy ne tenait pas le premier rôle.

.            Héritiers des garçons vachers mexicains (vaquero), les cow-boys sont apparus dans l’Ouest américain au milieu du XIXe siècle, et ce métier s’est répandu en l’espace d’une génération, entre 1865 et 1890. Les historiens estiment leur nombre entre 30.000 et 40.000, alors que 360.000 pionniers s’étaient lancés sur les pistes du Far West, à partir du Mississippi, entre 1840 et 1860, et que la population des Etats-Unis se chiffrait à 36 millions d’habitants. Ces salariés agricoles itinérants étaient donc beaucoup moins nombreux que les fermiers sédentaires ou que les ouvriers employés à la construction des chemins de fer. Sans compter les prospecteurs d’or, dont beaucoup étaient devenus mineurs.

Les « villes du bétail » n’étaient pas toutes dangereuses.

.            Dodge City, Abilene, Ellsworth, Wichita… Les villes des cow-boys (cattle towns) se ressemblaient toutes. Près de la gare, des milliers de bêtes étaient parquées avant leur départ. Les maquignons fréquentaient des hôtels et des bars assez luxueux où les cow-boys n’étaient pas admis. Ces derniers allaient s’amuser dans un quartier réservé à la prostitution et au jeu, avec des saloons où ils pouvaient boire et fumer… mais où le port d’arme était interdit, sous peine d’amende ! L’entrée était la plupart du temps refusée aux Mexicains, Indiens et métis. Des shérifs à poigne faisaient régner l’ordre. Entre 1867 et 1890, on a dénombré dans ces villes 55 homicides seulement (39 par fusil, dont 16 causés par la police) et un seul cow-boy a été abattu. Sur tout le Wyoming, il n’y eut que 4 meurtres en 1872. Ces bourgades étaient donc bien moins dangereuses que certaines villes d’aujourd’hui.

Les cow-boys ne glissaient pas deux colts à leur ceinture.

.            A quoi bon s’embarrasser d’un revolver quand on est un simple travailleur à cheval ? La mission essentielle des «garçons vachers» était de convoyer le bétail entre les Grandes Plaines et les gares du Kansas, afin que les troupeaux puissent ensuite être acheminés en train vers les abattoirs des grandes villes. Inutile donc de porter une arme à feu pour garder les vaches : les détonations ne pouvaient qu’effrayer les bovins. Pour se faire obéir des bêtes, les cow-boys utilisaient plutôt des lassos et des fouets. Seuls les chefs chargés de l’encadrement des équipes pouvaient détenir une arme, qu’ils devaient néanmoins laisser à l’entrée des hôtels et des saloons. Alors, si au Far West il arrivait que l’on croise par malheur des individus armés de deux colts, il ne pouvait s’agir que de tueurs à gages ou de redoutables hors-la-loi.

Les cow-boys ne ressemblaient pas du tout à Buffalo Bill.

.            Les cow-boys portaient des habits rustiques, adaptés à leurs tâches : une chemise en toile épaisse, un pantalon en cuir sans ceinture avec des jambières, une paire de bottes… Pas de chapeau sur la tête car il se serait envolé, mais dans le dos, retenu par une lanière. Un mouchoir autour du cou servait à se protéger de la poussière. Les fameux jeans Levi’s, eux, ne firent leur apparition dans les ranchs que dans les années 1880, alors qu’approchait la fin des grandes transhumances. On est donc loin de l’élégance d’un Buffalo Bill arborant Stetson et tuniques en cuir à franges, dorures et étoiles. Ces tenues d’opérette étaient réservées à la scène ou aux photos et firent leur effet lors de spectacles de théâtre équestre ou de rodéos.

Pourquoi les cowboys tiraient-ils à deux mains ?

.            Parce que les revolvers de l’époque étaient à « simple action ». Le chien, la pièce mécanique qui frappe la cartouche et provoque l’explosion de la poudre, devait être préalablement armé, c’est-à-dire positionné vers l’arrière. Il restait dans cette position jusqu’au moment où le tireur, en appuyant sur la détente du pistolet, le libérait.

L’armement du chien pouvait se faire avec le pouce de la même main qui tenait le revolver. Mais dans un duel, il était plus rapide de dégainer et d’armer le chien de l’autre main. Pour tirer plusieurs fois, le tireur gardait l’index sur la détente tout en armant et libérant rapidement le chien. L’efficacité optimale de cette opération exigeait de garder la main à hauteur de hanche.

Pourquoi les talons des bottes des cowboys sont-ils en biseau ?

.            Pour faire usagé et se donner ainsi l’allure d’un héros ; au même titre que les blousons en cuir faussement usé, ou les jeans délavés, voire déchirés. A l’origine, les talons en biseau sont la conséquence d’un des principaux travaux du cow-boy: attraper le bétail. Pour cela, il utilise un lasso puis essaie de stopper l’animal en plantant les talons dans le sol afin d’améliorer son équilibre et faciliter la prise. Quand le cow-boy est entraîné sur une petite distance par l’animal, il dérape sur le sol, ce qui use les talons à l’arrière.

Quant aux bouts pointus, c’est un caractère purement esthétique.

Pourquoi les shérifs portent-ils une étoile ?

.            C’est un usage hérité de l’Angleterre du IXe ­siècle. Le terme sheriff est la contraction du mot shire, qui signifie « comté », et du mot reeve, désignant un agent du seigneur. Ces « shérifs » féodaux portaient les armoiries du comté dont il dépendait sur leur vêtement. Plus tard, lors de la conquête de l’Amérique par les Européens, cette habitude a perduré dans les grandes métropoles.

De nos jours, les policiers de la ville de Boston portent toujours une plaque en forme de bouclier avec des armoiries gravées. Les petites villes de l’Ouest américain, par contre, ne disposaient pas des moyens nécessaires pour réaliser de tels badges. Elles ont donc adopté des insignes plus simples, mais facilement reconnaissables, les fameuses étoiles popularisées par les westerns.

Jesse James et Billy the Kid étaient-ils les terreurs de l’Ouest ?

.            Tous les desperados croqués dans Lucky Luke ont bel et bien existé. Jesse James et son gang ont attaqué des banques, des trains et des diligences de 1866 à 1882, date à laquelle leur chef est assassiné par Robert Ford. Billy the Kid, lui, commet son premier délit à 14 ans (le vol de quelques kilos de beurre) et son premier meurtre quatre ans plus tard.

Si la légende raconte qu’il a assassiné 21 personnes, il n’aurait en réalité fait « que » quatre victimes. En fuite après avoir été condamné à mort, il est abattu à 21 ans par le shérif Pat Garrett, qui s’empresse d’écrire un livre sur le Kid et le fait entrer dans la légende de l’Ouest.

Pourquoi dit-on « Lyncher quelqu’un » ?

.            Les origines de cette expression née aux États-Unis sont incertaines. Mais de nombreux linguistes estiment qu’elle pourrait être une allusion au patriote américain William Lynch, un fermier qui s’était improvisé juge de paix au XVIIIe siècle. Les procès qu’il dirigeait contre les colons britanniques étaient particulièrement expéditifs. Cette manière de juger donna naissance au mot « lynchage » au XIXe siècle, pour qualifier la justice expéditive appliquée aux Indiens, puis aux Noirs du sud des États-Unis. On l’emploie aujourd’hui pour signifier le fait de violenter gravement quelqu’un.

Le règlement de compte à Ok Corral a-t-il bien eu lieu ?

.            Il s’est tenu l’après-midi du 26 octobre 1881 à Tombstone dans l’Arizona. Cette fusillade est devenue la plus célèbre de la conquête de l’Ouest en raison du film western Règlements de comptes à O.K. Corral (avec Burt Lancaster et Kirk Douglas) de John Sturges sorti en 1957.

Elle opposa, en pleine rue, le marshall Wyatt Earp, ses deux frères et un certain Doc Holliday, à cinq hors-la-loi en armes prêts à en découdre. Bilan : trois morts, tous parmi les bandits.

Les duels des westerns sont-ils réalistes ?

.            Dans la plupart des films, le méchant dégaine le premier mais se fait tuer par le héros, plus rapide. Les duels se déroulaient-ils vraiment ainsi dans le Far West ? Niels Bohr, prix Nobel de physique et fan de westerns, s’était posé la question et avait conclu que les individus sont plus rapides quand ils réagissent à un stimulus que lorsqu’ils initient une action. L’intuition de Bohr a été en partie confirmée en 2010 lors d’expériences menées en laboratoire par Andrew Welchman, neurologue à l’université de Birmingham.

Le mouvement du tireur qui dégaine en second est en effet plus rapide de 21­millièmes de seconde en moyenne. Mais il est en retard : il lui faut 200­millièmes de seconde pour que son cerveau enregistre le mouvement de l’adversaire portant la main à son étui. Donc, même plus prompt, le héros ne devrait pas parvenir à rattraper ce retard. Par ailleurs, son geste réflexe est moins précis que celui de l’attaquant, et les risques de rater la cible sont plus importants. Pour gagner, mieux vaut donc tirer le premier.