Christophe Colomb a-t-il découvert les Amériques ?

D"après La France pittoresque, 24 avr 2019 - D’après « Le Petit Journal illustré » du 26 août 1926 et « Histoire de Dieppe » (par Louis Vitet) 1844 / National Geographic

.           Une légende controversée affirme qu’un cartographe dieppois du nom de Jean Cousin, se serait embarqué en 1488 avec pour second l’Espagnol Vincente Pinzon — lequel, quatre ans plus tard, accompagnera avec ses deux frères Christophe Colomb — du port de Dieppe pour naviguer vers l’ouest à la recherche de nouvelles terres à conquérir, et aurait abordé sur les côtes de l’Amérique méridionale ...

-30 000 / -15 000 - Les Homo sapiens

.            Les premiers conquérants de l'Amérique, ancêtres des Amérindiens, sont des populations d'Homo sapiens venues d'Asie et de Sibérie. Elles auraient traversé, entre 30.000 et 15.000 ans avant notre ère, une bande de terre appelée Béringie reliant alors l'Alaska et la Sibérie. En témoignent des traces et des outils datant de cette époque, et des fossiles âgés de 13.000 à 12.000 ans, retrouvés sur tout le continent américain.

500 / 700 - Avant les Européens

.            Avant les Européens, les Austronésiens, ancêtres des populations polynésiennes actuelles, se seraient aventurés en Amérique du Sud vers 500-700 après J.-C. Ces navigateurs ont colonisé la majorité des îles d'Océanie et du Pacifique, et pourraient avoir atteint l'Amérique aussi.

D'ailleurs, l'analyse ADN des patates douces polynésiennes, originaires des Andes, montre que cette lignée diffère de celle importée en Europe après la découverte du Nouveau Monde. Des explorateurs austronésiens ont donc rapporté ces légumes d'Amérique du Sud avant l'arrivée des Européens.

 XI° siècle, les Vikings

.           Ces hardis pirates scandinaves qui au IXe siècle parurent sur nos côtes et remontèrent nos fleuves à bord de leurs barques à deux voiles, portèrent leurs déprédations non seulement dans tout l’empire de Charlemagne, mais jusqu’en Italie, en Sicile, et jusque dans le califat de Cordoue. Ils se lançaient à travers les mers sur leurs frêles navires, se riant des vents et des flots... « La force de la tempête, chantaient-ils, aide le bras de nos rameurs ; l’ouragan est à notre service ; il nous jette où nous voulons aller... »

L’ouragan dut même les jeter quelquefois sur des côtes où ils n’espéraient pas aborder. C’est ainsi que des Vikings durent s’égarer jusqu’aux rivages du Groenland, à la même époque où leurs frères semaient la terreur dans nos provinces maritimes. Une tradition scandinave assure qu’en l’an 982, une colonie norvégienne vint s’établir au Groenland, la terre verte ; et aussi en Islande. Leif Eriksson (né vers 970 en Islande et mort vers 1020, sans doute au Groenland), fils d’Eric Randa (le Rouge), fondateur de cette première colonie au Groenland, se serait embarqué un peu après l’an 1000, vers le sud. Il serait le premier Européen, dit la légende, à aborder sur une côte, aux alentours du Labrador et de Terre-Neuve, où il trouva des hommes avec lesquels il fit le commerce des pelleteries ; et il baptisa ce territoire du nom de Vinland — pays du vin. Quel pouvait être ce point de la côte américaine où la vigne poussait en ce temps lointain ?

La carte de Skálholt (1570) sur laquelle figurent les noms des 4 régions découvertes par les Vikings : Grønland, Helluland, Markland et Vinland

.           Du moins croyait-on, jusqu’au début du XXe siècle, que les Scandinaves n’avaient fait qu’aborder et séjourner sur les côtes sans pénétrer dans l’intérieur des terres ; mais une découverte apporta sur ce point des lumières nouvelles. À Spokane, dans l’État de Washington, au pied même des Montagnes Rocheuses, on découvrit en 1926 une inscription runique qu’un professeur norvégien, Opsjon, put déchiffrer. Ce texte, qui date d’un millier d’années, relate le débarquement d’une troupe de Vikings, leurs luttes avec les Indiens, et l’ensevelissement dans une grotte toute proche, des corps de plusieurs des leurs tués dans un combat contre les indigènes. Les chroniques islandaises et norvégiennes rapportent que, pendant plusieurs siècles, des colonies originaires de ces deux pays vécurent dans la région qu’elles désignent sous le nom de Vinland.

.           C’est au XIIe siècle seulement que cessèrent les rapports entre le Vinland et les pays scandinaves. Les communications entre la Norvège et le Groenland s’étaient ralenties. Les Vikings étaient devenus moins entreprenants. Les habitants du Vinland eux-mêmes avaient dû oublier l’Europe, d’où étaient partis leurs ancêtres. À partir de cette époque, il n’est plus une seule fois, dans les annales scandinaves, question du Vinland. L’Europe avait perdu de vue cette route ; et ce fut Cabot qui, à la fin du XVe siècle, plus de quatre cents ans après les premiers explorateurs northmans, entraîné par l’exemple de Christophe Colomb, qui remit le premier la navigation sur cette ancienne voie.

.           Quoiqu’il soit impossible, en l’absence de monuments, de fixer avec exactitude la position du Vinland, les savants estiment en général que ce premier établissement des Européens en Amérique devait se trouver sur la côte du Labrador. Des sites archéologiques retrouvés dans les années 1960, confirment l'établissement d'une colonie à l'Anse aux Meadows (à la pointe septentrionale de la péninsule nord de l’île canadienne de Terre-Neuve) : c'est le premier site identifié comme étant scandinave en Amérique du Nord ; les fouilles pratiquées ont révélé les fondations de huit constructions avec des charpentes de bois, des instruments et des outils qui permettent d'établir la datation du site autour de l'an mil. Le résultat d’une étude internationale (analyse de rayonnements cosmiques associée à la dendrochronologie) publiée dans Nature (oct 2021) a fait l’effet d’une bombe, tant par sa précision que par l’année qui est évoquée : elle montre en effet que les Vikings étaient présents à l’Anse aux Meadows en 1021, sans dire cependant quand ils y sont arrivés ni combien de temps ils y sont restés. D'autres recherches archéologiques suggèrent que le « Vinland » peut se situer autour du golfe du Saint-Laurent et que le site de l'Anse aux Meadows serait une étape pour la réparation des navires. Des fouilles (précédées de détection par images satellite) ont permis la découverte en 2016, d'un nouvel établissement à Pointe Rosée (sur Terre-Neuve) qui confirmerait l'existence d'une colonisation viking de l'Amérique du Nord.

Longères vikings reconstituées à L'Anse aux Meadows, Terre-Neuve, Canada.

14° siècle, les Italiens ?

.            Des hypothèses qui restent à confirmer suggèrent que d'autres navigateurs pourraient avoir eu des contacts avec les populations autochtones américaines plusieurs siècles avant l'arrivée de Christophe Colomb. Une étude publiée en juillet 2021 dans la revue Terrae Incognitae apporte de nouveaux arguments. Des marins italiens auraient pu avoir connaissance de l'existence de l'Amérique au moins 150 ans avant sa "découverte" par Christophe Colomb. Ceci sur la foi d’un document rédigé en latin par un moine dominicain qui vivait à Milan, Galvaneus Flamma, en 1345 et repéré pour la première fois en 2013.

Appelé Cronica universalis, le texte a été décrypté par le professeur Paolo Chiesa qui y a repéré un passage "étonnant". L'extrait fait référence à une "terra que dicitur Marckalada" située à l'ouest du Groenland qui ne serait autre que le Markland mentionné dans les sources islandaises pour décrire une partie de la côte atlantique de l’Amérique du Nord. Ce serait la première référence embryonnaire au continent américain dans la région méditerranéenne.

1472 – Les Scandinaves

.           Cependant, trois siècles plus tard, des Scandinaves encore, mais des Danois, cette fois, et non plus des Norvégiens, devaient redécouvrir ces mêmes rivages où les aventuriers Vikings avaient abordé.

.           Le docteur Sofus Larsen, directeur de la bibliothèque de l’Université de Copenhague, découvrit au début du XXe siècle des documents du plus haut intérêt sur un voyage d’exploration qu’à la demande du roi de Portugal Alphonse V, le roi de Danemark Christian Ier fit effectuer par deux amiraux danois, Pining et Pothorst, secondés par un habile pilote, Johannes Scolvus.

.           L’idée du roi de Portugal n’était point de découvrir un continent inconnu. Il s’agissait seulement de rechercher par les mers arctiques un passage pour se rendre à ce qu’on appelait alors « le pays du Poivre », au Cathay, c’est-à-dire en Chine. Ses flottes, jusqu’alors, perdaient un temps infini à contourner l’Afrique. Pourquoi ne tenterait-on pas de trouver une route plus courte par le Nord. Or les Scandinaves étaient les maîtres de ces mers nordiques ; l’exploration leur en était familière. Voilà pourquoi le roi de Portugal demanda au souverain danois de se charger de l’exécution de son projet.

L’expédition partit, en 1472, de la côte occidentale de l’Islande. Elle débarqua d’abord à la côte occidentale du Groenland, où elle fut attaquée à plusieurs reprises par les Esquimaux. Elle rembarqua et, cherchant toujours le passage vers l’Ouest, elle aborda sur la côte américaine, en un point voisin de l’embouchure du Saint-Laurent ; puis elle atteignit aussi le Labrador. Elle n’avait point trouvé le passage qu’elle cherchait pour parvenir en Extrême-Orient par les mers septentrionales ; mais elle avait découvert le continent américain que, vingt ans plus tard seulement, Colomb devait aborder.

1488 – Le Dieppois Jean Cousin ?

.           Ce n’est point seulement dans les pays du Nord qu’il faut chercher les précurseurs du grand Génois. Il existe une vieille tradition dieppoise qui assure qu’un navigateur de cette ville aurait, quatre ans avant Colomb, abordé, non plus comme ce dernier, en Amérique centrale, non plus comme les Scandinaves, en Amérique du Nord, mais sur la côte de l’Amérique méridionale, à l’embouchure du fleuve des Amazones.

.           On sait que les marins dieppois étaient alors parmi les plus aventureux de l’Europe. Dès le XIVe siècle, ils étaient renommés pour leur habileté, leur science de la navigation et la perfection apportée dans la construction de leurs navires. En 1339, quand partit la fameuse flotte qui devait être anéantie à la bataille de l’Écluse (24 juin 1340), les marins des autres ports ne tarissaient pas d’admiration sur les qualités des bateaux dieppois, sur leur vitesse et sur l’habileté de ceux qui les montaient.

 

Le port de Dieppe, vu du Grand Quai. Gravure de Nicolas-Marie Ozanne (1776)

.           L’année suivante, associée à la corporation des marchands de Rouen, celle des marchands de Dieppe avait frété quatre bâtiments qui, de nouveau, partirent à l’aventure sur la côte occidentale de l’Afrique. Une colonie fut fondée sur la « Côte de l’Or », à laquelle les explorateurs donnèrent le nom de "Paris" « pour le grand accueil et la douceur avec laquelle les habitants de ce lieu les reçurent », dit un historien de ces campagnes lointaines. Malheureusement, les guerres avec l’Angleterre interrompirent cette ère de conquêtes coloniales. Pendant ce temps, les Portugais s’étaient avancés tout le long de la côte d’Afrique et s’étaient emparés des établissements fondés par les Dieppois. Quand, la guerre finie, ceux-ci s’en revinrent vers la Côte de l’Or, ils furent reçus à coups de canon.

.           Force leur était donc de chercher ailleurs d’autres buts d’exploration, des terres nouvelles dont ils pourraient en paix exploiter les richesses. C’est alors que les armateurs dieppois firent construire un fort navire, capable de tenir longtemps la haute mer et qu’ils en confièrent le commandement à celui que chacun considérait comme le plus hardi, en même temps que le plus savant capitaine de la flotte dieppoise, Jean Cousin. Ce dernier avait-il l’intuition que ces terres nouvelles qu’on l’avait chargé de chercher, il les trouverait non plus en Afrique, mais vers l’Ouest ? La tradition assure qu’un prêtre de la ville qui lui avait donné des leçons de mathématiques, de géographie et d’astronomie, lui avait conseillé de suivre cette voie nouvelle sans se préoccuper de ce qu’avaient fait ses devanciers.

Colomb, le premier inventeur du Nouveau Monde. Allégorie de Theodor de Bry d'après l'œuvre de Stradanus, publiée dans America pars quarta (Tome 4) paru en 1594

Toujours est-il que dès sa sortie du port — c’était au début de l’année 1488 — Cousin, au lieu de longer les côtes, se lança délibérément au large. Saisi et emporté par le grand courant équatorial, il aurait abordé, deux mois plus tard, sur une terre inconnue, à l’embouchure d’un grand fleuve, qui n’était autre que l’Amazone.

.           Cousin avait, comme second, à bord de son bâtiment, un Espagnol nommé Vincente Pinzon, qui, pendant le voyage, se montra insubordonné, arrogant et excita une révolte dans l’équipage. À son retour à Dieppe, Cousin porta plainte contre Pinzon, qui fut renvoyé du service de la ville par décision des officiers de la commune, exerçant alors la juridiction maritime. Vincente Pinzon, qui se retira en Espagne, sa patrie, n’était autre qu’un de ces trois frères Pinzon, originaires de Palos en Andalousie, qu’on verra quatre ans plus tard accompagner Christophe Colomb dans son voyage.

12 octobre 1492 – Christophe Colomb

.           Dans ses Recherches sur les voyages et découvertes des navigateurs normands en Afrique, dans les Indes Orientales et en Amérique (1832), Louis Estancelin fait à ce sujet une hypothèse intéressante. « Ce Pinzon, dit-il, ne pourrait-il pas être le même que celui qui fut associé à la première expédition de Christophe Colomb ? » Les trois frères se prénommaient Martin-Alonso, Vincente-Yanez et Francisco-Martin. Vincente-Yanez peut très bien être le Vincente, contremaître de Jean Cousin, la différence de la prononciation expliquant suffisamment la différence de l’orthographe.

Le fait qu’il soit Espagnol n’a rien de que très logique : il y a mille preuves des relations continuelles entre les Dieppois et les Castillans à cette époque. Non seulement on rencontre en Normandie le Dieppois Robert de Braquemont, amiral de Castille, mais aussi Jean de Bethancourt, souverain des Canaries au nom du roi de Castille, et la présence de nombreux marchands espagnols dans la ville de Dieppe durant le XVe siècle est un fait également constaté. On sait même qu’il était d’usage que, sur presque tous les vaisseaux dieppois qui partaient pour un voyage de long cours, on prît à bord soit un Espagnol, soit un Portugais, pour servir d’interprète ou de facteur. Or, comme il partait sans cesse de nouveaux vaisseaux, il fallait que le nombre d’interprètes fût considérable, et, par conséquent, qu’il y eût de fréquents rapports entre les Castillans et les Dieppois.

Colomb part pour son premier voyage de découverte (Palos, 3 août 1492). Gravure publiée dans Nova typis transacta navigatio novi orbis Indiae Occedentalis, par Honorius Philoponus (1621)

.           Lorsqu’après avoir essuyé les dédains de ses compatriotes et les refus de plusieurs souverains, après avoir longtemps attendu le soutien et les moyens que lui promettaient Ferdinand et Isabelle, le génois Colomb (1451 – 1506) trouve tout à coup chez trois navigateurs de Palos, marins habiles et expérimentés, compagnons dévoués prudents et réfléchis, des associés qui lui ouvrent leur bourse et se chargent de presque tous les frais de l’armement ; lorsqu’on ne perd pas de vue que ces trois navigateurs sont précisément les trois frères Pinzon ; que les espérances de Colomb leur semblent si peu chimériques que tous trois veulent s’embarquer avec lui et risquer toute leur fortune dans cette entreprise que tant d’autres appellent insensée ; lorsque plus tard, quand le vaisseau est au milieu de l’Océan, on voit l’un des Pinzon discuter avec Colomb sur le chemin qu’il convient de tenir et insister à chaque instant sur la nécessité de se porter plus au sud que ne le voulait l’amiral, en un mot, agir comme un pilote qui cherche à retourner dans un lieu déjà visité par lui et dont la position lui est connue, tandis que Colomb semble marcher en homme qui n’a fait que rêver ce qu’il cherche.

N’est-on pas tenté de se demander si la tradition dieppoise n’a pas donné le véritable mot de cette énigme, et si l’un des Pinzon ne serait pas cet étranger qui accompagnait Cousin dans son voyage de 1488 ?

En outre, le fils de Colomb, dans la relation qu’il fit du premier voyage de son père, ne nie pas que Pinzon fut consulté par lui dans toutes les occasions difficiles. À quel titre l’interrogeait-on ? Comme habile marin ? Non : Colomb n’avait pas besoin de ses leçons ; ce n’était pas à sa science, c’était plutôt à ses souvenirs qu’on semblait adresser des questions. Supposez que Pinzon se souvînt du courant équatorial qui l’aurait entraîné dans un premier voyage, et vous comprendrez pourquoi il demandait à l’amiral de cingler plus au sud ; il voulait retrouver ce courant favorable. « Cette hypothèse, dit Louuis Estancelin, est fondée sur la déclaration de dix témoins qui, dans l’information , affirmèrent que souvent Colomb, dans le cours du voyage, ayant demandé à Alonso s’ils étaient en bonne route, celui-ci, dont en toute circonstance on vante la haute capacité et la grande expérience, lui répondit toujours négativement, et ne cessa de répéter qu’ils devaient cingler vers le sud-ouest pour trouver terre ; ce à quoi Colomb finit par consentir. C’est en suivant cet avis, poursuit Estancelin, qu’il arriva à Guanahani... Francisco Garcia Vallejo, l’un des principaux témoins dans l’information , déclare que, se trouvant à douze cents lieues de la terre, l’amiral convoqua, le 6 octobre, les capitaines pour les consulter sur ce qu’il y avait à faire pour calmer le mécontentement qui éclatait à bord. Allons, dit Vincent-Yanez, jusqu’à deux mille lieues, et, si nous ne trouvons pas la terre, alors nous virerons de bord. — Comment ! dit plus résolument Alonso, nous sommes partis hier de Palos, et déjà le courage nous manquerait ! En avant ! Dieu est avec nous ; nous découvrirons bientôt la terre. Dieu nous préserve de nous arrêter à la lâche pensée de revenir honteusement au pays ! On voit dans cette immuable volonté de cingler au sud-ouest, dans cette résolution de persister dans l’entreprise, dans cette assurance de découvrir la terre, plus que l’effet de simples conjectures ; il n’en eût pas été autrement si les Pinzon eussent été sûrs de l’existence des terres. Un tel caractère, une telle conduite, de telles intentions font présumer quelque chose de plus que le dévouement inspiré par la seule confiance ou par des probabilités. ».          

.            Toujours est-il que le "brave" Christophe Colomb, navigateur portugais né à Gênes, est mandaté par la royauté espagnole et plus précisément par la reine Isabelle Ière de Castille, dans le but d’explorer le monde. Caravelles apprêtées, toutes les conditions sont réunies pour s’aventurer à la découverte du “Nouveau Monde”.

.            Après deux longs mois de mer, le vendredi 12 octobre 1492, Christophe Colomb accoste sur une île des Bahamas aux Antilles ; il pensait avoir atteint les Indes, l’Asie des épices, mais il n'a pourtant pas encore touché le continent américain à proprement parler.

.            Les voyages de Christophe Colomb (avec également leurs violences coloniales) sont relatés dans le récit très détaillé, Histoire des Indes de Bartolomé de Las Casas. La première exploration de Colomb fut l'île de Guanahaní qu'il rebaptise San Salvador (Saint-Sauveur), dans les Bahamas. Des indigènes, nues, sans armes, pacifiques, accueillent Colomb et ses hommes. Ce jour-là, le navigateur commence sa "politique indigène". Ensuite Christophe Colomb continue son expédition et trouve Cuba, puis Hispaniola (Haïti). Au cours de ses quatre expéditions, Colomb aurait finalement touché les côtes de l'Amérique centrale et sans doute du Sud ; les experts sont divisés quant au nombre de ses voyages, mais il aurait aussi découvert la Guyane, puis le Brésil, vers 1499-1500.

Première arrivée de Christophe Colomb en Amérique (Guanahani), 12 octobre 1492. Gravure de Theodor de Bry d'après l'œuvre de Stradanus, publiée dans America pars quarta (Tome 4) paru en 1594

L’Amérique, dérivée du latin Americus, apparaît pour la première fois en 1507 sur une carte du monde : Universalis Cosmographia (Cosmographie universelle). D’après le cartographe Martin Waldseemüller, Amerigo Vespucci (qui a donné son nom au nouveau continent) était le véritable découvreur du Nouveau Monde. © Library of Congress, Wikimedia Commons 

.            Si Colomb n’a pas touché le premier la terre américaine, il en a du moins trouvé la route scientifiquement, en partant du principe alors méconnu, de la sphéricité de la terre.

Que cherchait-il en allant vers l’Occident ?... Était-ce une voie nouvelle pour atteindre des pays d’Extrême-Orient ?... Beaucoup d’auteurs l’ont prétendu. Mais d’autres assurent que Colomb savait, par les rapports des navigateurs qui avaient déjà exploré l’Atlantique, que vers l’ouest se trouvait une terre qui n’était pas le continent asiatique, une terre que certains appelaient Antilia. Et c’était vers cette terre que le grand navigateur tournait les yeux. C’est à cette terre — aux Antilles — finalement qu’il aborda.

Carte « Nouvelle description de l'Amérique ou Nouveau Monde » d'après Ortélius, vers 1579. Neatline Antique Maps.

Une légende bien française …

.           La découverte fortuite de l’Amérique par le Dieppois Cousin ne s’appuie que sur des traditions. Les journaux et les mémoires des anciens voyageurs de Dieppe étaient déposés dans les archives de la ville. Ces archives ont été brûlées lors de l’incendie qui détruisit la ville en 1694, incendie causé par les bombes de la flotte anglaise.

Une légende, débutée à la fin du XVIIIe siècle, en fait un navigateur de la fin du XVe siècle. Mais ce Jean Cousin serait probablement en réalité le même que le cartographe dieppois du milieu du XVIe siècle, formé au métier de la Marine dans la ville portuaire de Dieppe qui accueille également la célèbre École de cartographie. On trouve aujourd'hui encore une carte signée de sa main datée de 1571.

.           Cependant, pour le capitaine John James Gambier, amiral de la flotte anglaise (XVIIIe et XIXe siècles), et gouverneur des Bahamas, Jean Cousin serait le véritable découvreur de l'Amérique. Cette relation, défendue par Paul Gaffarel à la fin du XIXe siècle, est sérieusement mise en doute par différents historiens. À ce sujet, Pierre Chaunu souligne que « l'historiographie française du XIXe siècle a eu ses prétentions. Charles-André Julien, jadis, a achevé de dissiper la légende de la découverte de la Guinée par les Normands et de la découverte du Brésil par Jean Cousin ».

.           Quoi qu’il en soit, comme la découverte de Cousin n’a pu être que l’effet du hasard et n’a eu aucune conséquence utile, elle ne peut diminuer en rien la gloire de Colomb.

Christophe Colomb. Gravure de Nicolas de Larmessin (vers 1600)

Cette carte utilisée par Christophe Colomb ?

National geographic - Greg Miller - 03 nov. 2021

 

Des inscriptions jusqu’alors cachées sur une carte vieille de 500 ans nous révèlent les sources du cartographe qui l’a établie et l’influence qu’a eu sa carte sur des planisphères établis par la suite. Photographie de LAZARUS PROJECT / MEGAVISION / RIT / EMEL

.            Cette carte de 1491 est le témoin le plus fidèle de ce que Christophe Colomb savait du monde lorsqu’il a entrepris sa traversée de l’Atlantique. Il en a probablement utilisé une copie pour organiser son voyage.

.            La carte, établie par le cartographe allemand Henricus Martellus, était à l’origine recouverte de dizaines de légendes et de petites descriptions, le tout en latin. Mais la plupart se sont estompées au fil des siècles. Des chercheurs se sont servis de technologies actuelles pour révéler ces inscriptions demeurées jusque-là illisibles. Ils ont découvert de nouveaux indices quant aux sources dont Martellus s’est inspiré pour établir sa carte, qui a d’ailleurs eu une influence importante sur des cartes ultérieures, et notamment un planisphère de 1507 établi par Martin Waldseemuller, le tout premier à avoir figuré le nom « Amérique ».

.            Chet Van Duzer, cartographe à l’origine de l’étude, rappelle que contrairement à un mythe populaire, les Européens du 15e siècle ne croyaient pas que la Terre était plate et que Christophe Colomb allait s’envoler avec son bateau quand il arriverait au bout. Mais leur vision du monde était sensiblement différente de la nôtre, et la carte de Henricus Martellus reflète bien cela.

La façon dont l’Europe et la Méditerranée y sont représentées est plus ou moins précise. Reconnaissables, en tous cas. Mais l’Afrique subsaharienne a la forme bizarre d’une botte dont le bout pointe vers l’est, et l’Asie est également déformée. Pour Chet Van Duzer, la grande île placée dans le Pacifique Sud, à peu près à l’endroit où se trouve l’Australie, est l’œuvre d’un coup de chance, car le continent ne devait être découvert qu’un siècle plus tard. Henricus Martellus a rempli le sud de l’océan Pacifique d’îles imaginaires. Comme bon nombre de ses collègues cartographes, il abhorrait vraisemblablement lui aussi les espaces vides.

Une autre bizarrerie de la géographie de Martellus nous permet d’établir un lien entre sa carte et le voyage de Christophe Colomb : l’orientation du Japon. À l’époque où cette carte a été établie, les Européens connaissaient l’existence du Japon mais ils ne savaient pas grand-chose de sa géographie. Les journaux de Marco Polo ne disaient rien de l’orientation de l’île, alors qu’ils constituaient à l’époque la meilleure source d’information sur l’Asie.

La carte de Henricus Martellus l’oriente selon l’axe nord-sud. C’est correct, mais pour Chet Van Duzer il faut à nouveau y voir l’œuvre de la chance, car aucune autre carte de l’époque n’oriente aussi clairement le Japon. Ferdinand, le fils de Christophe Colomb, a plus tard écrit que son père croyait que le Japon était orienté de cette façon. Cela tend à prouver que la carte de Martellus lui a servi de référence.

Quand Christophe Colomb a débarqué aux Antilles le 12 octobre 1492, il s’est mis à chercher le Japon, tout persuadé qu’il était encore d’avoir trouvé une route vers l’Asie. Chet Van Duzer affirme que Christophe Colomb était vraisemblablement convaincu que le Japon se trouvait tout près, car il avait parcouru à peu près la distance qui séparait l’Europe du Japon si on se réfère à la carte de Martellus. L’auteur affirme qu’il est raisonnable de supposer qu’en voguant le long des littoraux d’Amérique Centrale et du Sud lors de voyages ultérieurs, Christophe Colomb s’imaginait en fait longer les côtes asiatiques représentées sur la carte de Martellus.

.            La carte mesure environ un mètre sur 1,82 mètres. Une carte de cette dimension était forcément un objet de luxe. Elle a probablement été commandée par un noble, quoiqu’aucun blason ou dédicace n’indique de qui il a pu s’agir.

Les légendes de la carte décrivent pour la plupart les régions du monde et leurs habitants. « Ici, on trouve les Hippopodes : ils ont une forme humaine mais des pieds de cheval », indique une légende sur l’Asie centrale. Une décrit « des monstres semblables à des humains dont les oreilles sont si larges qu’elles peuvent recouvrir complètement leur corps ». On peut faire remonter l’origine de ces créatures fantastiques aux mythes de la Grèce antique.

Mais la révélation la plus étonnante se trouvait à l’intérieur des terres africaines. Henricus Martellus y a inclus de nombreux détails et noms d’endroits qui semblent lui avoir été communiqués au moment où une délégation éthiopienne s’est rendue à Florence en 1441. On ne connaît aucune carte européenne du 15e siècle qui soit si renseignée sur la géographie de l’Afrique et qui, en plus, doive ses informations à des Africains plutôt qu’à des explorateurs européens.

L’imagerie confirme aussi le fait que cette carte a largement inspiré deux objets cartographiques encore plus célèbres : le plus vieux globe terrestre qui nous soit parvenu, fabriqué par Martin Behaim en 1492, et le planisphère de Martin Waldseemuller, qui date de 1507 et qui est le premier à appeler « Amérique » les continents de l’hémisphère occidental.

En comparant les deux cartes, Chet Van Duzer s’est aperçu que Martin Waldseemuller avait librement copié les textes de Henricus Martellus. La pratique n’était pas rare à cette époque. D’ailleurs, les monstres marins qui apparaissent sur la carte de Martellus avaient eux-mêmes été copiés à partir d’une encyclopédie publiée en 1491 ; un constat qui a permis de dater la carte.

Malgré leurs similitudes, les cartes de Martellus et de Waldseemuller ont une différence notable. Martellus place l’Europe et l’Afrique quasiment sur le bord gauche de sa carte, avec pour tout horizon de l’eau. Alors que le planisphère de Waldseemuller s’étend bien plus à l’ouest et indique de nouvelles terres de l’autre côté de l’Atlantique. Seulement seize années se sont écoulées entre ces deux cartes, mais le monde avait changé pour toujours.

Pourquoi n’a-t-on jamais retrouvé les navires de Christophe Colomb ?

Geo - Kristin Romey - 12 août 2021

Cette gravure, dont la date est inconnue, représente les navires de la première flotte de Christophe Colomb : le vaisseau amiral Santa Maria, entouré du Niña et du Pinta. Seul le sort de Santa Maria nous est connu. Photographie de Photograph from Bettman, Corbis via Getty

.            Le Niña, le Pinta et le Santa Maria sont considérés comme le Saint-Graal de l'archéologie navale. Malgré des décennies de recherches acharnées, les vestiges de la première flotte historique de l'explorateur, ainsi que ceux de ses trois expéditions successives, demeurent introuvables, voire semblent toujours hors de portée.

.            Les eaux chaudes de la mer des Caraïbes sont un véritable paradis pour le taret commun, un mollusque à l'appétit vorace particulièrement friand de bois. Connu également sous le nom de taret naval ou de « termite des mers », cette créature est capable de dévorer une épave en bois en l'espace d'une décennie et constitue l'ennemie jurée des archéologues sous-marins travaillant dans la région. Tout navire en bois qui ne succombe pas aux méfaits des tarets navals devrait également survivre à cinq siècles de tempêtes tropicales et d'ouragans dans les eaux peu profondes. Les navires tombés dans les eaux froides, sombres et profondes ont bien plus de chances de rester intacts et de conserver leur valeur de "capsule témoin".

.            De même, des siècles de tempêtes tropicales, de modifications de l'usage des terres et de déforestation ont considérablement transformé les côtes autrefois abordées par Christophe Colomb. 

.            Par ailleurs, techniquement les vestiges sont difficiles à trouver. Le sonar latéral, outil principal des archéologues pour détecter des épaves dans les fonds marins ne pas détecter sous des mètres de sédiments. Le magnétomètre, autre outil essentiel, détecte les débris métalliques sous-marins. Mais rares étaient les navires de l'époque construits à partir de métaux. 

.            D'après le journal de bord de l'explorateur, le Santa Maria aurait sombré sur un récif au large de Cap-Haïtien, sur l'île d'Haïti, le 24 décembre 1492. Les marins n'ont d'autre choix que de s'en remettre aux débris de leur embarcation pour survivre. Sa coque aurait ainsi pu être démantelée et servir à bâtir le village fortifié de La Navidad, qui reste, lui aussi, encore à découvrir.

.            Le seul navire dont on est certain de la disparition est le Santa Maria, mais personne n'a pu déterminer avec exactitude ce qui est arrivé à Pinta et Niña après leur retour en Europe. Il est donc plus raisonnable de rechercher le Santa Maria. Une déclaration de 2014 affirmant la découverte du Santa Maria a été vivement démentie par l'UNESCO.