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Les Pacaniers du Centenaire

.            Le pacanier (carya illinoinensis), appelé « Noyer de Jefferson », connu pour son fruit, la noix de pécan, est surtout un symbole de l’amitié franco-américaine.

.            Le centenaire de la Première Guerre Mondiale et le 75ème anniversaire du débarquement de juin 1944 ont donné l’occasion d’un programme de plantations de cet arbre symbolique dans des lieux de mémoire de la participation de la France à la guerre d’indépendance américaine et de celle des Américains aux deux guerres mondiales.

Ces plantations sont un geste de reconnaissance au peuple américain, geste emblématique et diplomatique comme l’ont été précédemment la Statue de la liberté, offerte par la France pour célébrer le centenaire de la Déclaration d’Indépendance américaine, statue qui accueillait les émigrants dans le port de New York ; et aussi la statue équestre de La Fayette offerte par les écolières américaines, filles de la Révolution, Cours la Reine à Paris.

L’Amitié Franco-Américaine date du siècle des lumières et de la Guerre d’Indépendance Américaine dans laquelle La Fayette, parti en 1777 combattre au côté des insurgés américains, a entraîné les troupes françaises, sous le commandement du Maréchal de Rochambeau et de l’Amiral de Grasse. Elle constitue, depuis le siècle des lumières jusqu’à nos jours, un patrimoine immatériel commun aux deux Nations dont La Fayette et Thomas Jefferson peuvent être considérés comme les pères fondateurs.

Thomas Jefferson, alors Ambassadeur des Etats-Unis en France de 1785 à 1789, dans sa correspondance demandait à ses amis de lui envoyer, par lots de 100 à 300 dans des caisses de sable, des noix de pécan très fraîches « non pas pour manger, mais pour planter ». Ses échanges d’échantillons de la flore nord-américaine avec l’écrivain-naturaliste Buffon, de Malesherbes, magistrat et botaniste, et Madame de Noailles, belle-mère de La Fayette, sont connus.

La place qu’occupe le pacanier dans le patrimoine culturel américain permet de le considérer comme un emblème national, à l’égal du chêne chez nous. C’est aussi l’arbre emblématique de l’Etat du Texas.

.            Le programme vise à répartir les Pacaniers du Centenaire sur une quarantaine de sites liés, les uns à l’époque des lumières et la guerre d’indépendance américaine, les autres à la participation des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale, et tout particulièrement par les volontaires américains, venus à nos côtés au nom de cette longue amitié.

65 en France dont à Saint-Germain-en-Laye (78) (Duchesse de Noailles et Hennemont, plus en projet, place Michel Péricard), Buffon (21), Thoré-la Rochette (41) (Rochambeau), Sainte-Hermine (85) (Clémenceau), … 52 sont réalisés (2015-2019) et 13 sont en projet (2020-2022)

L’arbre

.            De la même famille que les noyers, son aire d’origine couvre le bassin du Mississipi, de la Louisiane et du Texas au sud, jusqu’à l’Illinois au nord. C’est un arbre exigeant ; il a besoin de sols profonds, de beaucoup d’eau en saison de végétation et de beaucoup de chaleur pour fructifier ; surtout, comme les noyers, ses racines ne supportent pas l’asphyxie.

Il y a au château Carbonnieux, sur la commune de Léognan en Gironde un pacanier de 4,50 mètres de circonférence et 30 mètres de hauteur, probablement le plus vieux de France, semé lors de la visite de Thomas Jefferson fin mai 1787.

.            Aux USA (principal pays producteur du monde), la première référence aux noix de pécan apparait dans les carnets de voyages d’explorateurs tels que Hernando De Soto et Gonzalo De Oviedo. Ils signalent la présence de ces arbres dans les régions bordant le Mississippi et le Texas. Ceux-ci ont été plantés et cultivés par les amérindiens et cette noix de pécan fût très populaire auprès des colons du 18è siècle. Thomas Jefferson et George Washington en étaient friands.

La culture des noix de pécan devient une culture majeure à Boone Hall dans les années 1870. En 1904, c’était même l’une des plus grandes plantations de pacaniers d’Amérique. La plantation Boone Hall est l'une des plus anciennes plantations en activité d'Amérique, cultivant depuis plus de 320 ans. La plantation de l'ère antebellum est située à Mount Pleasant, dans le comté de Charleston, en Caroline du Sud, aux États-Unis ; elle est inscrite au registre national des lieux historiques.

Le noyer de Jefferson au Château Carbonnieux

Professeur Bernard Dalisson, Bordeaux le 19 mars 2013

.            En 1787, Thomas Jefferson,  gastronome et grand amateur de vin, entreprit une grande tournée dans toute la France pour y découvrir ses vignobles. A Bordeaux il sélectionna quelques propriétés renommées et son carnet de voyage révèle qu’il se rendit en personne à Carbonnieux ( 33140 Villenave-d'Ornon) pour déguster ce « Vin des Odalisques », comme l’on disait en ce temps-là outre-Atlantique. Thomas Jefferson marqua également son passage en faisant planter un noyer d’Amérique (pacanier) dans le parc du château. Cet arbre debout depuis plus de 2 siècles trône encore aujourd’hui au-dessus de la cour intérieure. Il est considéré comme le plus vieux pacanier du sol français.

.            Au printemps 1787, Thomas Jefferson, alors Ambassadeur des Etats-Unis en France, futur président des Etats-Unis, fait un voyage de trois mois dans le sud et l’ouest de la France et en Italie du nord. Bordeaux où il séjourne du 24 au 28 mai 1787, est une étape particulièrement importante. Il visite les plus prestigieux Châteaux du Médoc et des Graves, parmi lesquels le Château Carbonnieux, alors propriété des moines Bénédictins de Sainte-Croix. Dans le parc du château, se trouve aujourd’hui un noyer de pécan, un pacanier de plus de 30 mètres de haut et 4,50 mètres de circonférence : un monument historique. On lui attribue un âge correspondant à la visite de Thomas Jefferson, 225 ans.
Cet arbre a toujours été connu des propriétaires du Château comme « Le noyer de Jefferson ». Même si ses dimensions attestent de son grand âge, le sujet méritait une recherche dans les papiers de Jefferson car les archives du Château ont disparu. A la Révolution Française, le domaine a été saisi comme bien national et revendu en 1791 ; il a ensuite connu plusieurs propriétaires.

.            A la demande de Jane Manaster, auteur d’une étude générale sur le pacanier, « Pecans », publiée en 1994 et réimprimée par Texas Tech University Press en 2008, Juliegh Muirhead Clark, bibliothécaire à la Colonial Williamsburg Foundation, a mené une recherche exhaustive sur toute la période du séjour de Thomas Jefferson en France, du printemps 1784 à l’automne 1789, pour tenter d’établir un lien avec le pacanier du Château Carbonnieux.
Le journal de voyage de Thomas Jefferson est exclusivement consacré à ses observations sur l’économie agricole et tout particulièrement la viticulture et le vin dont il était grand amateur.
En revanche, sa correspondance des années 1785 à 1787 contient des lettres adressées à plusieurs de ses amis, notamment à James Madison qui sera Président à sa suite en 1808, pour demander qu’on lui envoie des lots de 100 à 200 ou 300 noix de pécan « aussi fraiches que possible, dans des caisses avec du sable ».
Thomas Jefferson, disciple de la doctrine agrarienne, agronome lui-même, était en contact avec des botanistes dont l’histoire a gardé le nom, Buffon, Duhamel du Monceau et aussi Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, homme d’Etat qui apporta son soutien à la publication de l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert et mourut sur l’échafaud, prix de son courage dans la défense du roi Louis XVI. Il leur procurait des échantillons de la faune nord-américaine pour leurs collections et des graines, notamment chênes, érables et pacaniers. Dans une lettre de mai 1786, Monsieur de Malesherbes remercie Thomas Jefferson de la fourniture d’un lot de noix de pécan, précisant que le pacanier est à ses yeux « un des arbres d’Amérique qu’il est le plus intéressant de naturaliser en Europe qu’il faudra planter dans les provinces méridionales de France et en Italie parce que ceux déjà plantés quinze ans plus tôt chez lui (à Malesherbes, près de Paris) ont supporté sans dommages des hivers extrêmement rudes, mais n’ont pas encore fructifié ».
Il serait surprenant, qu’ayant demandé des envois de noix en 1786, il n’en n’ait pas emporté dans son voyage pour acclimater l’espèce dans les régions méridionales qu’il allait visiter ainsi que l’avait suggéré Monsieur de Malesherbes

.            L’arbre lui-même, le pacanier du Château Carbonnieux, dans son silence majestueux peut aussi témoigner de cette paternité par ses dimensions. La comparaison avec un autre pacanier situé au Jardin Public de Bordeaux , planté après 1856, montre un taux moyen de croissance annuelle sensiblement égal pour ces deux arbres, situés dans la même région et dans des conditions assez comparables. On a recensé en France 27 pacaniers situés dans de parcs et jardins publics. Ceux de Carbonnieux et de Bordeaux sont les plus anciens et les plus grands.
La concordance des dates, la correspondance, les dimensions de l’arbre, la comparaison avec celui du jardin public de Bordeaux, tout rattache le pacanier du Château Carbonnieux à la visite de Jefferson et montre que ce n’est pas sans raison qu’il est connu sous le nom de « noyer de Jefferson »; 

L’esclave pionnier des pacanes

Tiya Miles 

.            Les pacanes sont la noix de choix lorsqu'il s'agit de satisfaire les amateurs américains de sucreries, Thanksgiving et les fêtes de Noël étant les périodes les plus populaires pour les pacanes, lorsque les noix ornent la tarte qui porte son nom. Les gens du Sud revendiquent la pacane, le pain de maïs et les feuilles de chou vert pour identifier leur table régionale, et le Sud occupe une place importante dans notre imagination en tant que patrie de cette noix.

La présence de pralines aux noix de pécan dans toutes les boutiques de cadeaux du Sud, de la Caroline du Sud au Texas, et la vision de la noix comme aliment régional, masque un chapitre crucial de l'histoire des noix de pécan : c'est un esclave qui a rendu possible la large culture de cette noix.

.            Les pacaniers sont originaires de la région du sud-ouest moyen de la vallée du Mississippi et de la côte du golfe du Texas et du Mexique. Bien que les arbres puissent vivre cent ans ou plus, ils ne produisent pas de noix au cours des premières années de leur vie, et les types de noix qu'ils produisent varient énormément en taille, en forme, en saveur et en facilité de décortication. Les peuples autochtones ont travaillé autour de cette variété, récoltant les noix pendant des centaines et probablement des milliers d'années, campant près des bosquets en saison, faisant le commerce des noix dans un réseau qui s'étendait à travers le continent, et prêtant aux aliments le nom que nous avons appris à les connaître : paccan.

Une fois que les Blancs du Sud sont devenus fans de la noix, ils se sont mis à essayer d'uniformiser ses fruits en créant le parfait pacanier. Les planteurs ont essayé de cultiver des pacaniers dans un but commercial dès les années 1820, lorsqu'un célèbre planteur de Caroline du Sud, Abner Landrum, a publié des descriptions détaillées de sa tentative dans le périodique American Farmer. Au milieu des années 1840, un planteur de Louisiane a envoyé des boutures d'un pacanier très prisé à son voisin J.T. Roman, le propriétaire de Oak Alley Plantation. Roman a fait ce que beaucoup d'esclavagistes avaient l'habitude de faire à cette époque : il a confié ce travail « impossible » à un esclave aux grandes capacités, un homme dont on ne connaît que le nom, Antoine. Antoine a entrepris la délicate tâche de greffer les boutures de pacanes sur les branches de différentes espèces d'arbres sur le terrain de la plantation. De nombreux spécimens ont prospéré, et Antoine a façonné encore plus d'arbres, en sélectionnant des fruits à coque aux qualités favorables. C'est Antoine qui a créé avec succès ce qui allait devenir la première variété de pacanes commercialement viable du pays.

.            Des décennies plus tard, un nouveau propriétaire de Oak Alley, Hubert Bonzano, exposa les noix des arbres d'Antoine à l'Exposition universelle de Philadelphie, centenaire de 1876, comme une vitrine majeure de l'innovation américaine. Comme l'a noté l'horticulteur Lenny Wells, les noix exposées ont reçu une mention élogieuse du botaniste William H. Brewer de Yale, qui les a félicitées pour leur "taille remarquablement grande, leur coque tendre, leur excellence qualité". Labellisé "Centenaire", le cépage pécan d'Antoine a ensuite été utilisé pour la production commerciale (d'autres variétés sont depuis devenues la norme).

.            Antoine était-il conscient du triomphe de sa création ? Personne ne le sait. Comme l'écrit l'historien James McWilliams dans "The Pecan : A History of America's Nut" (2013) : « L'histoire ne laisse aucune trace de l'endroit où se trouvait l'ancien jardinier esclave - ou même s'il était vivant - lorsque les noix de l'arbre qu'il a greffé ont été saluées par les plus grands experts agricoles du pays. L'arbre n'a jamais porté le nom de l'homme qui l'avait fabriqué à la main et développé un verger à grande échelle sur la plantation Oak Alley avant de glisser dans l'ombre de l'histoire. »