Quand la France partait à la conquête de l'Amérique

Futura Sciences - Isabelle Bernier – 2018 / 2020

.            La mise en place des colonies ne fut pas facile pour les explorateurs français qui essuieront plusieurs fois de cuisants échecs.

En 2005 ont été mis à jour des vestiges de la colonie installée au Cap-Rouge (Canada) par Cartier et Roberval entre 1541 et 1543. Devant l'importance de la découverte, le gouvernement du Québec a lancé un vaste programme de fouilles archéologiques afin de reconstituer la première tentative de colonisation française dans la vallée du Saint-Laurent au XVIe siècle. Les archéologues ont trouvé des objets attestant d'échanges entre Français et Amérindiens et des outils utilisés dans la recherche de métaux précieux.

Cette tentative d'installation au Québec commanditée par François Ier se solde par un échec (car non soutenue en moyens humains et financiers) et le retour des colons en France.

Les explorateurs se tournent vers l'Amérique du Sud

.            Les explorations se tournent alors vers le Sud : des navires marchands français entretiennent un commerce régulier avec le Brésil, pour ramener le bois de teinture rouge « Brésil » très recherché par les métiers du textile. Les négociants normands s'imposent comme fournisseurs de ce rouge « Brésil », avec Rouen comme centre de redistribution vers Paris, Orléans et le nord de l'Europe.

En 1555, sous le règne d'Henri II, l'amiral de Coligny envoie Durand de Villegagnon vers le Brésil, pour y fonder la colonie de « France Antarctique » avec des colons catholiques et protestants. En novembre 1555, les Français débarquent dans la baie de Janeiro : les conditions étant favorables à une installation, Villegagnon décide la construction du fort Coligny. Cette colonie mixte d'un point de vue religieux retrouve sur place des motifs de discorde identiques à ceux qui agitent le royaume de France. En mars 1557, le réformateur Jean Calvin fait envoyer des renforts de Genève : devant le climat de tensions religieuses, Villegagnon va expulser les derniers arrivants protestants. En 1560, les Portugais détruisent le fort Coligny et en 1565, ils fondent Rio de Janeiro.

Carte de la France Antarctique, baie de Rio en 1555. © Wikimedia Commons, domaine public

La France en quête de colonies refuges

.            Les efforts de colonisation française se reportent alors sur la Floride : Coligny cherche à contrer l'implantation espagnole dans cette région et veut y offrir un refuge aux protestants français. En 1562, un voyage d'exploration est entrepris par le capitaine Jean Ribaut qui établit un fort sur un îlot appelé Charlesfort, en l'honneur du roi Charles IX. Le site est rasé par les Espagnols en 1563. L'année suivante est établi le fort Caroline avec plus de 600 colons, mais il est à nouveau détruit par les Espagnols en septembre 1565. La colonie française de Floride menaçait la route commerciale de l'empire hispanique d'Amérique vers l'Europe et qui plus est, elle était principalement constituée de colons protestants, situation intolérable pour le très catholique roi d'Espagne Philippe II. La répercussion du massacre est vive en Europe, chez les Anglais, les Hollandais et les protestants français, ce qui engendre une violente propagande anti-espagnole.

Exploration de la Floride par Ribaut et Laudonnière, 1564. Tableau de Le Moyne de Morgues. © Wikimedia Commons, domaine public

La fin de la Floride française signe l'abandon de colonies refuges pour les protestants, après l'assassinat de l'amiral de Coligny en août 1572 (Saint-Barthélemy).

En 1594, l'implantation de la « France équinoxiale » au Brésil, dans la baie de Maranhao, provoque de vives réactions au Portugal et en Espagne. Henri IV envoie une mission de secours avec 500 colons mais la tentative française accélère en fait le processus ibérique d'occupation de la côte entre Brésil et embouchure de l'Amazone.

La colonisation pour développer le commerce

.            L'idée d'empire colonial français prend véritablement forme avec Henri IV : pour qu'une politique de colonisation puisse être envisagée, il faut un pouvoir royal fort et une période de paix intérieure bien installée. Des enjeux commerciaux importants vont amener le roi à s'intéresser à nouveau à l'exploration canadienne.

En novembre 1603, Henri IV désigne le protestant Pierre Dugua de Mons comme lieutenant général des « terres et confins de l'Acadie, du Canada et autres lieux en Nouvelle France ». En contrepartie d'un monopole de dix ans sur le négoce des fourrures, Dugua de Mons s'engage à établir des colons et évangéliser les habitants.

En 1605 est fondé le site de Port-Royal en Acadie, sur l'actuelle presqu'île de Nouvelle-Écosse, considérée comme la première colonie permanente d'Amérique du Nord. Samuel de Champlain qui fait partie de l'expédition va laisser un précieux témoignage écrit de cette période fondatrice de l'Acadie.

En mai 1607, Dugua de Mons perd son monopole de négoce des fourrures, révoqué à l'instigation de concurrents malouins et basques qui ont réussi à convaincre Sully (conseiller d'Henri IV). En septembre 1607, tous les colons rentrent en France et laissent Port-Royal sous la garde des populations indiennes alliées, jusqu'à leur retour en 1610.

À l'été 1607, des colons anglais prennent possession des terres limitrophes, sur lettres patentes du roi Jacques Ier : ils empiètent ainsi sur le territoire qui a été attribué à Pierre Dugua de Mons. En 1613, Port-Royal est attaqué et c'est le début d'une longue suite de conflits sur les limites des territoires respectifs de la Nouvelle-France et de la Nouvelle-Angleterre. La France ne cherchera plus à s'installer sur le littoral atlantique, au sud de l'Acadie.

 

Carte des explorations françaises en Amérique du Nord entre le XVIe et XVIIIe siècle. © Musée canadien de l'histoire ; musée virtuel de la Nouvelle-France.

 Amérindiens et Français du Canada

.            Lorsque le roi Louis XIV revendique sa souveraineté sur le Canada, il reconnaît que les peuples autochtones forment des nations indépendantes régies par leurs propres lois et coutumes ; les Amérindiens sont qualifiés d'alliés et non de sujets. L'établissement en Amérique du Nord aurait été impossible sans les alliances que les Français ont réussies à conclure avec les nations amérindiennes présentes dans la vallée du Saint-Laurent.

Portraits d’Amérindiens « Peuples autochtones d’Amérique », vers 1885

.            Après Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain (fondateur de Québec en 1608) qui assurent une première alliance avec la tribu des Micmacs dès 1604, les explorateurs comprennent que des relations amicales avec les autochtones sont déterminantes s'ils veulent s'implanter durablement en Nouvelle France. Les principales contraintes qui pèsent sur les colons français sont une population et des troupes armées peu nombreuses. Les bons rapports avec les nations indiennes (Micmacs, Montagnais, Algonquins, Hurons, Abénaquis...) sont indispensables au commerce : sans leur accord, les explorateurs ne peuvent pas prospecter sur de nouveaux territoires. Les alliances vont donner accès à un vaste réseau de « traite » des fourrures qui s'étend jusqu'aux Grands Lacs (Ontario, Erié, Huron, Michigan, Supérieur).

Carte des Grands Lacs nord-américains, "Partie occidentale de la Nouvelle France ou du Canada", par Jacques Nicolas Bellin, Ingénieur du Roy et de la Marine, 1755 ; sont indiqués les différents pays des nations amérindiennes. © Wikimedia Commons, domaine public.

Fondé sur le système du troc, le commerce des fourrures apparaît dès les premiers voyages de Jacques Cartier en 1535. Français et Amérindiens s'échangent des produits manufacturés contre des peaux envoyées en France pour approvisionner l'industrie de la chapellerie. La fourrure va devenir la première ressource de Nouvelle-France, malgré les efforts entrepris par Colbert pour diversifier l'économie locale dans les années 1660.

Traite des fourrures et alliances

.            Les Français établissent une présence permanente dans la vallée du Saint-Laurent dès le début du XVIIe siècle et se lancent dans une véritable entreprise commerciale pour répondre à la demande européenne de fourrures. La traite devient le moteur économique de la Nouvelle-France : elle finance les explorations, le peuplement, l'évangélisation, tout en permettant aux autorités et aux investisseurs de faire fortune. Ne disposant pas de main-d'œuvre et de ressources suffisantes pour gérer seuls la traite des fourrures, les Français ont fait appel aux Amérindiens qui préparent les peaux et les transportent, servent de guides et d'intermédiaires. Les colons vont ainsi conclure des alliances avec les Montagnais, les Algonquins et les Hurons dès la première moitié du XVIIe siècle.

Portraits de trois chefs hurons en costume d'officiels, à Jeune Lorette (Québec), par Edward Chatfield vers 1825. © Wikimedia Commons, domaine public.

La traite dépend donc des partenaires autochtones : pour les Amérindiens, il ne peut y avoir d'échanges commerciaux sans alliances. Les rapports économiques ne sont pas les mêmes qu'en Europe : la réciprocité l'emporte sur l'économie de marché et l'échange de marchandises a une valeur symbolique et politique. Pour les nations indiennes, une alliance commerciale débouche inévitablement sur une alliance militaire. Celles qui sont alliées aux Français, leur demandent comme condition de l'échange, de les protéger ou de participer à leurs guerres. Ceci explique l'intervention des Français dans la guerre qui oppose Hurons et Iroquois en 1609, lorsque Champlain s'engage aux côtés des Hurons, premiers alliés économiques et militaires des Français, contre les Iroquois. A la fin du XVIIe siècle, la traite devient un élément central de la stratégie de la France en Amérique du Nord, face à l'expansion territoriale et commerciale des Britanniques. Elle est un moyen efficace de s'assurer l'allégeance des nations amérindiennes contre les Anglais.

Carte représentant l'occupation française de la Nouvelle France (en bleu) aux XVIIe et XVIIIe siècles ; occupation anglaise en rose. © Wikimedia Commons, domaine public.

Le problème iroquois

.            Après 1649, suite à leur défaite face aux Iroquois et à leur installation dans la région des Grands Lacs, les Hurons s'allient à une confédération de nations indiennes qui deviennent ainsi les alliés des Français. Cette ligue franco-amérindienne est unie par deux liens principaux : l'ennemi commun iroquois et la crainte de l'expansion anglaise. Les Iroquois représentent une véritable menace pour la Nouvelle-France car ils disposent d'un potentiel de 3.000 guerriers armés par les Anglais, ce que la colonie française ne peut se permettre. En 1665, Louis XIV envoie le régiment de Carignan-Salières pour les combattre. Les guerres franco-iroquoises connaissent leur paroxysme dans les années 1680 : les Iroquois se battent contre les Hurons et les colons français de la vallée du Saint-Laurent, afin de contrôler le commerce des fourrures en provenance du Canada et des colonies anglaises. Mais leur déclin démographique s'accentue au fil des conflits et des épidémies, et les Iroquois cessent d'être une menace en 1701, avec la signature de la « Grande Paix » de Montréal : trente-neuf nations indiennes signent le traité avec les Français.

Ratification de la "Grande Paix de Montréal" en 1701, signatures des chefs des nations indiennes et du gouverneur français. Archives nationales d'outre-mer (ANOM). © Wikimedia Commons, domaine public.

Dans cette entente qui met fin aux guerres entre Français, nations alliées et Iroquois, trois clauses sont particulièrement importantes : tous les prisonniers autochtones sont libérés et retournent dans leur nation ; les territoires de chasse sont mis en commun entre les peuples autochtones (cette clause a toujours valeur juridique) ; les nations amérindiennes demeurent neutres dans les conflits entre colonies françaises et britanniques.

L’effondrement démographique des nations indiennes

.            Conséquence inattendue de la traite des fourrures : le choc bactériologique ! N'ayant pas d'immunité contre des maladies endémiques en Europe depuis des siècles, les peuples autochtones sont ravagés par la rougeole, la variole, la grippe, le typhus... importés par les Français dans la vallée du Saint-Laurent. Les épidémies se répandent par les réseaux de la traite des fourrures jusqu'aux communautés vivant dans la région des Grands Lacs. Elles provoquent des ravages dans les sociétés amérindiennes, ciblant les personnes âgées et les enfants et créant ainsi des déséquilibres générationnels. Pendant les épidémies de variole de 1634 à 1640, les Hurons subissent une perte de la moitié de leur population. Entre 1600 et 1700, on estime que l'ensemble des Amérindiens (Canada et Etats-Unis actuels) voient leur population s'effondrer de 90 %, passant de sept millions à 700.000 autochtones en Amérique du Nord. Malgré cet effondrement démographique, les colons français vont demeurer minoritaires en Nouvelle-France, au milieu des nations indiennes.

Couple d'indiens algonquins, vers 1750. Archives de la ville de Montréal. © Centre d'Histoire de Montréal.

Métissages de population

.            Les relations entre Amérindiens et Français, faute d'Européennes en nombre suffisant, donnent naissance à une population métisse qui contribue à peupler la colonie française. Ces mariages généralement conclus sans le consentement de l'Eglise, remplissent une fonction stratégique dans la traite : c'est un mécanisme d'intégration qui transforme des étrangers en membres de la famille indienne, s'assurant ainsi l'accès aux fourrures et aux ressources vitales des territoires de chasse. Les femmes autochtones jouent un rôle central dans ce processus, servant d'intermédiaires entre leur conjoint français et leur famille d'origine. Elles enseignent à leur mari une langue, des coutumes et des normes de comportement, tout en proposant des compétences dans la négociation des fourrures. Le métissage est difficile à mesurer car les registres de baptême ne le précisent pas mais des estimations partielles donnent des taux de 40 à 80 % d'enfants métis. Devant le nombre important de mariages mixtes, les autorités religieuses vont exiger la conversion préalable des Amérindiennes. « Civiliser » les peuples autochtones devient l'un des objectifs de la colonisation française au Canada.

Village huron traditionnel, par Francis Back. Exposition "Dessiner l'Amérique française", musée Marguerite Bourgeoys, Montréal. © Francis Back. 

Qui sont les pionniers français du Canada ?

.            À partir de 1664, le Canada devient une colonie royale de peuplement. Louis XIV est hostile à toute émigration excepté vers la Nouvelle-France mais le développement de cette colonie n'attire pas les candidats à l'immigration : le climat est réputé hostile, les terres peu fertiles, la mortalité élevée et le pays manque de femmes.

L'État fait porter les efforts sur le peuplement : Colbert utilise comme première méthode l'immigration systématique de « filles à marier » ou « filles du roi », souvent orphelines, pauvres, âgées de 12 à 30 ans en majorité. Dotées par le roi, elles reçoivent également des primes de naissances et des concessions de terrains. Plus de sept cents jeunes femmes originaires de Paris (30 %), de Normandie, du Poitou, de Vendée... quittent la France pour le Canada entre 1663 et 1673.

Les engagés de la Nouvelle-France

.            La transformation d'une société de trappeurs en colonie agricole est le deuxième objectif de Colbert : le développement de l'agriculture est spectaculaire à partir des années 1660 ; les nouveaux arrivants qui s'engagent à demeurer au moins trois ans dans la colonie, se font attribuer une parcelle exploitable avec une prime à l'installation et des vivres pour un an. Ces engagés sont si possible agriculteurs mais aussi bûcherons, charpentiers... des artisans de toutes spécialités. Ils arrivent très majoritairement de la façade ouest de la France, de Normandie, du val de Loire et de Paris, et ont 25 ans d'âge moyen.

Détail d'une étude sur les habitants du Canada vers 1780. © Musée canadien de l'Histoire, musée virtuel de la Nouvelle-France.

Le rôle déterminant des militaires

.            Le nombre d'habitants reste néanmoins insuffisant pour maîtriser l'immense espace canadien. Un vaste réseau de forts militaires a été édifié d'abord vers l'ouest et les Grands Lacs (puis, plus tard, vers le sud et le Mississippi après l'exploration réalisée par Cavelier de la Salle en 1682). En 1665, Louis XIV envoie à Québec et Montréal 1.300 soldats du régiment Carignan-Salières pour combattre les Iroquois. La paix signée en mars 1667, le roi offre aux soldats de s'établir en Nouvelle-France en leur concédant des terres le long du Saint-Laurent. Environ 400 d'entre eux vont ainsi contribuer au peuplement de la colonie. La présence militaire est importante et confère aux officiers un rôle d'encadrement de la société : avec la sédentarisation des soldats apparaît l'« officier-seigneur » qui tient son titre exclusivement du roi. Le système seigneurial français est transplanté en Nouvelle-France : les colons dépendent donc d'un seigneur auquel ils doivent obéissance et taxes diverses. Une enquête de 1709 recense 90 seigneuries dans la vallée du Saint-Laurent, réparties de façon perpendiculaire au fleuve, contre la volonté de l'administration royale qui voudrait favoriser un habitat regroupé pour mieux se protéger des incursions iroquoises.

Couple de Canadiens, XVIIIe siècle ; lorsque le nom « Canadien » apparaît en 1535, c’est pour désigner les habitants autochtones de la vallée du Saint-Laurent. À la fin du XVIIe siècle, ce mot nomme les colons français de la région. © Archives de la Ville de Montréal (Fonds BM7), domaine public.

Une population jeune, dynamique et métissée

.            Les chiffres de la démographie canadienne sont connus en 1685, d'après une étude de Vauban. Ils s'avèrent très positifs grâce à une population jeune, une bonne adaptation au climat et une meilleure alimentation qu'en métropole. La population globale atteint 12.373 habitants dont 5.629 femmes à cette date ; en 1714, elle est de 19.315 habitants. Montréal et Québec sont les deux villes principales et concentrent 30 % de la population. Nulle part ailleurs qu'en Nouvelle-France, le chiffre de la population n'est aussi bien connu. Le Canada est désormais considéré comme une province française avec son gouverneur et ses intendants.

Couple d'indiens Hurons vers 1750. © Archives de la Ville de Montréal (Fonds BM7), domaine public.

Dans cette société à la française, les alliances avec les Amérindiens constituent un moyen de contenir la poussée des Anglais, vingt fois plus nombreux que les Français vers 1700. Le rapprochement entre colons et autochtones existe par le biais des mariages avec les Indiennes. Au début du XVIIe siècle, après la création de Québec, les mariages mixtes se heurtaient au refus de toute acculturation de la part des tribus locales et de l'Église très hostile au métissage. Après 1680, ces mariages vont permettre de compenser la faiblesse de la population féminine européenne, davantage en Louisiane qu'au Canada et ils vont sans doute inciter à la christianisation des Amérindiens.

Cavelier de La Salle en Louisiane ou le rêve d'une Amérique française

.            Après l'installation au Canada d'une colonie de peuplement par Samuel de Champlain, au début du XVIIe siècle, la France entreprend d'étendre sa souveraineté sur un immense territoire compris entre le golfe du Saint-Laurent et le golfe du Mexique. L'explorateur René-Robert Cavelier de La Salle va réaliser la première jonction entre les Grands Lacs américains et le Mississippi en 1682 ; en réunissant Nouvelle-France et Louisiane, il ouvre la voie au rêve d'une Amérique française.

Lorsque la Compagnie française des Indes occidentales est créée en 1664, l'administration royale de Louis XIV infléchit l'exploration américaine orientée d'est en ouest vers le Pacifique, pour privilégier une exploration au sud vers le Golfe du Mexique, pensant y trouver des conditions climatiques plus propices au développement de la Nouvelle-France. C'est l'œuvre de René-Robert Cavelier de La Salle (né à Rouen en 1643) : en 1678, Louis XIV l'autorise à « découvrir la partie ouest de l'Amérique du Nord comprise entre la Nouvelle-France, la Floride et le Mexique ». L'explorateur connaît déjà l'existence du Mississippi par les récits des Amérindiens et la découverte du fleuve effectuée en 1672 par le père jésuite Jacques Marquette.

La découverte de la Louisiane

.            En août 1679, Cavelier de La Salle appareille près des chutes du Niagara et devient le premier Européen à naviguer sur les Grands Lacs Erié, Huron et Michigan. Deux tentatives d'expéditions entrecoupées de conflits avec les Indiens sont nécessaires pour atteindre le Mississippi en février 1682. Le 9 avril, Cavelier de La Salle prend possession au nom du roi Louis XIV, de tout le territoire s'étendant des Grands Lacs jusqu'à l'embouchure du Mississippi et le nomme Louisiane. Cela signifie que l'ensemble des territoires entre golfe du Saint-Laurent et golfe du Mexique se trouve entre les mains des Français et contourne par l'ouest les colonies anglaises situées sur la côte atlantique.

Certains historiens ont qualifié cette ruée vers le sud d'acte « impérialiste », c'est-à-dire d'acte d'encerclement et de blocage des colonies britanniques. Vu la méconnaissance du territoire et l'imprécision des cartes géographiques de la période 1680-1685, cela paraît peu probable.

Tableau L'expédition de La Salle en Louisiane en 1684, peint en 1844 par Théodore Gudin, peintre officiel de la Marine. Navires de Cavelier de La Salle dans le golfe du Mexique. © Wikimedia Commons, domaine public.

Cavelier de La Salle revient en Amérique à l'automne 1684, avec le titre de gouverneur de la Louisiane, à la tête d'une expédition composée de quatre navires et près de trois cents personnes. L'explorateur ne retrouve pas l'embouchure du Mississippi et l'endroit où il avait posé une plaque et une croix en avril 1682 (la navigation de l'époque ne permet pas de déterminer la longitude avec précision). Cette expédition est un échec retentissant : entre échouage des navires, hostilité des Amérindiens et mutineries des rescapés, Cavelier de La Salle est assassiné le 19 mars 1687 près de Navatosa (Texas).

Une colonie en devenir

.            Le peuplement de la Louisiane est particulièrement difficile à réaliser : le roi n'hésite pas à recourir aux déportations de vagabonds, prisonniers, prostituées... contrairement à ce qui se pratique au Canada. La Louisiane reste une colonie délaissée jusqu'à la fin des guerres de Louis XIV en Europe. L'État n'a pas les moyens financiers de l'entretenir et les nouveaux colons sont incapables de se nourrir sans l'approvisionnement fourni par les Amérindiens. En 1718, le gouvernement français, c'est-à-dire le régent Philippe d'Orléans, autorise la fondation de la Nouvelle-Orléans. Cette région prend de l'importance avec le Système de John Law et la création de sa compagnie de commerce d'Occident : c'est le début de la l'implantation esclavagiste en Louisiane, sur le modèle des Antilles.

Carte représentant l'occupation française de la Nouvelle France (en bleu) aux XVIIe et XVIIIe siècles ; occupation anglaise en rose. © Wikimedia Commons, domaine public.

.            Note : 80 % des Indiens ont disparu dans la vallée du Mississippi entre la conquête par Cavelier de La Salle en 1682 et la colonisation effective après 1715. Malgré cet effondrement démographique dramatique, les Français vont demeurer minoritaires en Nouvelle-France et en Louisiane par rapport aux nations amérindiennes.