L'Ouest américain : inspiration de Lucky Luke

Geo (n°41, octobre - novembre 2018) - Photos : The N-Y Historical Society/Getty Images & Library of Congress

Le Grand Canyon

La plupart des Américains découvrirent les paysages du Grand Canyon (Arizona) à travers les photographies de William Henry Jackson (1834-1902). Au XIXe siècle, la région restait largement inexplorée.

La ville

Des bâtisses construites en quelques jours, un saloon, trois ou quatre magasins… Cette ville des Grandes Plaines ressemble à des milliers d’autres, toutes apparues après l’Homestead Act voté en 1862, qui facilita l’octroi de titres de propriété aux fermiers et contribua à relancer la conquête de l’Ouest. A l’annonce d’un tracé de chemin de fer et de l’attribution de titres, des spéculateurs fonciers édifiaient à la hâte ces «villes du bétail» (cattle towns) afin d’y proposer tous les services nécessaires aux éleveurs. Il faudra souvent attendre le tournant du siècle pour que la loi et l’ordre y soient respectés.

Le rodéo

Sous l’oeil des amateurs, ce cow-boy tente de maîtriser un bronco, «un cheval indompté », lors d’un spectacle de rodéo (vers 1910). Ces manifestations n’ont pas toujours attiré les foules. Au début du XIXe siècle, il s’agissait avant tout de compétitions informelles dans les ranchs de l’ouest des Etats-Unis et du nord du Mexique, pour tester les aptitudes et l’agilité des cow-boys et vaqueros. Il faudra attendre 1872 pour que la première compétition officielle soit organisée à Cheyenne, dans le Wyoming.

 Le ranch

Le long de la Cimarron River (Colorado), en 1898, des centaines de bovins, surveillés par des cow-boys, paissaient près d’un ranch. Les bisons sauvages n'étaient plus, alors, qu’un lointain souvenir. Ce sont les Espagnols qui, au XVIIe siècle, ont introduit en Amérique du Nord l’élevage en ranch des vaches Longhorn (reconnaissables à leurs longues cornes), progressivement remplacées au XIXe siècle par les races Angus et Hereford. Ce commerce était particulièrement florissant : John W. Iliff (1831-1878), surnommé «le roi du bétail des plaines», fit fortune en créant le plus grand ranch du Colorado, qui comprenait plus de 35 000 bovins.

Les barbelés

Des hommes cisaillent des barbelés près d’une ferme du Nebraska lors de la range war (la «guerre des frontières»), en 1884. Huit ans plus tôt, l’entrepreneur John Warne Gates avait en effet bouleversé le monde de l’élevage en démontrant comment le bétail pouvait être retenu par ce nouveau type de clôture infranchissable. Bientôt, les fermiers délimitèrent leur territoire en installant du fil barbelé, déclenchant la fureur des propriétaires de ranchs qui, jusqu’ici, laissaient paître leurs vaches en liberté. Durant dix ans, vendettas et représailles firent des centaines de morts. L’Etat fédéral dut intervenir en mettant en place un système d’amendes et de peines pour les coupeurs de fils.

Le saloon

Ce saloon, photographié en 1895, a l’air aussi rudimentaire que ses clients semblent patibulaires. L’évocation de ces établissements, où l’on sert bière et whisky, est indissociable de la mythologie de l’Ouest sauvage, même si le western et la BD ont souvent pris quelques libertés avec la réalité : ces baraques sommaires disposaient très rarement d’une porte à double battant car elle n’offrait aucune protection. On estime que le premier saloon ouvrit ses portes en 1822 à la frontière du Wyoming et de l’Utah, afin d’accueillir les trappeurs durant les grandes années du commerce de fourrure.

La caravane

A bord de leurs chariots à bâche, les pionniers prennent la route de l’Ouest pour y fonder une nouvelle colonie, à la fin du XIXe siècle. Afin de pouvoir s’assister mutuellement en cas d’attaque de hors-la-loi ou d’Indiens, les trajets s’effectuaient en «caravane » (wagon trail), au départ d’Independence (Missouri), porte d’entrée vers l’Ouest sauvage. A leur tête : un wagon master chargé d’assurer l’organisation et la sécurité. A raison de 16 kilomètres en moyenne par jour, le voyage à travers les Etats-Unis était long et pénible : pour atteindre la Californie ou l’Oregon, il fallait compter cinq, voire six mois.

Le cow-boy solitaire

«I’m a poor lonesome cowboy. I’ve a long long way from home…» Héritier du vaquero mexicain, le cow-boy était chargé de conduire le bétail dans le sud des Grandes Plaines lors des transhumances. Vers 1880, on en comptait seulement 40 000 sur une population de 60 millions d’Américains. Ils perdirent leur raison d’être lors du développement du chemin de fer à la fin du XIXe siècle, mais le mythe de l’homme courageux, incarnation des valeurs américaines et de l’aventure, demeure.

 Billy the kid : l’enfant terrible, spécialiste de l’évasion

William Henry McCarthy – son vrai nom – est probablement né en novembre 1859 à New York. Mais c’est au Nouveau-Mexique qu’il sème la terreur. Après plusieurs larcins, celui que les autorités appellent le Kid, à cause de son jeune âge, est envoyé en prison. Après s’être évadé, il intègre, en 1878, une bande baptisée les « Régulateurs » où le frêle filou devient un criminel, impliqué dans bon nombre de fusillades. Arrêté par le shérif du comté de Lincoln, Pat Garrett, en décembre 1880, il est condamné à la pendaison. Mais il abat ses deux geôliers et se lance dans une cavale. Sa tête mise à prix, Billy the Kid est tué en juillet 1881 par Pat Garrett. « Le gamin a été enterré dans une chemise blanche trop grande pour lui », a écrit le shérif dans son livre The Authentic Life of Billy The Kid (1882).

Calamity Jane : une femme rebelle éprise d’indépendance

Prison, duels, prostitution, alcoolisme, misère… La vie de Martha Canary, née entre 1850 et 1856, n’a rien d’une légende avant qu’elle n’intègre, travestie en homme, les troupes du lieutenant-colonel Custer (1839-1876) en qualité d’éclaireur pendant la guerre des Collines noires (1874-1877) contre les Sioux. Les militaires la surnomment Calamity Jane suite à ses exploits réalisés lors d’embuscades. Installée à Deadwood, dans le Dakota du Sud, elle participe régulièrement à des fusillades et perd son ami Wild Bill Hickok, abattu dans un saloon. Devenue mère de famille, elle endosse à nouveau, dès 1884, son costume de l’Ouest pour des spectacles à travers le pays. Rongée par l’alcool, elle meurt dans l’oubli le 1er août 1903.

Jesse James : un hors-la-loi craint par la police, admiré par le peuple

A cause de la guerre civile, ce second fils de pasteur, né en 1847, voit sa famille se faire expulser du Missouri. Ils s’installeront dans une ferme du Nebraska. Endettés, le jeune Jesse et son frère aîné Frank attaquent des banques à partir de 1966. Pendant dix ans, la fratrie collectionne les braquages, abondamment relatés dans la presse qui voit en eux « des victimes de la guerre ». Après le fiasco d’un hold-up dans une banque de Northfield, dans le Minnesota, en septembre 1876, Jesse James, dont la tête est mise à prix, s’installe dans le Missouri sous un nom d’emprunt. Robert Ford, ancien membre de sa bande, lui tire une balle dans le dos le matin du 3 avril 1882. Une trahison qui provoquera l’indignation d’une partie de l’opinion publique.

Belle Starr : la veuve protectrice des bandits en cavale

Mariée à un fermier du Missouri proche de célèbres malfrats (dont les frères James et Younger), Myra Maybelle Shirley, plus connue sous le nom de Belle Starr (1848- 1889), a rapidement été influencée par ce milieu sans foi ni loi. Constamment en cavale avec son compagnon, la brunette se retrouve veuve en 1874 puis rejoint Fort Smith, dans l’Arkansas, où elle épouse un voleur de bétail, Samuel Starr. En sa compagnie, elle héberge des hors-la-loi chez elle, organise des braquages, et fait libérer ses complices grâce à l’argent volé. Faute de preuves, et en corrompant les juges, elle n’est jamais inquiétée par la justice. Belle Starr est abattue de sang-froid sur la route de son ranch par un individu dont l’identité n’a pu être découverte.

Wyatt Earp : la meilleure gâchette du pays

Cet ancien chasseur de bisons (1848- 1929) est vite attiré par la profession de marshal, officier de police itinérant. En 1880, il s’installe – avec ses frères Virgil et Morgan – dans la ville minière de Tombstone, en Arizona, où les tensions sont fréquentes. En octobre 1881, après avoir réglé leur compte à deux clans d’éleveurs de bétail qui s’opposaient à lui, tout près d’une écurie appelée O.K. Corral, sa notoriété de fin tireur le précède dans le Colorado et l’Idaho. Deux Etats que le justicier traverse avec Doc Holliday (1851-1887), un autre as de la gâchette, pour faire respecter la loi. Amoureux d’une actrice à Hollywood, il meurt à Los Angeles.

Allan Pinkerton : le premier des détectives de l’Amérique

Ce fils d’ouvrier écossais, né en 1819, quitte Glasgow à l’âge de 23 ans pour les Etats- Unis. Tonnelier à Dundee, près de Chicago, il démontre aux autorités locales qu’un réseau de fausses factures sur le commerce du bois gangrène la région. Impressionné, le shérif du comté lui offre un poste d’adjoint. Par la suite, il démissionne pour fonder, en 1850, sa première agence de détective : Pinkerton National Detective Agency. Attaques de diligences postales, braquages de banques… Cet homme obstiné traque sans répit les malfaiteurs et fait échouer un complot visant à assassiner le président Abraham Lincoln en 1861. En récompense, ce dernier lui confie des missions d’espionnage dans le Sud et au sein même des unionistes durant la guerre de Sécession. Pinkerton meurt de la gangrène, le 1er juillet 1884, alors que son agence s’étend aux quatre coins du pays.

Cole Younger : l’impitoyable truand terrorisait tout le Missouri

Né en 1844, ce jeune fermier assiste au meurtre de son père par des francs-tireurs nordistes au début de la guerre de Sécession. Pour se venger, lui et ses deux frères rejoignent un groupe de tueurs au service des Sudistes : les Bushwhackers. Au cours de cette période, les Younger s’allient aux frères Frank et Jesse James, bandits de renom. De 1866 à 1876, le gang multiplie les attaques sanglantes de banques, trains et diligences dans le Missouri. Cole, le plus téméraire d’entre eux, est capturé dans le Minnesota par des chasseurs de primes qui le blessent de onze balles ! A sa sortie de prison, en 1901, il parcourt l’Ouest dans un show itinérant, The Cole Younger and Frank James Wild West Company. Devenu ensuite prédicateur, il meurt le 21 mars 1916.

Black Bart : gentleman braqueur et… poète à ses heures

Au début des années 1850, l’Anglais Charles Bolles (1829-1888 ?) prend part à la ruée vers l’or en Californie, puis s’engage en 1862 comme soldat unioniste dans la guerre de Sécession avant de tenter l’aventure dans les mines de l’Idaho et du Montana. En procès avec sa banque, Wells Fargo & Co, ce père de famille détrousse, entre 1875 et 1883, 27 diligences de la compagnie pour se dédommager. Armé d’un fusil, il se couvre d’un sac en toile et porte une cagoule blanche. Surtout, il laisse des poèmes signés Black Bart (Baron noir) sur les lieux de ses forfaits. Trahi par la présence d’un mouchoir oublié dans une diligence qui portait le nom de sa blanchisserie, Bolles est condamné à six ans de prison. Relâché au bout de quatre années, le bandit poète n’a plus jamais donné signe de vie.

Edwin Drake : cet aventurier inventa une technique de forage

 

Rien ne destinait ce fils de fermier (1819- 1880) à se faire un nom dans le pétrole. A 20 ans, il quitte l’Etat de New York pour l’Ouest et cumule les métiers : bûcheron, garçon d’hôtel, vendeur, conducteur de chemins de fer... En 1857, cet homme éloquent s’associe avec la Rock Oil Company pour ouvrir une exploitation pétrolière à Titusville, en Floride. Persuadé qu’il faut percer la roche, l’entrepreneur installe un derrick équipé d’un foret qui fait jaillir le précieux liquide à l’été 1859. Rapidement, celui que l’on nomme le colonel Drake défend, armes à la main, son « butin » contre les bandits. Ayant omis de breveter sa technique de forage, l’homme à la redingote découvre, impuissant, la prolifération de derricks sur Titusville et meurt ruiné.

Roy Bean : ce barman rendait la justice dans son saloon

Cet homme bourru, né en 1825 dans le Kentucky, a quitté la maison familiale à l’âge de 15 ans. Barman dans des établissements peu fréquentables, il multiplie les méfaits (duels, contrebande d’armes et d’alcool pendant la guerre de Sécession…), avant d’ouvrir son saloon à Eagle’s Nest, au Texas, situé sur le tracé de la ligne du chemin de fer San Antonio-El Paso. Un chantier qui attire les mauvais sujets de la région… A chaque bagarre, l’impressionnant Roy Bean rétablit l’ordre. Pendant vingt ans, les Texas Rangers amènent leurs prisonniers devant celui qui s’est autoproclamé magistrat pour représenter « la loi à l’ouest de la rivière Pecos », comme l’indique le panneau à l’entrée du bar. Le « juge » décède dans son « tribunal », le 16 mars 1903.