Les Hellfighters de Harlem ont bravement participé à la Première Guerre mondiale des États-Unis.

smithsonian.com - Erick Trickey - 14 mai 2018

.            Leur courage a fait la une des journaux à travers le pays, saluant le régiment afro-américain comme des héros alors même qu'ils faisaient face à la discrimination au pays.

 

Membres du 369e Régiment d’Infanterie (afro-américaine) - National Archives Catalog.

.            Le soldat de deuxième classe Henry Johnson d'Albany ('État de New York), 25 ans, fils de cultivateurs de tabac de Caroline du Nord, travaillait comme porteur de bagages dans une compagnie de chemin de fer.

.            Pendant la Grande Guerre, sous commandement français, il servait en première ligne, à environ 180 km à l'est de Paris, tôt ce matin du 15 mai 1918. Il tenait fermement son fusil français Lebel et regardait dans l'obscurité du no man's land à l'écoute de l’avant-garde allemande. Au-delà du talus, il pouvait distinguer des formes et des ombres sous la lune décroissante

.            Il entendit un bruit et se tournant vers son partenaire Needham Roberts, dans leur minuscule poste d'observation, il fit un geste en direction du bruit. Ils l'entendirent de nouveau : le sectionnement d'un fil de fer barbelé.

Johnson tira une fusée éclairante dans le ciel, puis se camoufla alors que les grenades allemandes volaient vers lui. Les grenades explosèrent derrière lui quand la douleur frappa sa jambe gauche et son côté. Roberts, saignant de la tête, jeta ses grenades par-dessus le talus.

Les forces allemandes se précipitèrent dans l'abri des Américains. Johnson tira une balle dans la poitrine d'un Allemand, à bout portant, puis en frappa un autre avec son fusil. Deux soldats ennemis tentèrent de trainer Roberts plus loin, jusqu'à ce que Johnson enfonce son couteau de neuf pouces dans le crâne de l’un d’eux. Un autre Allemand tira sur Johnson à l'épaule et à la cuisse ; Johnson s'est jeté sur lui avec son couteau et l'a coupé. Les soldats ennemis se sont enfuis ; Johnson a jeté des grenades sur les fuyards.

.            Examinant le carnage le lendemain, un capitaine de l'armée américaine a estimé que Johnson avait tué quatre soldats allemands sur au moins 24. Quelques jours plus tard, Johnson et Roberts devinrent les premiers Américains à recevoir la Croix de Guerre française,  la première des nombreuses distinctions décernées au 369e Régiment d'infanterie, plus connu sous le nom de Harlem Hellfighters.

.            Les Hellfighters, le régiment afro-américain le plus célèbre de la Première Guerre mondiale, durent affronter le racisme alors même qu'ils s'entraînaient pour la guerre, qu’ils contribuaient à introduire le jazz en France, ou qu’ils combattaient l'Allemagne pendant plus longtemps que pratiquement tous les autres soldats américains (l'origine de leur surnom « doughboys » est incertaine : il a peut-être été inventé par les soldats ennemis, la presse américaine ou les deux). Comme leurs prédécesseurs dans la guerre civile et leurs successeurs dans les guerres qui ont suivi, ces troupes afro-américaines ont mené une guerre pour un pays qui leur refusait des droits fondamentaux - et leur bravoure fut un affront au racisme, une revendication morale d'une citoyenneté de premier rang.

Il s'agissait pour la plupart de New-Yorkais, les premières troupes noires de la Garde nationale de leur État. Après des années de lobbying de la part des dirigeants civiques de Harlem, le célèbre quartier noir de Manhattan, le gouverneur Charles Whitman forma finalement une unité entièrement noire, d'abord connue sous le nom de 15th New York National Guard Regiment, en 1916, alors que les États-Unis se préparaient à entrer éventuellement dans la Première Guerre mondiale.

La majorité des recrues venaient en fait de Harlem, où vivaient 50 000 des 60 000 Afro-Américains de Manhattan dans les années 1910. D'autres venaient de Brooklyn, de villes en amont du fleuve Hudson, du New Jersey, du Connecticut et de Pennsylvanie. Certains étaient adolescents, d'autres dans la quarantaine. Ils étaient porteurs, portiers, ou garçons d'ascenseurs, ou encore gardiens de nuit ou facteurs, voire enseignants. Leurs motivations étaient l'aventure, le patriotisme et la fierté. « Pour être quelqu'un, il fallait appartenir à la 15e Infanterie. », écrit Arthur P. Davis, de Harlem.

.            Whitman avait nommé son ancien directeur de campagne, William Hayward, un avocat blanc ancien colonel de la Garde nationale du Nebraska, comme commandant. Hayward engagea, pour plaire au gouverneur, un groupe d'officiers blancs et noirs, pour renforcer l’encadrement du régiment à Harlem. Hayward demanda aux candidats officiers blancs de "considérer les hommes en fonction de leur grade de soldats" et les avertit que s'ils "avaient l'intention d'adopter une attitude plus biaisée et sélective, ils feraient mieux de se retirer". Durant les années suivantes, il plaidera à maintes reprises en faveur d'un traitement équitable pour son régiment au sein de l'armée.

Hayward a également recruté le chef d'orchestre afro-américain James Reese Europe pour former une fanfare de première classe pour les défilés, le recrutement et les collectes de fonds. Europe, violoniste de formation classique et interprète de ragtime, a été enrôlé comme lieutenant et a convaincu les meilleurs musiciens de Harlem de rejoindre la fanfare.

.            Même avant le combat, le régiment eut à faire face à des défis injustes de la part de ses compatriotes américains. En octobre 1917, six mois après l'entrée officielle des États-Unis dans la guerre, ils s'entraînèrent au combat à Jim Crow-ruled Spartanburg, en Caroline du Sud. Là-bas, le régiment dût subir une discipline militaire inhabituelle : Hayward leur demanda de répondre aux insultes et menaces racistes avec "courage et sans riposte", mais de signaler tout incident aux autorités militaires.

"Il y a eu toutes sortes d'insultes lancées à notre corps même durant son service en ville", écrit le musicien Noble Sissle dans ses mémoires. "Nos garçons avaient des pilules amères à avaler." Sissle lui-même a reçu un coup de pied et a été recu des insultes raciales du propriétaire d'un hôtel lorsqu'il s'est arrêté pour aller chercher des journaux. Une centaine de soldats noirs et blancs se sont rassemblés à l'entrée de l'hôtel, " déterminés à demander réparation", écrit Sissle, mais l'intervention calme du lieutenant Europe a désamorcé l'affrontement jusqu'à ce que la police militaire arrive. "Il a vraiment montré son courage et sa capacité à gérer les hommes dans cet épisode très désagréable ", se souvient Sissle.

« Le résultat direct de ces affrontements répétés (pas de leur fait), écrit Peter N. Nelson dans A More Unbending Battle, a history of the Hellfighters, c'est qu'un lien s'est tissé entre les hommes du 15e, un esprit de combat qu'ils espéraient bien mettre à profit quand ils arriveraient en France. »

.            Les 2 000 soldats sont arrivés à Brest, en France, le premier jour de 1918. Sur les docks, ils ont surpris les soldats et les civils français avec une interprétation jazz de "La Marseillaise".

"Alors que le groupe eut joué huit ou dix mesures, les regards des Français se sont croisés, les visages étonnés, impressionnés, attentifs, et ils furent salués par tous les soldats et marins français présents", écrit Sissle dans ses mémoires. Bien que certains parisiens aient déjà entendu du jazz américain, les rythmes syncopés étaient probablement nouveaux à Brest, une ville portuaire en Bretagne.

Rebaptisé le 369e Régiment d'infanterie des États-Unis, ils ont été affectés aux services d'approvisionnement de l'armée américaine, au déchargement des navires et au nettoyage des latrines, missions typiques des soldats afro-américains de l'époque. Mais le général John Pershing, commandant du Corps expéditionnaire américain en Europe, proposa bientôt le 369e à l'armée française, pour résoudre un problème politique. Les Français et les Britanniques exigeaient des renforts américains pour leurs divisions très affaiblies. Pershing, sous les ordres du président Woodrow Wilson, avait insisté pour former une force américaine indépendante en France, dans le but de préserver le moral des troupes et la responsabilité des pertes américaines et pour renforcer l'influence de Wilson dans d'éventuelles négociations de paix.

Henri Johnson (gauche) et Neadham Roberts (droite), Membres du 369e Régiment d’Infanterie - National Archives Catalog.

Des recrues afro-américaines, non identifiées, du 15° Régiment de la Garde Nationale new yorkaise au camp de Upton (Library of Congress)

Pourtant, le 10 mars, Pershing fit une exception avec les soldats noirs de la 369e, en les affectant aux Français. (La position de Pershing vis-à-vis des troupes noires était compliquée ; il avait servi, en 1895, dans la 10e Cavalerie, entièrement noire ; d'où son surnom de "Black Jack". Pourtant, il écrira en 1931 dans ses mémoires que les soldats noirs avaient besoin de plus de formation en raison "de capacités réduites et d'une éducation insuffisante"). Hayward, qui avait fait pression sur Pershing pour qu'il laisse ses troupes se battre, a relevé l'ironie de la décision du général dans une lettre. "Un conte de fées s'est matérialisé", écrit Hayward. "Nous sommes maintenant une unité de combat.... Notre grand général américain a simplement mis l'orphelin noir dans un panier, l'a mis à la porte des Français, a tiré la cloche et est parti."

.           Après trois semaines d'entraînement par les troupes françaises, le 369e est allé au combat dans les tranchées le 15 avril 1918,  plus d'un mois avant la première grande bataille du Corps expéditionnaire américain. Pendant trois mois, alors que l'offensive allemande de printemps faisait rage à des dizaines de kilomètres au nord-ouest, la 369e a servi en première ligne et a subi des escarmouches occasionnelles, dont la bataille de Johnson et Roberts contre le groupe d’attaque allemand.

Les reportages des journalistes américains sur leur héroïsme sont parvenus au pays en quelques jours. "Deux soldats Nègres de New York contrecarrent l'assaut allemand", faisait le titre principal du New York World's du 20 mai 1918. "Pershing fait l’éloge des braves Nègres", rapporte un titre du New York Sun le lendemain. De telles histoires ont fait de Johnson et Roberts deux des soldats américains les plus connus de la Première Guerre mondiale, à une époque où la plupart des troupes américaines n'étaient pas arrivées en France ou s'entraînaient encore loin des lignes de front.

.            Sur le front, le 15 juillet, la 369e subit de lourds bombardements alors que l'Allemagne lance la seconde bataille de la Marne, sa dernière offensive de la guerre. Les Hellfighters participèrent à la contre-attaque française, perdant 14 soldats du régiment et ramenant 51 autres blessés.

Pour les Hellfighters, comme pour les millions de soldats de la guerre, le combat en première ligne était un cauchemar avec les bombardements, la peur d'attaques à l'arme chimique et la terreur de franchir les talus pour charger hors des tranchées sous le feu ennemi. "Pendant deux nuits, ils ont procédé à des tirs d'obus, les gaz étaient épais et la forêt semblait prête à abandonner tous ses arbres à chaque obus qui s'écrasait", écrit Horace Pippin, un soldat de Goshen (New York) qui est ensuite devenu un peintre de renom. "Nous savions à peine quoi faire car nous ne pouvions pas combattre les obus, mais nous pouvions combattre les Allemands. Nous préférions affronter les Allemands plutôt que d'avoir leurs obus."

.            Dans le cadre de l'offensive Meuse-Argonne, au cours de laquelle plus d'un million de soldats américains et français ont attaqué les lignes allemandes, le 369e a subi les pires pertes d'un régiment américain pendant la guerre, avec 144 morts et presque 1.000 blessés. "Ce que j’ai fait cet après-midi ? écrit le capitaine Arthur Little dans ses mémoires, De Harlem au Rhin. "Perdu la moitié de mon bataillon et conduit des centaines d’innocents à la mort."

.            Le lieutenant Europe, gazé au front, a écrit sa chanson la plus connue, "On Patrol in No Man's Land" (En patrouille, dans le no man’s land), depuis un hôpital. Enrôlé non préparé au combat, mais apte au service, Europe a conduit la fanfare de la 369e à Paris, et à la demande du quartier général de l'AEF, le corps expéditionnaire américain, l'orchestre a passé huit semaines dans la ville, jouant pour les troupes et les dignitaires. Lors d'un concert avec des groupes britanniques, italiens et français au Jardin des Tuileries à Paris, le groupe d’Europe a joué "Memphis Blues" et "St. Louis Blues" de W.C. Handy devant une foule énorme, abasourdie par les rythmes du jazz. "Partout où nous avons donné un concert, ce fut une émeute", a déclaré Europe à un journaliste du New York Tribune. "On a joué aux Tuileries devant 50 000 personnes, au moins, et si on l'avait souhaité, on jouerait peut-être encore !"

.            Selon l'histoire du régiment, les troupes ont passé 191 jours sur le front, plus que tout autre Américain. Le 17 février 1919, une foule immense remplit la Cinquième Avenue pour un défilé de la victoire honorant les Hellfighters. Le groupe démarra la procession avec une chanson de marche française, rapporte le New York World, jouée par une « fanfare de clairons, de saxophones et des basses qui lui donnent une touche nouvelle et plus piquante. » Les soldats ont marché en formation à la française, 16 de front. Johnson, devenu l'un des soldats américains les plus célèbres de la guerre, est monté dans une décapotable, tenant un bouquet de lys rouges et blancs et s'inclinant devant la foule.

.            L'histoire de la bravoure des Hellfighters au cours de cette guerre a a connu une suite mitigée lorsque les anciens combattants sont retournés dans la société américaine. Europe a lancé son Hellfighter Band dans une tournée dans le Nord-Est et le Midwest, mais deux mois plus tard, à l’issue d’un concert à Boston, il a été poignardé à mort par le batteur dérangé de l'orchestre. Noble Sissle perpétue l'héritage du groupe en tant qu'auteur-compositeur et chanteur ; sa comédie musicale Shuffle Along de 1921, co-écrite avec Eubie Blake, devint l'une des œuvres majeures de la renaissance de Harlem.

Quant à Johnson il est devenu un « champion » pour ses camarades de troupe, témoignant devant l'assemblée législative de New York au début de 1919 en faveur d'un projet de loi visant à donner aux anciens combattants une préférence pour les emnauches gouvernementales. Mais il s'est vite lassé de parler en public. "Henry Johnson se devait de ... sourire, rire, montrer de la bonne humeur et parler de ce qu'il avait fait cette nuit de mai comme si cela lui avait été le « climax » de sa vie ", écrit Nelson. "Il était devenu, pour sa race, un symbole de l’accomplissement noir, mais pour les Blancs, il n’était que la voix de l'harmonie raciale."

Aussi, après un discours enflammé à Saint-Louis en mars 1919, dans lequel il accusait les soldats blancs de racisme et de lâcheté, Johnson a disparu de la sphère publique. Il passa une partie de 1920 à l'hôpital de l'armée de terre Walter Reed et plus tard tomba malade de la tuberculose. Il mourut en juillet 1929, à l'âge de 39 ans, d'une hypertrophie du cœur.

"L'Amérique ne peut pas changer ce qui est arrivé à Henry Johnson," a déclaré le président Barack Obama en 2015. "mais nous pouvons faire de notre mieux pour être justes." Quatre-vingt-dix-sept ans après la guerre de Johnson en France, Obama lui a décerné une médaille d'honneur posthume, la plus haute distinction militaire du pays.

Les Harlem hellfighters, héros afro-américains oubliés de la Première Guerre mondiale.

ATI - Annie Garau - April 3, 2017

 Wikimedia Commons - Harlem Hellfighters, 1919.

.            Les Français les décrivaient comme des " hommes de bronze ", d'autres les connaissaient sous le nom de " Black Rattlers ", et leur titre officiel était le 369e Régiment d'infanterie de l'Armée des États-Unis.

Mais vous pouvez les appeler les "Harlem Hellfighters."  Les Allemands l'ont fait. Et c'est une description appropriée pour l'une des premières unités entièrement noires de l'armée américaine qui - malgré les faibles attentes des sceptiques américains - a combattu vaillamment sur les lignes de front de la Première Guerre mondiale.

Si vous n'en avez jamais entendu parler, ce n'est pas surprenant. Leur succès en tant que l'une des unités les plus décorées de la guerre a été rapidement occulté par le racisme virulent et violent des années 1920 en Amérique.

Mais avant que les Hellfighters ne soient à nouveau relégués à leur statut de citoyens de seconde classe, pendant un bref instant, un jour ensoleillé de New York en février 1919, il sembla qu'ils avaient changé la façon dont les Américains voyaient la race et la façon dont les étrangers voyaient l'Amérique.

En surmontant la stigmatisation dans leur pays et en survivant à 191 jours de feu ennemi à l'étranger, il semblait presque que les Hellfighters de Harlem avaient changé le monde.

Lorsque le président Woodrow Wilson - qui n'est pas connu pour sa tolérance raciale - a déclaré que les États-Unis se joindraient aux Alliés pour combattre les puissances centrales, les Noirs américains étaient divisés quant à la place qu'ils pourraient occuper dans l'effort de guerre.  « Quelqu'un peut-il nous dire depuis combien de temps M. Wilson s'est converti en vrai démocrate ? » écrivait un journal afro-américain, parlant de l'hypocrisie de Wilson luttant pour les droits démocratiques à l'étranger.

D'autres y ont vu une opportunité pour l'unité. "Pendant la durée de cette guerre, oublions nos griefs particuliers et serrons nos rangs côte à côte avec nos concitoyens blancs et les nations alliées qui luttent pour la démocratie ", exhortait W.E.B. Du Bois dans ce qui est devenu une pièce controversée.

Au total, 2,3 millions d'hommes noirs ont été candidats au projet. Les Marines les ont refusés, la Marine en a pris quelques-uns et l'armée en a accepté davantage, conduisant à l'enrôlement de 380 000 Afro-Américains.

Environ 200 000 de ces soldats ont été envoyés outre-mer, où ils seront ségrégués dans leurs propres unités, la plupart d’entre eux étant cantonnée à des travaux manuels difficiles dans des camps militaires non combattants.

Seulement 11 pour cent des soldats noirs ont réellement connu le combat. Les Hellfighters de Harlem restaient entre eux.

Library of Congress - Affiche de recrutement en l'honneur des Hellfighters

Wikimedia Commons - The Harlem Hellfighters in France.

.            Arrivés outre-mer, les Hellfighters de Harlem sont rattachés au commandement de l'armée française. Contrairement aux chefs militaires américains, les Français respectaient les soldats noirs et leur capacité à se battre. Dans ces circonstances, les Hellfighters ont fini par contribuer de manière significative aux efforts de guerre, repoussant avec succès l'offensive allemande et lançant leur propre contre-offensive.

Deux soldats en particulier - le caporal Henry Johnson et le soldat Needham Roberts - ont acquis une grande renommée.

Wikimedia Commons - Troupes des Hellfighters de Harlem sur le front occidental, 1918

.            Les hommes défendaient un poste de guet quand une unité allemande a attaqué. Ensemble, ils ont défendu le poste contre l'ensemble de la troupe. Blessés et malgré peu d’armes, ils ont réussi à repousser la troupe ennemie – malgré un combat au corps à corps.

Tous deux ont été grièvement blessés et n'avaient plus de munitions. Mais alors que les Allemands commençaient à emmener Roberts, Johnson réussit quand même à sauver son camarade à l'aide d'un couteau Bolo.

"Les Allemands, pensant sans doute qu'il s'agissait d'un « hôte » et non de deux braves garçons de couleur se battant comme des tigres, ont ramassé leurs morts et blessés et ont disparu, abandonnant de nombreuses armes et une partie de leurs vêtements criblés de balles tout en laissant une traînée de sang, que nous avons suivie à l'aube jusqu’à leurs lignes", a rapporté le colonel blanc des Hellfighters, William Hayward, dans The Chicago Defender. "C'est ainsi que les Allemands ont rencontré les Noirs américains."

"Mes hommes ne prennent jamais leur retraite, ils vont de l'avant ou ils meurent ", disait Hayward.

Les deux hommes ont été les premiers Américains à être décorés par les Français pour leur service, recevant la prestigieuse Croix de Guerre.

Dans l'ensemble, les Harlem Hellfighters ont passé 191 jours au combat - plus longtemps que n'importe quelle autre unité américaine.

Library of Congress - The Harlem Hellfighters retournent à New York.

National Archives and Records Administration - Les enfants accueillent les Harlem Hellfighters chez eux le 17 février 1919.

.            Lorsque les Hellfighters de Harlem sont partis au combat en 1917, ils n'avaient pas été invités à participer à la parade d'adieu de la Garde nationale de New York, aussi connue sous le nom de "Rainbow division". A l'époque, Hayward s'était fait dire que "le noir n'est pas une couleur de l'arc-en-ciel". Cependant, lorsqu'il est revenu avec ses troupes maintenant célèbres, le colonel s'est assuré qu'elles recevraient l'accueil qu'elles méritaient.

Des centaines de milliers - peut-être des millions - de citoyens alignés dans les rues de New York pour arroser les hommes de pièces de monnaie, de cigarettes, de fleurs et de chocolat.

"Tout au long de la large avenue ils marchaient d’un pas cadencé. Leurs sourires surpassaient la lumière dorée du soleil. Dans chaque ligne, leurs fières poitrines se gonflaient sous les médailles gagnées au mérite", a écrit le New York Tribune à propos de l'événement. "Les acclamations passionnées de la foule massée sur le trajet ont noyé le son éclatant de leur groupe de jazz. Le vieux 15e paradait et New York s'est transformée pour offrir à ses héros à la peau sombre un accueil new-yorkais."

La procession était dirigée par l'orchestre de jazz du régiment - qui était devenu célèbre en introduisant le genre musical en Europe. Les représentants de la ville ont organisé en fin de la soirée un dîner spécialement pour les troupes

"Jamais les Américains blancs n'ont accordé une réception aussi sincère et chaleureuse en l’honneur d’un contingent d'hommes noirs de leur pays ", a déclaré The Tribune.

Wikimedia Commons - The Harlem Hellfighters color guard.

Wikimedia Commons - La foule accueille les Hellfighters à Harlem, d'où proviennent 70 pour cent du régiment.

National Archives and Records Administration - Les Hellfighters de Harlem défilent au retour à la maison.

Wikimedia Commons - Les estimations du nombre de personnes qui ont assisté au défilé des Harlem Hellfighters s'élèvent à des millions.

.            Après qu'Henry Johnson, assis dans un cabriolet, tenant un bouquet de lys, eut conduit les 3 000 soldats de retour à Manhattan au milieu d’une mer de visages noirs et blancs, ils sont rentrés chez eux à Harlem où la réception fut encore plus joyeuse.

Ils étaient des héros, en particulier Johnson, que Theodore Roosevelt compta parmi les "cinq Américains les plus courageux" qui servirent dans la guerre.

Mais alors même que leurs visages s’étalaient sur les affiches de recrutement et les timbres - ces hommes eurent à livrer une autre bataille au pays. Les émeutes raciales se propagèrent dans tout le pays et des centaines de Noirs ont été brutalement tués au cours de l'Eté Rouge de 1919.

Même les blessures de Johnson (la "Mort Noire" comme on l'appelait) ne furent pas mentionnées dans ses papiers de démobilisation, ce qui le rendit inéligible à tout reconnaissance d’invalidité ou à des décorations.

Sa vie a sombré dans l'alcoolisme et la pauvreté. Sa famille l'a quitté, et il est mort sans un sou à l'âge de 32 ans - un peu plus de dix ans après avoir combattu à lui seul une troupe entière d'Allemands.

"Ce serait une belle histoire si je pouvais dire que notre défilé ou même nos victoires ont changé le monde du jour au lendemain, mais la vérité a une façon hideuse de tuer de belles histoires", dit un personnage dans une bande dessinée sur le régiment, en 2014.

Ce héros noir de la Première Guerre mondiale est mort dans l'obscurité - puis a obtenu son dû 86 ans plus tard.

ATI - Gina Dimuro - July 9, 2018

.            Soldat du célèbre régiment des Hellfighters de Harlem pendant la Première Guerre mondiale, l'incroyable acte de bravoure de Henry Johnson lui a valu la plus haute distinction militaire de France. Son propre pays, cependant, a mis beaucoup plus de temps à faire de même.

La vie dans une armée ségréguée.

.            Bien que les Afro-Américains servent dans les forces armées américaines depuis la guerre d'Indépendance, ils sont toujours confrontés à la discrimination et à la ségrégation au sein de l'armée. Jusqu'à l'intégration militaire du président Harry S.Truman en 1948 (’Executive Order 9981’ qui supprime la ségrégation raciale dans l’armée), les soldats de couleur devaient servir dans des unités "exclusivement noires".

Bien que la ségrégation fut encore en vigueur dans la vie civile et militaire lorsque les États-Unis sont entrés dans la Première Guerre mondiale en 1917, des milliers de Noirs américains se sont précipités pour s'enrôler. En plus de vouloir prendre part au service de leur pays, beaucoup crurent aussi qu'en faisant leurs preuves sur les champs de bataille d'Europe, ils démontreraient qu'ils méritaient des droits égaux dans leur pays d'origine.

Pourtant, malgré l'enthousiasme des soldats noirs, les commandants militaires avaient peu confiance en leurs capacités de combat.

Toutes les unités noires étaient souvent reléguées à une main-d'œuvre subalterne hors des lignes de front, comme le transport de fournitures ou le creusement des latrines. Ils ont rarement reçu une formation suffisante. Vers la fin de la guerre, cependant, un régiment entièrement noir allait devenir célèbre en tant qu'unité de combat légendaire.

Les Hellfighters de Harlem

.            Le 369e Régiment d'infanterie était à l'origine affecté aux tâches subalternes habituellement assignées aux régiments noirs. Mais au moment où les États-Unis sont entrés en guerre, la France était désespérément à court de troupes.

Aussi, l'armée américaine a-t-elle prêté le 369e à leur allié. Portée par des années de combats brutaux et dépourvue des préjugés américains contre les Noirs, l'armée française a accueilli avec empressement les nouvelles troupes, bientôt connues sous le nom de Harlem Hellfighters puisque beaucoup de soldats venaient de Harlem à Manhattan.

Malgré leur manque de formation, les troupes ont été équipées d'armes et de casques français et envoyées directement sur les lignes de front près de la forêt d'Argonne. L'un des Hellfighters envoyés dans cette épreuve du feu était le caporal Henry Johnson, 26 ans, qui avait travaillé comme manutentionnaire dans les chemins de fer avant de s'enrôler dans l'armée. Johnson, qui venait d'Albany et non de Harlem, considérait qu'il était "fou" d'envoyer des soldats non entraînés au combat, mais il était plus que désireux de faire ses preuves, disant à son supérieur qu'il allait "s'attaquer au travail".

Johnson et un autre Hellfighter, Needham Roberts, étaient en service de sentinelle un soir où tout à coup, ils ont entendu un sinistre cliquetis dans l'obscurité près de la clôture que les Français avaient érigée comme périmètre. Imaginant le bruit d’un coupe-fil, Johnson a lancé une grenade dans la direction du bruit, et les Allemands ont donc ouvert le feu.

Roberts a rapidement été touché par une grenade et ne pouvait faire autrement que se coucher dans la tranchée et passer les munitions à Johnson. Lorsque nos Américains eurent épuisé leur réserve de grenades, Johnson a commencé à riposter avec son propre fusil, mais l'a accidentellement enrayé lorsqu'il a essayé de mettre une cartouche américaine dans l'arme française.

U.S. Army Private - Henry Johnson of the Harlem Hellfighters.

Library of Congress - Needham Roberts

.            Henry Johnson refusa d'abandonner le combat au prétexte qu'il n'avait plus de munitions et qu'il était maintenant complètement entouré d'une force supérieure. Le soldat sous-entraîné a commencé à frapper les Allemands avec la crosse de son fusil jusqu'à ce qu'il se brise. Quand il a vu que l'ennemi tentait de faire prisonniers Roberts, il les a chargés avec son couteau Bolo et les a contrôlés jusqu'à ce que les renforts arrivent enfin.

Johnson et Roberts ont tenu les Allemands à distance pendant une heure. Ils n'ont jamais abandonné leur poste et ont réussi à empêcher les Allemands de percer la ligne française. Johnson avait subi plus de 21 blessures pendant les combats.

"Il n'y avait rien d'héroïque, je me suis simplement battu pour ma vie." dit Johnson. "Un lapin aurait fait de même." Les Français, cependant non convaincus, lui ont décerné, ainsi qu'à Roberts, la Croix de Guerre - la plus haute distinction militaire du pays. Les deux Hellfighters furent les premiers simples soldats américains à recevoir cet honneur et les forces françaises se mirent en rang pour assister à la cérémonie.

Lorsque les Harlem Hellfighters sont rentrés chez eux à New York en 1919, ils ont dû participer à un défilé de la victoire sur la Cinquième Avenue, car ils n'étaient pas autorisés à se joindre au défilé officiel et à marcher à côté des soldats blancs.

Cela n'a pas empêché des milliers de personnes de s'aligner dans les rues pour encourager les troupes de retour, en particulier Henry Johnson - la " Black Death" - qui menait le cortège dans une voiture à toit ouvert.

De retour au pays, la valeur de Henry Johnson ne fut pas officiellement reconnue.

Bien qu'il ait été compté par l'ancien président Theodore Roosevelt parmi les "cinq Américains les plus courageux" qui servirent pendant toute la guerre et que sa photo ait été apposée sur tous les timbres et les affiches de l'armée, Johnson n'a même pas reçu d'indemnité d'invalidité.

U.S. Army - Henry Johnson in the Hellfighters’ 1919 victory parade. Henry Johnson se tenait debout pendant le défilé - malgré un pied blessé.

.            Johnson est retourné à son travail au chemin de fer après avoir été démobilisé, mais il a eu du mal à travailler en raison de ses blessures de guerre. Il est mort en 1929, à l'âge de 32 ans, de causes naturelles et sans un sou.

La reconnaissance tardive d'Henry Johnson

.            Le fils d'Henry, Herman (qui fut lui-même un aviateur de Tuskegee pendant la Seconde Guerre mondiale) se battit pour obtenir la reconnaissance officielle de l'acte héroïque de son père pendant la guerre. A sa mort, Henry Johnson fut cependant enterré dans la section 25 du cimetière national d'Arlington lors d'une cérémonie avec tous les honneurs, mais Herman l’ignorait. "Apprendre que mon père a été enterré dans ce lieu d'honneur national peut être décrit en un seul mot : joie ", a dit Herman.

Grâce à ses efforts, en 1996, le président Bill Clinton a finalement décerné à Johnson et Roberts, à titre posthume, le Purple Heart. Henry Johnson a reçu la Distinguished Service Cross en 2002 et, le 2 juin 2015, le président Barack Obama a décerné au Sgt Henry Johnson la plus haute distinction du pays : la Medal of Honor. Dans la East Room comble, le premier président afro-américain des États-Unis a rappelé aux participants qu'il n'est jamais trop tard pour dire merci.

   

Les troupes afro-américaines durant la première guerre mondiale.

Extrait de « I want you » - Dominique François & Gaëlle François – Ed. OREP,  3T 2017.

.            Quand les Etats-unis déclarèrent la guerre à l'Allemagne en avril 1917, la discrimination envers les Noirs était très présente et la ségrégation bien établie. Seulement quatre régiments étaient composés d'Afro-Américains, les 9e  et 10e de cavalerie et les 24e et 25e d’infanterie, bien que ces soldats de couleur étaient alors commandés par des officiers blancs. Lorsque le Congrès déclara la conscription chaque homme de 21 à 31 ans dût s’enregistrer, les Blancs comme les Noirs. Les Afro-Américains virent dans cette guerre l'opportunité de gagner le respect de leurs voisins blancs et de prouver leur citoyenneté. Même s'ils furent nombreux à vouloir s'engager et participer à l'effort de guerre, tous ne furent pas volontaires. Certains bureaux locaux de conscription eurent tendance à enrôler en priorité les Afro-Américains, même pères et chargés de famille, plutôt que des Blancs. Le Département de la guerre n'était d'ailleurs pas très clair quant à sa politique de ségrégation.

Les hommes de race noire furent envoyés dans différents camps où les officiers et les soldats blancs, surtout ceux du Sud, ne virent pas leur arrivée d'un bon œil. Les plus réfractaires pensaient que les Afro-Américains ne seraient pas capables d'être de bons soldats. Certains soldats noirs, quant à eux, n'entendaient pas se laisser intimider. Le Département de la guerre, afin de calmer ces tensions raciales, organisa la ségrégation au sein des unités. Malheureusement, les troupes noires ne bénéficièrent pas des mêmes traitements Ils étaient souvent logés dans des tentes sans confort et ne reçurent pas les mêmes soins médicaux. En matière de vêtements non plus, ils n'étaient pas égaux.

Malgré tout, les demandes des soldats noirs pour devenir officiers commencèrent à affluer. Le Département de la guerre pensa que les soldats blancs accepteraient difficilement d'être sous les ordres d'officiers noirs.

En mai 1917, le camp d'entraînement pour officiers de couleur (CTOC) fut créé à Fort-des-Moines dans l’lowa. Il fut placé sous le commandement du lieutenant-colonel Charles C.Ballou. Là, les hommes suivirent un entraînement rigoureux, même si les officiers chargés de leur encadrement n'y mirent pas de la bonne volonté. Le 15 octobre 1917, 106 capitaines, 329 lieutenants et 204 sous-lieutenants y furent diplômés. Malgré cela, le Département de la guerre estima que l'instruction reçue à Fort-des-Moines y était de piètre qualité et inadaptée, et décida alors de fermer le camp.

En octobre 1917, deux divisions d'infanterie d'Afro-Américains furent créées : les 92e et 93e, les quatre précédents régiments noirs étant disséminés sur le territoire des États-Unis. Les 639 officiers furent affectés dans les camps des différentes unités de la 92e division d'infanterie.

Fort-des-Moines étant fermé, les 700 autres candidats officiers furent envoyés dans des camps différents où ils furent traités avec beaucoup d'hostilité. La discrimination y était pratiquée, parfois même avec violence, mais le Département de la guerre n’intervint pas.

Les premières troupes noires à être envoyées en France furent celles responsables de la logistique. Déchargeant les navires, construisant des routes ou les dépôts de munitions, récupérant le matériel sur le théâtre des opérations, creusant des tranchées, enlevant des obus : même en accomplissant toutes ces tâches essentielles à l’effort de guerre, ces troupes n'étaient toujours pas respectées.

Les 92e et 93e divisions débarquèrent finalement en France pour combattre. La 92e, connue le nom des Buffalo Soldiers, placée sous le commandement du major général Charles C.Ballou connut quelques succès en Lorraine. En septembre 1918, elle fut envoyée en forêt d'Argonne pour préparer le premier assaut de l'offensive Meuse-Argonne. Le 368e régiment d’infanterie reçut l’ordre de combler un vide entre la 77e division US et la 37e division française sur la ligne de front. Le manque d’entraînement, la méconnaissance du terrain ainsi que celle des équipements distribués et l’absence de cohésion entre soldats firent de cette difficile mission un échec. La confusion fut telle que plusieurs compagnies se retirèrent en désordre. Les réfractaires à l'utilisation de troupes noires dans l'armée, tel le lieutenant Robert Bullard, commandant la 2e armée, insistèrent sur ce désastre, traitant tous les membres de la division de « couards ». Cet opprobre effaça des esprits leurs précédents succès.

Après cela, la 92e fut envoyée dans le secteur de Marbache. Là, leur mission fut de harceler l'ennemi par de fréquentes patrouilles. Sans relâche, elle se battit pour rétablir sa réputation, mais non sans pertes. Le 10 novembre, veille de l'armistice, la division se battait encore férocement souffrant de plus de 440 tués et blessés

La 93e division d'infanterie. commandée par le brigadier général Roy Hoffman, quant à elle, n'était formée que de quatre régiments seulement. Elle fut composée à partir du 15e régiment de la Garde nationale et de soldats enrôlés à partir de toutes couches sociales. Les Français suppliant le général Pershing de leur donner des troupes, il décida de leur affecter la 93e. Il pensait que les Français ayant déjà l'expérience avec des troupes noires au combat, leur intégration serait plus facile. En mars 1918, le 369e régiment fut envoyé en Argonne aux côtés des troupes françaises. Après trois semaines d'entraînement, il fut déplacé sur le front afin de tenir les positions contre les assauts de l'ennemi. Le 369e, maintenant surnommé les Harlem Hellfighters, se battirent 191 jours d'affilée sur le front, soit cinq jours de plus que n'importe quel autre régiment de la Force expéditionnaire américaine (AEF). Ces soldats afro-américains prouvèrent aux yeux de tous qu'ils pouvaient se battre avec courage. Certains d’entre eux devinrent des héros.

Lors de l'un des nombreux raids des Allemands sur le territoire allié, le caporal Henry Johnson affronta l'ennemi muni seulement d'un couteau et d'un pistolet, afin de sauver son camarade capturé et blessé. Johnson fut également blessé, puis promu sergent et décoré de la Croix de Guerre.

Le caporal Freddie Stowers, du 371e régiment d'infanterie, mena l'assaut sur une tranchée allemande. Blessé, il continua de commander et d'encourager ses hommes qui, après sa mort, vainquirent l'ennemi. Recommandé pour la Medal of Honor à titre posthume après les combats, il fallut pourtant attendre 1991 pour qu'il soit décoré. Les pertes estimées pendant cette guerre furent environ de 1 500 pour la 92e et de 3 500 pour la 93e. Plusieurs régiments appartenant à ces divisions furent décorés par les États-Unis ou la France.

Malgré tout, quand les soldats noirs rentrèrent en Amérique après s'être battus pour leur pays, ils ne furent pas reçus en héros, Ioin de là. Pour les Français, ils étaient des troupes alliées au même titre que les autres Ils avaient, en France, fait l'expérience de la liberté, la ségrégation n’y étant pas pratiquée. Ils pensaient, à iuste titre, avoir mérité d’être considérés comme citoyens américains à part entière et espéraient être mieux traités qu'avant la guerre. Malheureusement, ce fut plutôt le contraire : les Blancs, sentant cette différence dans l'attitude des Afro-Américains, eurent peur qu’ils n’en veuillent davantage et les violences envers eux s’intensifièrent

Après bien des batailles sur le sol américain comme à l’étranger, les troupes noires purent incorporer une armée sans ségrégation en 1948, même s'il fallut la guerre de Corée pour qu’elles soient complètement intégrées.