Face au coronavirus, les Afro-Américains meurent à une vitesse alarmante

Le HuffPost - Nina Misuraca Ignaczak & Michael Hobbes - 13 avr 2020

.            Les inégalités persistantes exacerbent l’impact du Covid-19 aux États-Unis.

.           Le Dr Clyde Yancy, du département de cardiologie de l’université Northwestern (Chicago), le constate : « Les personnes afro-américaines ou noires contractent le SARS-CoV-2 dans des proportions plus importantes et sont plus susceptibles de mourir ». Ce n’est pas une surprise pour les Afro-Américains de Détroit, qui voient leur entourage se faire décimer depuis plusieurs semaines.

Disproportion flagrante 

.           Dans le Michigan, 40 % des décès dus au Covid-19 proviennent de la communauté noire, qui ne représente que 14 % de la population. Une étude plus exhaustive menée dans le comté de Washtenaw confirme une tendance similaire : 49% des personnes hospitalisées sont des Afro-Américains, alors qu’ils ne représentent que 12,3% de la population.

Mais le Michigan ne se résume ni à Détroit ni à la pauvreté. Bien que la population de Détroit soit noire à 80% et que le taux de pauvreté y soit d’environ 35% (plus du triple de la moyenne nationale), d’autres banlieues plus riches présentant une forte concentration d’Afro-Américains sont également durement touchées.

Le Michigan n’est pas une exception. Même si le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies ne communique pas de données sur le coronavirus par ethnie, les chiffres récoltés au niveau des villes et des États indiquent que la plupart des cas de Covid-19 touchent la communauté noire. A Chicago, plus de 50 % des cas de Covid-19 et près de 70 % des morts liées au Covid-19 concernent des personnes noires, alors que les Noirs ne représentent que 30 % de la population. À Milwaukee, les Noirs comptent pour environ un quart de la population, et la moitié des cas de Covid-19, mais pour 81% des décès. En Louisiane, sept victimes du virus appartiennent à la communauté noire qui ne représente pourtant que 32,2 % des habitants de l’Etat. Un grand nombre de foyers de l’épidémie sont des villes où les Blancs sont minoritaires, comme La Nouvelle-Orléans et Détroit. Si la ville de New York est devenue l’épicentre, ce fardeau disproportionné est encore validé chez les minorités sous-représentées, plus particulièrement les Noirs et maintenant les Hispaniques, qui ont représenté respectivement 28 % et 34 % des morts (leur proportion dans la population est respectivement de 22 % et 29 %

“Nous n’avons pas traité les inégalités sociales”

.           Selon les sociologues et les épidémiologistes, quasiment toutes les pathologies qui augmentent la vulnérabilité des patients au coronavirus (asthme, diabète, VIH) touchent plus fréquemment la population noire. Les Afro-Américains sont deux fois plus sujets que les Caucasiens aux maladies du cœur, AVC et diabète. Ils souffrent plus souvent et plus jeunes d’insuffisances cardiaques, d’asthme et d’hypertension. Au fil des années, ces disparités ont contribué à réduire l’espérance de vie des Noirs américains, inférieure de quatre ans à celle des Blancs.

.           On retrouve cette profonde disparité pour d’autres pathologies : même si les Noirs et les Blancs souffrent tout autant de certaines maladies, les Afro-Américains ont un taux de mortalité plus élevé. Les Noirs diabétiques ont plus de risques de mourir de complications que les Blancs. Si les Afro-Américains ont 30% de risques supplémentaires de développer de l’hypertension comparé aux Blancs, leur taux de mortalité en cas d’AVC est trois fois plus élevé. Il en va de même pour les maladies respiratoires et mentales. Bien que les dépressions majeures soient moins fréquentes chez les Noirs que chez les Blancs, elles sont souvent plus sévères, diminuantes et restent moins souvent traitées.

.           Il est prouvé depuis longtemps qu’il existe un lien de cause à effet entre la pauvreté et la propagation des maladies infectieuses. Dans les quartiers défavorisés, le nombre de cas d’hospitalisations liées à la grippe est presque le double de celui observé dans les quartiers riches. C’est également le cas pour les hospitalisations en pédiatrie pour cause de pneumonie bactérienne secondaire. Il en va de même pour la tuberculose, très présente dans les quartiers pauvres.

.           Toutes ces tendances ne s’expliquent pas uniquement par le fait que ces zones sont plus peuplées ; les différences s’expliquent pour beaucoup par des inégalités dans l’accès aux soins. Le Pr Williams a remarqué que peu d’Afro-Américains bénéficient d’une mutuelle santé et d’indemnités en cas d’absence pour maladie. Même lorsqu’ils en ont une, les tarifs sont moins avantageux que pour les Blancs. Les patients noirs sont généralement moins soumis à des dépistages préventifs et attendent plus longtemps avant d’être soignés pour les cancers, le VIH et les troubles de l’alimentation. Enfin, ils ont moins tendance à être suivis par des praticiens certifiés par l’ordre américain des médecins. “Les Afro-Américains manquent d’accès aux soins, et lorsqu’ils en bénéficient, ce sont des soins de piètre qualité”, poursuit-il.

.           Le stress joue lui aussi un rôle. Le fait même de vivre dans des quartiers défavorisés où règnent discrimination, insécurité de l’emploi, insalubrité des logements et rareté des biens de première nécessité est en soi une source de stress considérable. Au cours des dix dernières années, de nombreuses études ont montré que l’anticipation des discriminations raciales déclenche une réponse du système nerveux qui augmente la vulnérabilité des minorités aux maladies chroniques. “La vigilance constante induite par les discriminations use et fatigue le corps”, souligne-t-il. “Cela affecte la santé mentale et physique ainsi que le système immunitaire, de telle sorte que la personne risque davantage d’être touchée par le Covid-19 et de développer des complications.

.           Les vulnérabilités de la communauté noire pourraient donc fragiliser les individus face au Covid-19. Moins susceptibles d’avoir des emplois mal payés et ne permettant pas de travailler à distance, les Afro-Américains n’ont généralement d’autre choix que de prendre les transports en commun. Les familles noires ont davantage tendance à vivre dans des maisons multi-générationnelles, exposant ainsi potentiellement les seniors au virus. On retrouve plus de “déserts sanitaires” dans les quartiers noirs, où l’absence de médecins ou de cliniques a pu limiter leur accès aux tests au début de la pandémie. “Beaucoup de gens travaillent dans l’entretien et gagnent mal leur vie”, explique le pasteur Barry Randolph, qui dirige une église épiscopale dans le quartier de Détroit Islandview et qui a vu des dizaines de ses fidèles succomber au virus. “Les gens choisissent de vivre ensemble pour joindre les deux bouts. Des enfants et des personnes âgées vivent parfois sous le même toit, et si quelqu’un tombe malade, tout le monde suit.

Une tendance récurrente

.            Cela fait des dizaines d’années que la santé de la population noire est délibérément négligée aux États-Unis, et le Covid-19 n’est que le dernier épisode en date de cette tendance. Comme le fait remarquer le Pr Williams, en 1950, les Noirs étaient sensiblement autant sujets aux coronaropathies que les Blancs et avaient de meilleures chances de survie face au cancer. Mais si la mortalité a reculé pour les Blancs, elle a stagné chez les Afro-Américains.

C’est la conséquence de l’ensemble des politiques sociales à l’œuvre”, analyse le Pr Williams, soulignant que la plupart des foyers de Covid-19 (Détroit, Chicago, Milwaukee), en plus d’être à prédominance noire, sont également des villes où la ségrégation est très prononcée. “Les différences raciales sont liées aux chances qu’offrent les différents quartiers. Les Afro-Américains ne vivent pas dans la misère à cause de leurs gènes, mais en raison des politiques que nous avons créées et qui limitent leur accès aux ressources.

Ces États américains préfèrent prier que se confiner

HuffPost – 11 avr 2020

.            Plusieurs États, comme le Dakota du Sud ou l'Iowa, font de la résistance, alors que la situation sanitaire devient tragique aux États-Unis.

Une église américaine.

.            Foi en une protection divine, défense de l’économie et des libertés individuelles ou simple posture idéologique : une poignée d’États américains, ruraux et souvent farouches partisans du président Donald Trump, refusent obstinément d’ordonner un confinement général de leur population malgré les ravages du coronavirus dans le pays. Les États-Unis ont franchi la barre des 500.000 malades et ont enregistré pour la première fois plus de 2000 morts en 24h, vendredi 10 avril.

Deux États, le Dakota du Sud et l’Iowa, ont préféré officiellement appeler à des journées de prière collective à l’approche de Pâques.

Il faut dire que le président Trump lui-même avait montré l’exemple en proclamant le dimanche 15 mars “Jour National de Prière” sur Twitter, juste après avoir décrété l’état d’urgence contre la pandémie.

Dans le Dakota du Sud, la gouverneure républicaine Kristi Noem a justifié ainsi sa décision de ne pas publier d’ordre de confinement pour l’ensemble du territoire : “Ce sont avant tout les gens qui sont responsables de leur sécurité”. 

Cela n’a pas empêché cette femme de 48 ans, issue d’une famille d’agriculteurs des Grandes Plaines, de proclamer officiellement le mercredi 8 avril “jour de prière dans tout l’État” pour demander “la fin de la pandémie”, ont relevé ses détracteurs.

Dans l’Iowa voisin, c’est le Jeudi saint (9 avril) que la gouverneure locale a choisi comme jour officiel de prière contre le coronavirus. 

A travers l’histoire, les habitants de l’Iowa ont trouvé la paix, la force et l’unité à travers la prière à Dieu, en l’implorant humblement de leur donner sa force durant les périodes difficiles”, écrit Kim Reynolds dans sa proclamation officielle.

La semaine dernière, les autorités médicales de l’Iowa avaient recommandé par un vote unanime des mesures de confinement semblables à celles que plus de 95% des Américains connaissent actuellement.

Kim Reynolds a estimé que de telles restrictions ne s’imposaient pas dans les zones où le coronavirus n’avait pas encore été signalé.

La gouverneure républicaine a tout de même décidé de fermer les écoles, de nombreux commerces et lieux publics et a interdit les rassemblements de plus de dix personnes.

Le commerce et la foi

.           Ce qui compte n’est pas tant ce que le gouvernement dit que ce que les individus font”, a lancé de son côté Doug Burgum, gouverneur du Dakota du Nord, lui aussi idéologiquement opposé à un confinement généralisé, comme dans le Nebraska. 

Plus au sud, dans l’Arkansas, le gouverneur Asa Hutchinson a invoqué des particularités locales, comme une faible densité de population.

Si on mettait en place le confinement dans tout l’État, “on exempterait les services essentiels, ce qui signifie que 700.000 habitants de l’Arkansas iraient quand même au travail, faire des courses ou du sport”, a-t-il déclaré pour minimiser l’importance d’une telle mesure.

Mettant en avant la protection du “commerce”, le gouverneur s’oppose en outre aux arrêtés locaux que certains maires, comme celui de la capitale Little Rock, ont souhaité prendre pour limiter les allées et venues.

Même dans les États où le confinement général est imposé, certains font de la résistance, en invoquant notamment la liberté religieuse garantie par la Constitution.

C’est par exemple le cas des fidèles de la Life Tabernacle Church dans la ville de Central, en Louisiane, qui sont venus par centaines, parfois massés dans des autocars, assister à la messe dimanche dernier malgré l’interdiction.

Ils préfèrent venir à l’église et prier comme des gens libres plutôt que de vivre comme des prisonniers chez eux”, a affirmé leur pasteur, Tony Spell. Il avait été arrêté et inculpé la semaine précédente pour violation des règles de confinement, mais entend malgré tout continuer ses prêches.

Les virus se nourrissent de la peur, je n’ai pas peur, j’ai la foi”, a lancé une croyante interrogée par le Washington Post devant l’église.

Dans l’Ohio (nord-est), les lieux de culte et réunions religieuses sont sur la liste des activités exemptées de l’interdiction de rassemblement malgré les réticences exprimées par le gouverneur.

Je suis couverte du sang de Jésus”, avait affirmé une fidèle de la Solid Rock Church de Monroe, pour expliquer pourquoi elle ne craignait pas de contracter le Covid-19 en se rendant à l’église.